Rapport de l’ONUDC : ce qu’il dit du trafic d’espèces sauvages
Sommaire7 sections
- 01Un rapport qui contredit l’idée d’un recul
- 02Des chiffres qui donnent la mesure du problème
- 03Une baisse à ne pas confondre avec un progrès
- 04Le pangolin, mammifère le plus trafiqué au monde
- 05Des progrès réels sur l’ivoire et la corne de rhinocéros
- 06Des espèces oubliées derrière les icônes
- 07La corruption, maillon faible et cible des mesures demandées
Le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) sur le trafic d’espèces sauvages tient en une phrase : deux décennies d’action internationale n’ont pas fait reculer le phénomène. Les chiffres qu’il rassemble, sur des saisies dans 162 pays, montrent surtout combien le trafic déborde largement des espèces qui font les gros titres.
Un rapport qui contredit l’idée d’un recul
L’ONUDC publie régulièrement son World Wildlife Crime Report, une synthèse fondée sur les données de saisies douanières transmises par les États membres. L’édition présentée en 2024 conclut que le trafic d’espèces sauvages reste un problème mondial persistant, malgré les efforts engagés depuis le début des années 2000. Certaines espèces emblématiques progressent, mais l’ensemble du phénomène n’a pas diminué de façon significative sur la période étudiée.
Des chiffres qui donnent la mesure du problème
Entre 2015 et 2021, les douanes ont saisi près de 13 millions d’articles, pour un poids cumulé dépassant 16 000 tonnes. Ce commerce illégal touche environ 4 000 espèces végétales et animales, dont près de 3 250 sont inscrites à la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), et concerne 162 pays et territoires. Le rapport s’appuie sur l’analyse de plus de 140 000 saisies individuelles, révélant l’implication de réseaux criminels organisés bien au-delà des braconniers isolés.
Une baisse à ne pas confondre avec un progrès
Les données de 2020 et 2021 montrent un nombre de saisies signalées à peu près deux fois plus faible que chacune des quatre années précédentes. L’ONUDC est prudent sur l’interprétation : la pandémie de Covid-19 a réduit les contrôles douaniers et le trafic aérien, ce qui a mécaniquement diminué les occasions de saisie, mais elle a aussi pu pousser les réseaux à changer de routes ou de méthodes pour échapper aux contrôles restants. Le rapport n’exclut pas non plus une réduction réelle et temporaire du trafic. Impossible, en l’état, de trancher entre ces hypothèses.
Le pangolin, mammifère le plus trafiqué au monde
Si une espèce résume le trafic actuel, c’est le pangolin. Il représenterait à lui seul près de 28 % des saisies recensées dans certaines analyses du rapport, avec une estimation d’environ 200 000 individus braconnés chaque année pour leurs écailles, utilisées dans la médecine traditionnelle asiatique, et pour leur viande. Les huit espèces de pangolins existantes figurent toutes sur la liste rouge de l’UICN, la plupart classées en danger ou en danger critique.
Des progrès réels sur l’ivoire et la corne de rhinocéros
Le rapport note tout de même une évolution favorable sur deux dossiers suivis de près depuis dix ans : le trafic d’ivoire d’éléphant et de corne de rhinocéros a reculé, avec moins de saisies, des prix de marché en baisse et des réseaux de trafiquants démantelés dans plusieurs pays d’Afrique australe et d’Asie du Sud-Est. C’est le résultat le plus solide du rapport, et il montre qu’une pression coordonnée sur une filière précise finit par payer, même si le recul reste partiel.
Des espèces oubliées derrière les icônes
La communication autour du trafic met en avant l’éléphant, le tigre ou le rhinocéros, mais le rapport insiste sur tout ce que cette attention laisse de côté : la collecte illégale de plantes succulentes et d’orchidées rares, qui a déjà provoqué la disparition locale de certaines espèces de succulentes en Afrique du Sud, ainsi que le trafic de reptiles, de poissons, d’oiseaux et de nombreux mammifères moins médiatiques. Le bois précieux figure aussi dans la liste : cèdres et palissandres sont exploités illégalement à une échelle qui dépasse en volume la plupart des trafics animaliers, sans recevoir la même attention médiatique. Une espèce à peine décrite par la science peut être ciblée par les collectionneurs dans les mois qui suivent sa publication, un phénomène documenté sur plusieurs orchidées découvertes récemment en Asie du Sud-Est.
La corruption, maillon faible et cible des mesures demandées
Le rapport pointe un facteur qui revient dans presque tous les grands dossiers étudiés : la corruption aux points de passage. Sans complicité locale, aux frontières, dans les ports ou au sein même des administrations chargées de délivrer les permis CITES, la plupart des grands réseaux ne pourraient pas fonctionner à l’échelle où ils opèrent. L’ONUDC souligne que les affaires réellement jugées et sanctionnées restent minoritaires par rapport au nombre de saisies enregistrées, un écart qui traduit moins un manque de preuves qu’un manque de moyens consacrés aux poursuites. Le rapport appelle donc les gouvernements à renforcer l’application des lois existantes plutôt qu’à en créer de nouvelles, en priorité les lois anti-corruption, et à élargir la focale au-delà des espèces emblématiques pour couvrir la diversité réelle du trafic, des coraux aux plantes rares. Sans cet élargissement, prévient l’ONUDC, les succès obtenus sur l’ivoire resteront des exceptions plutôt qu’un modèle.
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