Tortues marines, d’eau douce et terrestres : ce qui les différencie
Sommaire4 sections
Une tortue qui rame avec des nageoires, une tortue qui nage les pattes écartées comme une grenouille, une tortue dont les membres ressemblent à des colonnes d’éléphant : les trois grands groupes se reconnaissent avant tout à leurs pattes. Marines, d’eau douce ou terrestres, ces reptiles ont façonné leurs membres selon le milieu où ils se déplacent, bien plus que selon la forme de leur carapace.
Tortues marines
Chez les tortues marines, les pattes avant se sont transformées en longues nageoires rigides, dépourvues de doigts mobiles et impossibles à rétracter sous la carapace. Ces nageoires fonctionnent comme des ailes sous l’eau : la tortue les bat de haut en bas pour se propulser, un mode de nage proche de celui des otaries et très différent du battement des pattes des tortues d’eau douce. Les pattes arrière, plus courtes, servent surtout de gouvernail pour orienter la trajectoire. Sur terre, où seules les femelles s’aventurent pour pondre, ces mêmes nageoires deviennent un handicap : elles se déplacent en se hissant péniblement, par à-coups, incapables de porter le corps comme le font des pattes classiques.
La famille des Cheloniidae regroupe la plupart des tortues marines, comme la tortue verte ou la tortue caouanne, tandis que la tortue luth forme à elle seule la famille des Dermochelyidae. C’est la plus grande tortue au monde, avec une carapace non osseuse recouverte de peau coriace, et la seule capable de plonger à plus de 1 000 mètres de profondeur pour chasser des méduses. Toutes les tortues marines sont menacées, classées en danger ou vulnérables selon l’espèce par l’Union internationale pour la conservation de la nature, principalement à cause du braconnage des œufs, des filets de pêche et de la disparition des plages de ponte.
Tortues d’eau douce
Les tortues d’eau douce vivent dans les rivières, les étangs et les marais, et leurs pattes gardent une forme intermédiaire entre celles des tortues marines et celles des tortues terrestres. Les doigts restent distincts et griffus, mais reliés par une palmure qui augmente la surface de poussée dans l’eau, un peu comme des pieds de canard. La plupart de ces tortues peuvent encore rétracter partiellement leurs membres sous la carapace, contrairement aux tortues marines, et se servent de leurs griffes pour grimper hors de l’eau et se chauffer au soleil sur un tronc ou une pierre.
Cette double aptitude, nager grâce à la palmure et marcher grâce aux griffes, explique pourquoi les tortues d’eau douce alternent volontiers entre vie aquatique et incursions terrestres. La cistude d’Europe, seule tortue d’eau douce indigène de France métropolitaine, illustre bien ce mode de vie : elle chasse insectes, larves et petits poissons dans l’eau puis vient s’exposer de longues heures sur un support émergé pour réguler sa température corporelle.
Tortues terrestres
Les tortues terrestres, réunies dans la famille des Testudinidae, portent des pattes épaisses, cylindriques et dépourvues de palmure, souvent comparées à des pattes d’éléphant en miniature. Cette architecture répartit le poids d’une carapace lourde et bombée sur un sol dur, mais rend ces tortues incapables de nager : jetées à l’eau, elles flottent mal et peuvent se noyer si elles ne trouvent pas rapidement un appui. Les griffes courtes et robustes servent surtout à creuser un terrier ou une cuvette pour pondre, pas à se déplacer plus vite.
La tortue d’Hermann, seule tortue terrestre indigène de France, se rencontre dans le Var, le massif des Maures et en Corse. Son déplacement reste lent, quelques centaines de mètres par jour en moyenne, ce que compense un régime presque exclusivement herbivore et une activité concentrée aux heures les moins chaudes de la journée. L’espèce est classée quasi menacée par l’UICN en France, principalement à cause des incendies de forêt et de l’urbanisation de son habitat méditerranéen.
Un même plan, trois usages différents
Ce qui reste commun aux trois groupes, une carapace formée par la fusion des côtes et de la colonne vertébrale, ne dit presque rien de leur mode de vie. C’est la forme des pattes qui tranche d’un coup d’œil : nageoires rigides et non rétractables pour la mer, pattes palmées et griffues pour l’eau douce, pattes en colonne sans palmure pour la terre ferme. Un naturaliste qui observe une tortue en train de se déplacer peut ainsi deviner son milieu avant même de regarder sa carapace.
Résumer cet article avec :
Partager :
