Le centre de soins Gorna, en Alsace, face à l’afflux d’animaux blessés
Sommaire7 sections
- 01Un refuge fondé en 1982
- 02Un patient sur deux mammifères est un hérisson
- 03Un second pôle pour les petits mammifères
- 04Trois salariés, deux vétérinaires bénévoles et un renfort d’été
- 05Un budget qui tient surtout aux dons
- 06Que faire face à un animal sauvage blessé
- 07Des espèces qui varient selon les saisons
Le Gorna soigne des animaux sauvages blessés à Neuwiller-lès-Saverne, en Alsace, depuis quatre décennies. Le nombre d’admissions a été multiplié par plus de deux en quatorze ans, et le centre vient d’ouvrir deux nouveaux espaces de convalescence pour faire face.
Un refuge fondé en 1982
Le Groupement ornithologique du refuge Nord-Alsace, plus connu sous son sigle Gorna, est né en 1982 d’un groupe de passionnés de rapaces. Installé depuis 2003 dans un corps de ferme forestier du Loosthal, à Neuwiller-lès-Saverne, le centre occupe aujourd’hui environ un hectare, entre volières, box de convalescence et parcs extérieurs.
Le nom du groupement rappelle son origine : à l’ouverture, il ne s’occupait que d’oiseaux, en particulier de rapaces blessés. Chouettes, buses et faucons restent aujourd’hui parmi les pensionnaires réguliers, mais l’activité du centre s’est largement élargie aux mammifères sauvages au fil des décennies, au point que le hérisson en est devenu, de loin, le patient le plus fréquent.
Un patient sur deux mammifères est un hérisson
Le hérisson est, à lui seul, environ 70 % des mammifères accueillis au Gorna, loin devant le chat forestier ou le blaireau. Il arrive souvent blessé aux pattes, victime d’une tondeuse ou d’un choc, incapable de se nourrir seul. C’est pour lui que le centre a construit son premier pôle dédié : des box individuels en extérieur, pensés pour reproduire un sous-bois, où l’animal reprend des forces loin du bruit et des autres pensionnaires.
Cette progression tient à plusieurs facteurs qui se cumulent : recul des haies et des sous-bois, usage massif des tondeuses et des robots de tonte, mais aussi une meilleure connaissance du centre par le public, qui signale davantage qu’avant.
Un second pôle pour les petits mammifères
Le second espace inauguré cette année accueille les chats forestiers, les blaireaux et les autres petits mammifères qui réclament un enclos plus vaste qu’un hérisson. Les cabanes en bois disposent d’enclos extérieurs filmés par caméra, ce qui permet aux soigneurs de suivre la convalescence sans imposer une présence humaine stressante à des animaux qui, par nature, fuient l’homme. Des filets et des grillages renforcés limitent les tentatives d’évasion, fréquentes chez des espèces qui retrouvent vite leurs réflexes une fois remises sur pied.
Le taux de réussite varie beaucoup selon l’espèce et la nature de la blessure. Un jeune oiseau tombé du nid sans fracture a de bonnes chances de repartir, contrairement à un animal victime d’une collision routière avec des lésions internes.
Trois salariés, deux vétérinaires bénévoles et un renfort d’été
Le Gorna fonctionne avec trois salariés permanents et un temps partiel, renforcés d’avril à septembre par une personne recrutée pour la saison. Deux vétérinaires interviennent bénévolement pour les diagnostics et les interventions les plus lourdes. Le reste, nourrissage, nettoyage des box, surveillance, repose sur les salariés et sur des bénévoles qui se relaient toute l’année.
Un budget qui tient surtout aux dons
Le Gorna touche des subventions de la Région Grand Est et de l’Eurométropole de Strasbourg, mais l’essentiel de son budget vient des dons privés. Les deux nouveaux pôles ont été financés de cette manière, sans recours à un emprunt. Cette dépendance aux dons rend le centre vulnérable aux années creuses, d’où l’attention portée à faire connaître ses besoins auprès du public.
Que faire face à un animal sauvage blessé
Le Gorna déconseille de nourrir un animal trouvé blessé ou de le forcer à boire. La bonne réaction consiste à le placer dans un carton fermé et ventilé, au calme et au chaud, puis à contacter le centre avant tout déplacement. Un hérisson actif en plein jour, par exemple, est presque toujours en détresse : l’espèce est normalement active la nuit.
Avec deux mille admissions annuelles et des infrastructures qui viennent d’être agrandies, le Gorna reste l’un des principaux points de passage pour la faune blessée du nord de l’Alsace. La question, pour l’équipe, n’est plus de savoir si la fréquentation va continuer à monter, mais de combien.
Des espèces qui varient selon les saisons
Au printemps, ce sont surtout des jeunes tombés du nid ou séparés de leur mère qui arrivent au centre : oisillons, faons, jeunes hérissons encore aveugles. L’été voit affluer les victimes de tondeuses et de collisions routières, période où les animaux se déplacent le plus. À l’automne, les hérissons dominent de nouveau, cette fois des jeunes de l’année trop légers pour hiverner, que le centre engraisse avant de les relâcher au printemps suivant plutôt que de les laisser affronter l’hiver sous-alimentés.
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