Les animaux qui vivent le plus longtemps et leurs records de longévité
Sommaire7 sections
- 01Les orques, une longévité qui dépend du sexe
- 02L’esturgeon et le homard, deux doyens qu’on croirait increvables
- 03L’anguille, une vie entière pour un seul aller
- 04La baleine boréale, le mammifère le plus vieux au monde
- 05Le sébaste aux yeux rugueux, deux siècles au fond de l’eau
- 06Jonathan, une tortue plus vieille que la photographie
- 07Le requin du Groenland et les mollusques, les vrais records de longévité
Une palourde de l’Atlantique nord a vécu plus de cinq siècles, une durée que même les meilleurs cardiologues humains ne rêvent pas d’atteindre. La longévité extrême n’est pas l’apanage des mammifères : chez les vertébrés à sang froid et les mollusques, elle se compte parfois en siècles plutôt qu’en décennies. Voici ce que la science a réellement confirmé, animal par animal.
Les orques, une longévité qui dépend du sexe
Dans l’océan, les femelles orques vivent nettement plus longtemps que les mâles : leur espérance de vie moyenne tourne autour de 50 ans, avec des individus dépassant 80 ans, alors que les mâles franchissent rarement 30 à 40 ans. Granny, une femelle du groupe J du Pacifique nord-est, a été suivie par les chercheurs pendant des décennies avant de disparaître en 2016. Son âge exact restait incertain faute d’année de naissance documentée, mais plusieurs biologistes estimaient qu’elle avait dépassé 80 ans, certains avançant plus de 100 ans, une hypothèse que la communauté scientifique n’a jamais tranchée avec certitude.
L’esturgeon et le homard, deux doyens qu’on croirait increvables
L’esturgeon, ce poisson élevé pour son caviar, figure parmi les vertébrés les plus longévifs d’eau douce : plusieurs captures documentées de béluga, la plus grande espèce d’esturgeon, dépassent 100 ans, avec des estimations allant jusqu’à environ 120 ans pour les plus vieux individus recensés. Contrairement à beaucoup de poissons, il continue de grandir toute sa vie, ce qui rend son âge difficile à estimer à l’œil.
Le homard américain intrigue pour une autre raison : il ne présente pas les signes classiques du vieillissement. Ses cellules continuent à se réparer efficacement grâce à une enzyme, la télomérase, active toute sa vie, ce qui lui permet de continuer à grandir et à muer sans déclin apparent de ses fonctions. Il ne meurt donc pas de vieillesse au sens propre, mais de maladie, de prédation ou d’épuisement lors d’une mue devenue trop coûteuse en énergie : les plus gros spécimens capturés, de plus de vingt kilos, sont estimés à plus d’un siècle, sans qu’on puisse dater précisément leur naissance.
L’anguille, une vie entière pour un seul aller
L’anguille européenne mène une existence à l’envers de la plupart des poissons : elle passe dix à vingt ans, parfois davantage, dans les rivières et les étangs d’Europe avant de migrer une seule fois vers la mer des Sargasses, dans l’Atlantique, pour s’y reproduire et mourir. Cette reproduction unique en fin de vie, appelée sémelparité, est rarissime chez les vertébrés et explique pourquoi une anguille peut atteindre plusieurs décennies sans jamais s’être reproduite avant son dernier voyage.
Des récits populaires attribuent à certaines anguilles gardées en captivité, notamment en Suède, des âges dépassant 150 ans. Ces chiffres, largement repris dans la presse, reposent sur des témoignages plutôt que sur une méthode de datation scientifique fiable, et les spécialistes de l’espèce restent prudents à leur sujet : mieux vaut retenir la sémelparité, solidement documentée, que ces records invérifiables.
La baleine boréale, le mammifère le plus vieux au monde
La baleine boréale, ou baleine du Groenland, détient le record de longévité chez les mammifères. Des pointes de harpon du dix-neuvième siècle, retrouvées incrustées dans la graisse de baleines chassées au vingtième siècle, ont permis d’estimer que certains individus avaient dépassé cent ans, voire cent vingt ans, au moment de leur mort. Des analyses biochimiques des tissus oculaires, qui se renouvellent très lentement, poussent l’estimation maximale au-delà de 200 ans pour l’espèce.
Le sébaste aux yeux rugueux, deux siècles au fond de l’eau
Dans les eaux froides du Pacifique nord, le sébaste aux yeux rugueux détient l’un des records de longévité chez les poissons osseux : l’analyse des otolithes, ces petites pièces calcaires de l’oreille interne qui accumulent des anneaux de croissance comme un arbre, a permis de dater certains individus à plus de 200 ans. Cette longévité extrême s’accompagne d’une maturité sexuelle très tardive, ce qui rend l’espèce particulièrement vulnérable à la surpêche : une population décimée met des décennies à se reconstituer.
Jonathan, une tortue plus vieille que la photographie
Jonathan, une tortue géante d’Aldabra installée sur l’île Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, est reconnue par le Livre Guinness des records comme le plus vieil animal terrestre vivant. Née vers 1832, elle a dépassé 190 ans en 2024, ce qui signifie qu’elle est plus âgée que l’invention de la photographie ou l’ouverture du canal de Suez. Son âge a pu être approché grâce aux registres coloniaux de l’île, qui mentionnent son arrivée alors qu’elle était déjà adulte, et non grâce à une observation depuis sa naissance.
Le requin du Groenland et les mollusques, les vrais records de longévité
Le requin du Groenland détient, à ce jour, le record de longévité chez les vertébrés : une étude publiée en 2016 dans la revue Science a daté au carbone 14 le cristallin de l’œil de plusieurs individus, une technique inédite pour ce type d’animal. Le résultat pour la plus grande femelle étudiée, cinq mètres de long, donne un âge estimé à 392 ans, avec une fourchette possible de 272 à 512 ans selon la marge d’erreur de la méthode.
Chez les mollusques, les records grimpent encore. La moule perlière d’eau douce, présente dans les rivières fraîches d’Europe et d’Amérique du Nord, peut dépasser 200 ans, et certaines populations arctiques étudiées par les biologistes russes ont approché les 250 ans. Le record absolu revient toutefois à Ming, une palourde des mers d’Islande draguée en 2006 : le comptage des stries de sa coquille, une méthode comparable à celle des cernes d’un arbre, a permis de dater sa naissance vers 1499, soit un âge de 507 ans au moment où les chercheurs, en voulant la dater précisément, ont dû l’ouvrir et mettre fin à sa vie.
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