Le Vietnam relâche des animaux rares à Cuc Phuong et Cat Tiên

Sommaire7 sections
  1. 01Une opération coordonnée entre trois structures
  2. 02Cinq espèces, vingt et un individus
  3. 03Une protection à double niveau
  4. 04Pourquoi ces espèces sont autant menacées
  5. 05Un passage obligé par la quarantaine
  6. 06Un centre habitué à ce type d’opération
  7. 07Sensibiliser au-delà du sauvetage

Le 12 juin 2024, 21 animaux protégés ont retrouvé la forêt vietnamienne après plusieurs semaines de soins et de quarantaine. L’opération, menée par un centre habitué à ce genre de retour à la vie sauvage, porte sur cinq espèces qui vont du pangolin au rapace, toutes menacées par le commerce illégal.

Une opération coordonnée entre trois structures

La libération a été organisée par le centre Save Vietnam’s Wildlife (SVW), en partenariat avec les parcs nationaux de Cuc Phuong et de Cat Tien ainsi qu’avec le centre de sauvetage de la faune sauvage de Hanoï. Les 21 animaux relâchés provenaient tous de programmes de sauvetage et de réhabilitation, après une prise en charge consécutive à une saisie ou à un abandon.

Cinq espèces, vingt et un individus

La liste des animaux relâchés reflète la diversité de ce que ces centres reçoivent au quotidien :

  • 11 pangolins de Java (Manis javanica), aussi appelés pangolins malais
  • 3 loutres asiatiques à petites griffes (Aonyx cinereus)
  • 4 macaques à queue de cochon (Macaca leonina)
  • 2 macaques à longue queue (Macaca fascicularis)
  • 1 milan brahmane (Haliastur indus)

Une protection à double niveau

Ces espèces figurent sur la liste des animaux menacés fixée par le décret vietnamien N° 84/2021/ND-CP, qui encadre la gestion des espèces sauvages en danger dans le pays. La plupart sont également couvertes par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui interdit ou encadre strictement leur commerce à l’échelle internationale. Le pangolin de Java, en particulier, reste l’une des espèces les plus recherchées du trafic asiatique, pour ses écailles autant que pour sa viande.

Pourquoi ces espèces sont autant menacées

Le pangolin de Java se nourrit presque exclusivement de fourmis et de termites, qu’il capture avec une langue collante pouvant dépasser 25 centimètres. Ses écailles, faites de kératine comme nos ongles, n’ont aucune vertu médicinale démontrée mais restent très demandées dans certains marchés d’Asie, ce qui en fait le mammifère le plus trafiqué au monde. La loutre asiatique à petites griffes, la plus petite loutre du monde, souffre à la fois du commerce illégal comme animal de compagnie exotique et de la dégradation des zones humides où elle pêche crustacés et mollusques. Les deux espèces de macaques relâchées, elles, finissent régulièrement captives pour le divertissement touristique ou comme animaux de compagnie, malgré leur comportement social complexe en groupe qui rend toute captivité isolée particulièrement éprouvante pour elles. Le milan brahmane, seul rapace du lot, est surtout menacé par la perte de ses habitats de mangrove et de zones côtières plutôt que par un trafic direct.

Un passage obligé par la quarantaine

Avant toute remise en liberté, les animaux passent au minimum trente jours en quarantaine, le temps de vérifier leur état de santé et leur capacité à survivre seuls en milieu naturel. Cette étape écarte les individus trop affaiblis ou pas encore prêts, qui restent en réhabilitation plus longtemps. Le choix du site de relâcher, ici les parcs de Cuc Phuong et de Cat Tien, tient compte de la présence d’un habitat adapté à chaque espèce et de l’absence de pression de chasse locale connue.

Un centre habitué à ce type d’opération

Depuis sa création, Save Vietnam’s Wildlife a recueilli et soigné 4 280 animaux sauvages, dont 1 709 pangolins, un chiffre qui donne la mesure de la pression que subit cette espèce au Vietnam. Le centre s’est largement spécialisé dans la prise en charge du pangolin, l’un des mammifères les plus saisis par les douanes vietnamiennes ces dernières années, tout en continuant à recevoir des primates, des oiseaux de proie et des carnivores de petite taille.

Sensibiliser au-delà du sauvetage

Le SVW et ses partenaires mènent aussi des actions éducatives auprès des communautés locales, pour expliquer pourquoi ces espèces sont protégées et quels risques pèsent sur elles. Ce travail de terrain compte souvent plus, sur la durée, que les opérations de relâcher elles-mêmes, car il vise à réduire la demande en amont plutôt qu’à seulement réparer les dégâts du braconnage. D’autres opérations comparables ont lieu régulièrement ailleurs dans le pays, à lire dans nos articles associés sur le sujet.

Vingt et un animaux relâchés en une journée ne suffiront pas à inverser la pression du trafic sur le pangolin ou les macaques, mais chaque opération de ce type retire des individus au marché noir et redonne, quand c’est possible, une chance à des animaux qui n’auraient pas dû en sortir vivants.

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