La vipère aspic : portrait, venin et habitudes d’un serpent solitaire
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La vipère aspic ne cherche jamais le contact. Ce serpent venimeux d’Europe du Sud-Ouest passe le plus clair de son temps immobile, caché sous une pierre ou dans un tas de bois, et ne mord que si on le surprend ou qu’on le piétine. Vipera aspis, de la famille des Viperidae, se reconnaît d’abord à son museau légèrement retroussé.
Vie solitaire, sauf à la belle saison
La vipère aspic est un animal solitaire. Les rencontres entre congénères se limitent presque exclusivement à la période de reproduction, au printemps, où plusieurs individus peuvent se rassembler autour d’une même femelle. L’espèce est surtout diurne, mais elle devient plus active au crépuscule, voire la nuit, dans les régions les plus chaudes de son aire de répartition, sans doute pour éviter les fortes chaleurs de la mi-journée.
Comme les autres serpents, la vipère aspic mue plusieurs fois par an. Malgré son allure inquiétante, elle n’est pas agressive envers l’Homme et préfère fuir plutôt que combattre. Les morsures surviennent presque toujours par accident, quand on marche dessus sans la voir ou qu’on la manipule sans précaution. L’espèce est protégée en France : la ramasser, la déplacer ou la tuer est interdit par la loi.
Une aire de répartition limitée au sud de la Loire
La vipère aspic occupe le nord-est de l’Espagne, la majeure partie de la France au sud d’une ligne qui va grossièrement de la Loire-Atlantique à la Moselle, la Suisse et l’Italie, avec quelques poches isolées dans la Forêt-Noire allemande et en Slovénie. En montagne, elle grimpe jusqu’à environ 3 000 mètres d’altitude, ce qui en fait l’un des reptiles les plus tolérants au froid parmi les vipères d’Europe de l’Ouest. Une sous-espèce pyrénéenne, Vipera aspis zinnikeri, est quant à elle classée vulnérable, menacée par le recul de ses habitats de landes et de pelouses sèches.
Le vipereau naît en fin d’été
La vipère aspic est ovovivipare : les œufs se développent à l’intérieur du corps de la mère, qui met bas des petits déjà formés, appelés vipereaux. La mise bas a lieu en août dans les zones de plaine, un peu plus tard, en septembre ou octobre, en montagne, où la saison chaude est plus courte. Les mâles atteignent leur maturité sexuelle vers trois ou quatre ans, les femelles un peu plus tard, vers cinq ou six ans. Bien nourrie et à l’abri des prédateurs, une vipère aspic peut vivre de 25 à 30 ans.
Novembre à février sous terre
Comme tout reptile à sang froid, la vipère aspic a besoin d’une température ambiante suffisante pour rester active. De novembre à février, elle hiverne dans des terriers souterrains où la température reste positive et relativement constante. Elle n’est pas totalement inerte durant cette période, mais son métabolisme tourne au ralenti. Dès la sortie d’hivernage, elle recherche le soleil pour reconstituer ses réserves avant de reprendre une activité normale.
Une chasseuse à l’affût
Maîtresse de la chasse à l’affût, la vipère aspic repère sa proie, le plus souvent un petit rongeur comme un mulot ou un campagnol, et attend le moment opportun pour attaquer. Elle complète ce régime avec des oiseaux, des lézards et, à l’occasion, d’autres jeunes vipères. Les juvéniles, plus petits, s’attaquent surtout aux lézards, plus faciles à immobiliser. Quand la proie est à portée, la vipère détend brusquement son corps, gueule grande ouverte, et lui inflige une morsure venimeuse qui l’immobilise avant même d’être avalée. Elle avale ensuite sa proie entière, en commençant par la tête ; les poils, non digérés, sont rejetés plus tard sous forme de pelote.
Une morsure rare, mais jamais anodine
Une morsure de vipère aspic peut, dans de rares cas, mettre la vie d’un adulte en danger, et davantage encore celle d’un enfant ou d’une personne fragile. La plupart des accidents surviennent au jardin, en randonnée ou lors de travaux au sol, quand on pose la main ou le pied sans regarder. Le réflexe à avoir reste le même que pour toute morsure de serpent en France : ne pas inciser, ne pas aspirer, immobiliser le membre et rejoindre rapidement un service d’urgences.
Qui s’attaque à la vipère aspic
Plusieurs prédateurs s’en prennent à la vipère aspic, en particulier aux jeunes individus, plus vulnérables :
- Les rapaces diurnes comme la buse variable, l’épervier et le milan royal
- Le renard roux
- Le sanglier
- Certains corvidés, comme le corbeau freux et la corneille noire
- Certains mustélidés, comme le blaireau
- Le hérisson
- La coronelle lisse, une couleuvre qui s’attaque aussi aux jeunes vipères
Le chat domestique et certains oiseaux de basse-cour s’en prennent aussi, plus rarement, à ce serpent qui, malgré son venin, reste une proie possible pour qui sait éviter la morsure.
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