Un bisonneau blanc né dans le parc de Yellowstone, au Wyoming
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Le 4 juin 2024, la photographe Erin Braaten repère un bisonneau au pelage entièrement blanc près de Yellowstone. L’animal n’est ni albinos ni malade : il porte une anomalie génétique connue, mais assez rare pour qu’un cas comme le sien ne survienne qu’une poignée de fois par siècle. Voici ce que l’on sait, et ce que cette naissance signifie pour les peuples amérindiens qui l’observent de près.
Un bisonneau repéré par hasard
Erin Braaten se trouvait dans le parc lorsqu’elle a manqué la naissance de quelques minutes, avant de photographier le nouveau-né encore chancelant aux côtés de sa mère. Les images ont rapidement circulé bien au-delà du Wyoming, relayées par des médias du monde entier attirés par la rareté de l’événement.
Leucisme, pas albinisme
Jim Matheson, de la National Bison Association, a confirmé que le bisonneau présente un leucisme et non un albinisme : ses yeux et son museau restent noirs, alors qu’un albinos aurait aussi perdu la pigmentation de ces zones, yeux compris. Le leucisme correspond à une perte partielle de la pigmentation de la peau et du pelage, tandis que l’albinisme touche l’ensemble du corps, sans exception. Aucun registre national ne recense précisément la fréquence de ces naissances chez le bison américain. Le succès médiatique de ces bisonneaux blancs n’a d’ailleurs pas échappé aux éleveurs, ce qui inquiète certains défenseurs de l’espèce : sélectionner ce trait par croisement dirigé, plutôt que de le laisser apparaître naturellement, dilue la génétique sauvage que les programmes de conservation cherchent justement à préserver.
Une rareté qui remonte à moins d’un siècle
Le précédent bisonneau blanc largement documenté, nommé Miracle, était né en 1994 à Janesville, dans le Wisconsin, avec les mêmes caractéristiques leucistiques : fourrure blanche, mais yeux, sabots et naseaux sombres. Entre 1933 et 1994, aucune naissance de ce type n’avait été signalée. Deux autres cas plus récents sont connus : un veau né en 2012 à Avon, dans le Minnesota, qui n’a pas survécu longtemps, et un autre né en 2023 au Bear River State Park, dans le Wyoming. Le bisonneau de Yellowstone s’inscrit donc dans une série très courte, à peine quatre naissances documentées en trente ans.
Une espèce reconstruite depuis le bord de l’extinction
Avant la colonisation, l’Amérique du Nord comptait probablement entre 30 et 60 millions de bisons, de l’Alaska jusqu’au nord du Mexique. La chasse commerciale intensive du dix-neuvième siècle a réduit l’espèce à quelques centaines d’individus autour de 1884. La population s’est reconstruite depuis grâce aux efforts conjoints de scientifiques et de conservationnistes : on compte aujourd’hui environ 30 000 bisons dans des troupeaux de conservation, auxquels s’ajoutent près de 50 000 autres élevés comme du bétail dans des ranchs privés. La distinction compte, puisque seuls les premiers sont gérés pour préserver un comportement et une génétique proches de l’état sauvage. Le troupeau de Yellowstone occupe à cet égard une place à part : c’est l’un des rares aux États-Unis à avoir vécu en continu à l’état sauvage depuis l’époque préhistorique, sans jamais avoir été croisé avec du bétail domestique, contrairement à la plupart des troupeaux reconstitués ailleurs dans le pays.
Une symbolique sacrée chez les peuples amérindiens
Pour de nombreuses nations amérindiennes, la naissance d’un bison blanc dépasse la simple curiosité biologique. Jason Baldes, membre de la tribu shoshone de l’Est, rappelle que des prophéties associent l’apparition d’un bison blanc à des périodes de bouleversements profonds. Le chef spirituel lakota Arvol Looking Horse résume cette ambivalence en une phrase : l’événement est à la fois une bénédiction et un avertissement.
Le retour du bison sur les terres tribales
Jason Baldes dirige aussi le programme bison des partenariats tribaux de la National Wildlife Federation, qui travaille à transformer d’anciens pâturages en habitats pour l’espèce. L’InterTribal Buffalo Council coordonne aujourd’hui environ 25 000 bisons répartis dans une soixantaine de troupeaux sur des terres amérindiennes, un chiffre qui progresse chaque année grâce à des acquisitions foncières ciblées. Pour ces communautés, le bison reste un animal nourricier autant qu’un symbole culturel, longtemps au cœur de la subsistance de nombreuses tribus des Grandes Plaines.
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