La tortue géante des Galapagos : taille, habitat et comportement
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En 2012 s’éteignait la dernière tortue géante de l’île Pinta, aux Galápagos, avec la mort de Lonesome George. Depuis, chaque île de l’archipel garde sa propre tortue, reconnaissable à la forme de sa carapace : dômée sur les îles humides et couvertes de végétation, relevée en selle sur les îles sèches où il faut tendre le cou vers les cactus. Ce reptile terrestre ne s’aventure jamais dans l’océan, mais c’est bien sa carapace qui trahit son île d’origine.
Deux carapaces pour deux façons de vivre
Le genre Chelonoidis regroupe une quinzaine de taxons décrits aux Galápagos, dont plusieurs ont aujourd’hui disparu, comme celui de l’île Pinta, éteint en 2012 avec la mort de Lonesome George, le dernier individu connu de sa lignée. Sur les îles humides et couvertes de végétation, la carapace est dômée, haute et arrondie. Sur les îles sèches, où la nourriture pousse en hauteur sur les cactus, elle prend une forme dite en selle, relevée à l’avant, qui laisse à la tortue la place de tendre le cou pour atteindre les raquettes d’Opuntia. Charles Darwin avait déjà noté que les habitants des îles savaient reconnaître l’île d’origine d’une tortue rien qu’à sa carapace.
Une vie réglée par la chaleur et les saisons
Comme tous les reptiles, la tortue géante est à sang froid : sa température interne suit celle de son environnement. Elle est active tôt le matin et en fin d’après-midi, puis se met à l’ombre pendant les heures chaudes. Le soir, elle aime s’installer dans une mare boueuse, ce qui la rafraîchit et noie au passage les tiques accrochées à sa peau. Ces bains de boue expliquent en partie pourquoi les tortues des zones humides paraissent souvent couvertes de terre séchée.
Les déplacements suivent le même principe. Pendant la saison des pluies, les tortues descendent vers les plaines basses, où l’herbe repousse en abondance. À la saison sèche, elles remontent vers les flancs des volcans, plus frais et plus verts en altitude. Ce mouvement annuel, sur certaines îles, atteint plusieurs dizaines de kilomètres.
Le rut et la ponte
La saison des amours s’étend de janvier à août selon les îles. Les mâles s’affrontent alors en tendant le cou le plus haut possible et en essayant de mordre la tête de leur adversaire : celui qui reste dressé le plus longtemps l’emporte, sans qu’un contact violent soit toujours nécessaire. Les femelles fécondées migrent ensuite vers les zones basses et sablonneuses pour y pondre, entre juin et décembre.
Des menaces venues avec l’Homme
Avant l’arrivée des marins européens, le seul prédateur des jeunes tortues était la buse des Galápagos, qui s’attaque aux nouveau-nés à la sortie du nid. Les baleiniers et les pirates du dix-huitième et du dix-neuvième siècle ont introduit chiens, cochons, chèvres et rats, qui pillent les nids ou concurrencent les tortues pour la végétation. Les tortues adultes, elles, disposent d’une défense simple mais efficace : elles se rétractent entièrement sous leur carapace, hors de portée de la plupart de ces prédateurs.
Un régime presque exclusivement herbivore
La tortue géante se nourrit de graminées, de feuilles, de fruits tombés au sol et de raquettes de cactus sur les îles arides. Elle peut survivre plusieurs mois sans manger ni boire, en puisant dans les réserves d’eau et de graisse stockées dans son corps, une capacité qui a longtemps permis aux navires baleiniers d’embarquer des tortues vivantes comme réserve de viande fraîche pour des traversées de plusieurs semaines. C’est d’ailleurs cette pratique, entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle, qui a fait chuter certaines populations de plusieurs dizaines de milliers d’individus à quelques centaines.
Une conservation qui porte ses fruits
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe l’ensemble du complexe Chelonoidis niger comme vulnérable, mais plusieurs taxons isolés sont en danger critique. Le parc national des Galápagos mène depuis les années 1960 des programmes d’élevage en captivité et de réintroduction, associés à l’éradication des chèvres sur plusieurs îles. Ces efforts ont permis à des populations données pour perdues, comme celle de l’île Española, de repasser de quelques dizaines à plusieurs centaines d’individus.
Les tortues géantes des Galápagos ne doivent leur survie ni au hasard ni à leur seule carapace. Elles la doivent aussi à un siècle de suivi scientifique et de programmes de terrain, sans lesquels plusieurs îles de l’archipel seraient aujourd’hui sans tortues du tout. Le parc national continue de baguer et de suivre par balise GPS plusieurs centaines d’individus chaque année, une surveillance qui a permis de documenter, île après île, les trajets de migration décrits plus haut.
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