Au Portel, un bébé phoque isolé mis à l’abri par Opale Capture

Sommaire7 sections
  1. 01Un jeune phoque livré à lui-même
  2. 02Le vrai danger : la curiosité des passants
  3. 03Un périmètre pour laisser l’animal tranquille
  4. 04Une règle simple, une sanction réelle
  5. 05Ce que devient l’animal ensuite
  6. 06Une population qui s’est reconstituée
  7. 07Pourquoi les associations interviennent si vite

Début juillet 2024, un phoque encore dépendant de sa mère s’est retrouvé seul sur la plage du Portel, dans le Pas-de-Calais. L’association Opale Capture est intervenue pour sécuriser un périmètre autour de l’animal, non blessé mais vulnérable face à l’affluence des promeneurs et de leurs chiens.

Un jeune phoque livré à lui-même

Le petit phoque, âgé de quelques semaines et pesant environ 10 kilogrammes, s’était échoué loin de l’eau, séparé de sa mère. Sur la Côte d’Opale, il n’est pas rare qu’un jeune phoque se repose seul sur le sable pendant plusieurs heures : la mère chasse au large et revient l’allaiter à marée basse. Le comportement de l’animal n’indiquait donc, en lui-même, aucune détresse.

La période correspond d’ailleurs au pic de mise bas du phoque veau-marin, l’espèce la plus commune sur ce littoral, qui met bas entre juin et août, contrairement au phoque gris, qui donne naissance en hiver. Les deux espèces se distinguent facilement : le veau-marin a une tête ronde avec un net décrochement entre le front et le museau, tandis que le phoque gris présente un profil rectiligne, souvent comparé à une tête de cheval, et un cou plus allongé. La baie de Somme, un peu plus au sud, abrite la plus grande colonie de veaux-marins de France, mais des individus isolés remontent régulièrement jusqu’aux plages du Boulonnais.

Le vrai danger : la curiosité des passants

Le risque venait des visiteurs de la plage. Attirés par la présence inhabituelle d’un phoque, plusieurs passants se sont approchés de très près, certains accompagnés de chiens, malgré le risque d’une morsure de phoque, capable de transmettre des infections difficiles à soigner. La police locale a fait appel aux bénévoles d’Opale Capture pour sécuriser la situation avant qu’un incident ne se produise.

« Le danger n’existait pas pour le phoque, mais les gens se sont trop approchés, certains avec leur chien », a résumé Jérémie Marion, responsable de l’association, une fois le périmètre mis en place.

Un périmètre pour laisser l’animal tranquille

Les bénévoles ont matérialisé une zone de sécurité autour du phoque, suffisamment large pour empêcher tout contact tout en laissant l’animal se reposer normalement. Ce type d’intervention, fréquent sur le littoral de la Manche pendant l’été, vise moins à « sauver » un animal qui n’est généralement pas en danger qu’à empêcher les humains de le mettre en danger malgré eux.

Une règle simple, une sanction réelle

Le Code de l’environnement protège les phoques présents sur les côtes françaises, au même titre que d’autres espèces sauvages : les déranger volontairement, y compris en s’approchant de trop près pour une photo, est une infraction. L’Office français de la biodiversité rappelle régulièrement cette règle aux communes littorales, et la contravention encourue peut atteindre 750 euros.

  • Garder au moins une trentaine de mètres de distance avec un phoque au repos.
  • Tenir les chiens en laisse à proximité d’une plage fréquentée par des phoques.
  • Contacter la mairie, la police ou une association agréée en cas de doute sur l’état de l’animal.

Ce que devient l’animal ensuite

Après la mise en sécurité, le petit phoque a été confié à un centre de soins de la faune sauvage, où il est examiné avant, le plus souvent, d’être relâché sur le littoral une fois hors de danger. Sur la Côte d’Opale, la population de phoques veaux-marins et de phoques gris est suivie depuis plusieurs années par des associations locales, qui recensent chaque été davantage d’échouages temporaires liés à la fréquentation des plages plutôt qu’à un danger direct pour les animaux.

Une population qui s’est reconstituée

Les phoques ont failli disparaître du littoral français au XXe siècle, alors qu’ils y étaient présents par centaines au XIXe. Leur protection légale, effective depuis les années 1960, a permis une recolonisation progressive de la Côte d’Opale et de la baie de Somme à partir d’autres colonies européennes. En 2017, les recensements comptaient environ 400 phoques gris et 700 veaux-marins sur ce littoral ; la population approche aujourd’hui les 1 800 individus, faisant de la baie de Somme le plus grand site de reproduction du veau-marin en France métropolitaine.

Pourquoi les associations interviennent si vite

Une intervention rapide évite deux dérives fréquentes en période estivale : le sauvetage improvisé par des passants bien intentionnés, qui manipulent l’animal sans les précautions nécessaires, et l’attroupement prolongé, qui empêche la mère de revenir allaiter son petit si elle est encore dans les parages. Les bénévoles formés savent distinguer un jeune phoque simplement en pause d’un animal réellement affaibli, amaigri ou blessé, seul cas qui justifie un transport vers un centre de soins plutôt qu’une simple surveillance à distance.

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