Au Kirghizistan, le centre NABU qui recueille les panthères des neiges
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À deux heures de route à l’est de Bichkek, le centre NABU de Suuluu-Terek recueille des animaux blessés ou confisqués au braconnage : panthères des neiges, lynx, loup, ours, aigles royaux. Ouvert en 2022, il ne relâche que les individus capables de survivre seuls, les autres restant sous sa garde à vie.
Un félin qui vit au-dessus de 3 000 mètres
La panthère des neiges, Panthera uncia, surnommée « fantôme des montagnes » pour la discrétion avec laquelle elle se déplace, évolue le plus souvent entre 3 000 et 4 500 mètres d’altitude, parfois au-delà de 5 000 mètres dans l’Himalaya. Sa fourrure épaisse, mouchetée de taches sombres qui s’assombrissent en hiver, et sa queue courte et large lui servent d’isolant thermique et de balancier sur les pentes rocheuses. L’espèce a longtemps été classée « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature, avant d’être reclassée « vulnérable » en 2017 : un statut moins critique, mais qui n’a rien d’une bonne nouvelle acquise, les effectifs sauvages étant estimés entre 4 000 et 6 000 individus sur l’ensemble de son aire de répartition.
Un refuge né en 2022
Le centre de réhabilitation de Suuluu-Terek est géré par NABU, l’organisation allemande de protection de la nature, présente au Kirghizistan depuis 1994. Ouvert en 2022, il a rapidement accueilli plusieurs pensionnaires, la plupart victimes indirectes du braconnage : jeunes séparés de leur mère, animaux blessés par des pièges, spécimens confisqués à des particuliers qui les détenaient illégalement.
Un chasseur qui mange aussi des plantes
La panthère des neiges chasse principalement le bharal, un mouton bleu de l’Himalaya, ainsi que l’ibex de Sibérie, l’argali et le markhor, deux espèces de mouflons et de chèvres sauvages. Elle complète ce régime de pikas, de marmottes de l’Himalaya et d’oiseaux lorsque le gros gibier se fait rare. Fait plus surprenant pour un félin : les analyses de fèces montrent qu’entre 22 et 50 % de son alimentation, selon les régions, se compose de matières végétales, une proportion inhabituelle chez un grand prédateur. Sa queue, qui atteint presque la moitié de la longueur totale de l’animal, lui sert d’équilibre sur les pentes escarpées et de couverture isolante lorsqu’elle s’enroule autour du corps par grand froid.
La femelle met bas après une gestation de 90 à 105 jours, le plus souvent deux à trois petits par portée, exceptionnellement jusqu’à sept. Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle vers deux ou trois ans, mais ne se reproduisent généralement pas avant quatre ans. Dans la nature, une panthère des neiges vit jusqu’à 12 ans ; en captivité, où les blessures et le manque de nourriture ne réduisent pas son espérance de vie, elle peut atteindre 25 ans.
Ceux qui ne repartiront jamais en liberté
Certains animaux du centre sont trop habitués à l’humain pour survivre seuls et resteront à Suuluu-Terek jusqu’à la fin de leur vie :
- Kolijuchka, une panthère des neiges née en captivité en 2009.
- Ak-Moor, une femelle plus âgée, arrivée en 2020 après avoir tenté de s’introduire dans un poulailler.
- Léopold, un lynx confisqué en 2012 chez un particulier.
- Dirk, un louveteau recueilli en 2023, aujourd’hui trop familier des humains pour chasser seul.
D’autres pensionnaires, en revanche, ont vocation à repartir : Mishka, une oursonne orpheline, devait être relâchée dans la nature avant la fin de l’été 2024, tout comme deux aigles royaux actuellement en préparation pour leur libération.
Le braconnage, première menace
La panthère des neiges est chassée pour sa fourrure et ses os, utilisés dans certains marchés de médecine traditionnelle, ainsi que par des éleveurs qui la tuent en représailles après une attaque sur leur bétail. En 2013, douze pays d’Asie centrale et méridionale se sont engagés collectivement à protéger l’espèce et ses habitats montagnards, avec pour objectif de sécuriser une vingtaine de zones abritant chacune au moins une centaine d’adultes reproducteurs.
Des rangers contre le braconnage
Le centre emploie des rangers qui patrouillent les zones montagneuses pour enquêter sur les activités de braconnage et intervenir auprès des animaux blessés. Ce travail de terrain complète les soins apportés aux pensionnaires du centre, sans lequel les captures illégales continueraient d’alimenter le flux d’animaux arrivant à Suuluu-Terek.
Sensibiliser plutôt qu’exposer
Le centre reçoit des groupes scolaires et des visiteurs, encadrés par l’équipe locale de NABU à Bichkek. L’objectif affiché n’est pas de présenter les animaux comme des attractions, mais de faire comprendre pourquoi une espèce discrète, rarement croisée même par les bergers de la région, dépend malgré tout directement des activités humaines qui se déroulent à des centaines de kilomètres, du commerce illégal de fourrure aux conflits avec l’élevage.
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