Îles Salomon : l’ampleur du trafic d’animaux exotiques dans le Pacifique
Sommaire7 sections
- 01Le scinque à queue préhensile, star malgré lui du trafic
- 02Des dauphins capturés malgré l’interdiction
- 03Des perroquets endémiques pris dans le même filet
- 04Des recommandations internationales peu suivies
- 05Des défenseurs locaux qui pointent la racine du problème
- 06Un archipel qui concentre les espèces uniques
- 07Une biodiversité insulaire, donc plus fragile
Les îles Salomon abritent des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs, et c’est justement ce qui en fait une cible pour le commerce illégal d’animaux. Scinques endémiques, perroquets rares, parfois dauphins : la demande vient surtout des collectionneurs occidentaux, loin de l’archipel. Voici ce que ce trafic prélève réellement, et ce qui a été tenté pour le freiner.
Le scinque à queue préhensile, star malgré lui du trafic
Le scinque à queue préhensile des îles Salomon, Corucia zebrata, est le plus gros lézard scincidé du monde et l’un des rares reptiles herbivores. Il vit en petits groupes familiaux dans la canopée, se déplace lentement, et ne se reproduit qu’une fois par an, avec un seul petit après une gestation de plusieurs mois : des traits qui rendent sa population très lente à se reconstituer une fois prélevée.
Il est inscrit à l’annexe II de la convention sur le commerce international des espèces menacées depuis 1992, ce qui encadre son commerce sans l’interdire totalement. Il reste malgré tout activement recherché sur le marché des nouveaux animaux de compagnie : un jeune individu s’est déjà négocié plusieurs centaines de dollars dans des annonces spécialisées, un prix qui grimpe pour des adultes reproducteurs.
Des dauphins capturés malgré l’interdiction
Les îles Salomon ont pratiqué, jusqu’au début des années 2010, l’exportation de dauphins à gros nez capturés en mer pour des delphinariums à l’étranger, une activité qui a suscité de vives critiques internationales avant d’être officiellement restreinte. Des captures et des ventes locales subsistent malgré tout, plus difficiles à tracer que les exportations organisées d’autrefois, notamment sur les marchés d’Honiara, la capitale.
Des perroquets endémiques pris dans le même filet
Deux espèces de perroquets présentes uniquement dans l’archipel, ou presque, subissent une pression comparable : le lori à calotte jaune et le lori cardinal, tous deux endémiques de la région salomonaise et de Bougainville voisine. Les défenseurs de l’environnement rapportent des soupçons de complicité entre certains trafiquants et l’exploitation forestière, qui ouvre des pistes d’accès à des zones jusque-là difficiles d’atteinte pour les collecteurs. La déforestation qui accompagne ces chantiers réduit en parallèle l’habitat disponible pour ces oiseaux, ce qui aggrave la pression sur des populations déjà restreintes.
Des recommandations internationales peu suivies
Les organismes de la convention sur le commerce des espèces menacées ont, à plusieurs reprises, demandé aux autorités des îles Salomon de mieux encadrer les exportations d’animaux sauvages, notamment après des soupçons de faux élevages présentés comme captifs alors que les animaux provenaient de prélèvements en milieu naturel. Les moyens de contrôle sur le terrain restent limités face à l’étendue de l’archipel, composé de plusieurs centaines d’îles dispersées sur un vaste territoire maritime. Une enquête publiée en 2012 par l’organisation Traffic, spécialisée dans le suivi du commerce d’espèces sauvages, a documenté comment des dizaines de milliers d’oiseaux capturés dans la nature avaient été déclarés comme nés en captivité pour contourner les restrictions d’exportation, une pratique qui rend les statistiques officielles peu fiables pour mesurer l’ampleur réelle du prélèvement.
Des défenseurs locaux qui pointent la racine du problème
Des militants environnementaux salomonais, dont Patrick Pikacha et Lawrence Makili, insistent sur le lien entre pauvreté économique et braconnage : pour un habitant sans autre source de revenu stable, capturer un scinque ou un jeune perroquet reste plus accessible qu’un emploi salarié. Ils demandent trois choses concrètes :
- Un renforcement réel des contrôles aux frontières et sur les marchés locaux
- Des campagnes d’information dans les villages proches des zones de prélèvement
- Des sanctions appliquées, pas seulement votées, contre les intermédiaires du trafic
Un archipel qui concentre les espèces uniques
Les îles Salomon comptent environ neuf cents îles, dont une grande partie inhabitée, séparées du continent australien et de la Nouvelle-Guinée par un bras de mer profond qui a favorisé, sur des millions d’années, l’apparition d’espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce degré d’endémisme, comparable à celui d’autres archipels isolés du Pacifique, explique pourquoi la région intéresse autant les collectionneurs que les scientifiques : chaque île, parfois chaque vallée, peut abriter une variante génétiquement distincte d’une même espèce.
Cette même isolation, qui a produit la diversité, la rend d’autant plus vulnérable une fois le prélèvement engagé : une espèce répartie sur un seul massif forestier n’a littéralement nulle part où se refaire si sa population locale s’effondre.
Une biodiversité insulaire, donc plus fragile
Une espèce endémique d’une seule île ou d’un petit archipel ne dispose d’aucune population de secours ailleurs dans le monde en cas d’effondrement local. C’est le cas du scinque à queue préhensile comme des deux loris cités plus haut : chaque prélèvement, même modeste à l’échelle du trafic mondial, pèse proportionnellement plus lourd que pour une espèce répandue sur un continent entier. La protection de ces espèces dépend donc presque entièrement de ce qui se joue localement, sur l’archipel lui-même.
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