Les animaux en Y : le yack, le yapok et le yabby
Sommaire4 sections
Le yack, le yapok et le yabby n’ont a priori rien en commun : un bovidé d’altitude, un marsupial nageur et une écrevisse capable de dormir sous terre pendant des mois. Ce qui les rassemble tient à la rareté même de leur initiale, car peu de noms vernaculaires français commencent réellement par la lettre Y. Beaucoup de lecteurs pensent d’abord à Yakari, le jeune héros de bande dessinée qui parle aux animaux, mais ce dernier n’a rien d’une espèce réelle. Voici trois habitants bien concrets de cette lettre discrète, chacun avec une particularité qui mérite le détour.
Le yack, seigneur des hauts plateaux
Le yack (Bos grunniens) est un bovidé massif des hauts plateaux d’Asie centrale, du Tibet au Népal, adapté à des altitudes où peu de grands mammifères survivent. Sa fourrure épaisse et son sang, plus riche en globules rouges que celui des bovins de plaine, lui permettent de vivre au-delà de quatre mille mètres. Domestiqué depuis des millénaires, il fournit lait, laine et force de trait aux populations himalayennes ; sa forme sauvage, plus grande et plus sombre, est classée vulnérable par l’UICN. Le yack sauvage peut peser plus de sept cents kilos chez les grands mâles, deux à trois fois le poids d’un individu domestique, une différence qui tient autant à la sélection humaine qu’à une alimentation moins abondante en captivité.
Le yabby, une écrevisse qui survit à la sécheresse
Le yabby (Cherax destructor) est une écrevisse d’eau douce originaire d’Australie, présente dans les rivières, les lacs et même des mares temporaires. Quand l’eau disparaît, il creuse un terrier profond jusqu’à atteindre la nappe phréatique et peut y survivre plusieurs mois en état de vie ralentie. L’espèce est aujourd’hui élevée en aquaculture pour sa chair, appréciée dans la cuisine australienne.
Le yapok, seul marsupial vraiment aquatique
Le yapok (Chironectes minimus) vit le long des cours d’eau d’Amérique centrale et du Sud. C’est le seul marsupial connu réellement adapté à la vie aquatique : ses pattes arrière palmées lui servent de propulsion, et la poche de la femelle se referme grâce à un anneau musculaire étanche qui protège les petits pendant la nage. Le mâle possède lui aussi une poche, plus rudimentaire, où il abrite ses organes génitaux sous l’eau. Ses oreilles et ses narines se ferment également par des valves lors de la plongée, une adaptation que l’on retrouve surtout chez des mammifères pleinement aquatiques comme les castors, rarement chez un marsupial.
L’yponomeute, tisseur de toiles collectives
L’yponomeute est un petit papillon de nuit dont les chenilles vivent en colonies et tissent d’épaisses toiles de soie qui recouvrent des branches entières d’arbres fruitiers ou d’arbustes, en Europe et en Asie tempérée. L’aspect spectaculaire de ces toiles inquiète souvent, mais l’arbre attaqué produit généralement de nouvelles feuilles quelques semaines plus tard et survit sans séquelle durable. À l’intérieur de la toile, les chenilles se nourrissent en groupe à l’abri des oiseaux, avant de se disperser pour tisser leur cocon individuel puis d’émerger en petits papillons blancs mouchetés de noir, actifs surtout au crépuscule.
De la fourrure du yack aux valves nasales du yapok, ces trois animaux partagent une même stratégie face à un environnement hostile : l’altitude, la sécheresse ou l’eau ne les repoussent pas, ils s’y sont taillé une place. C’est peut-être la meilleure raison de s’intéresser à une lettre aussi discrète que Y : elle réunit, sous une même initiale rare, des solutions très différentes pour survivre là où presque rien d’autre ne s’aventure.
Résumer cet article avec :
Partager :
