Le varan de Gould : taille, couleurs et mode de vie en Australie
Un varan de Gould surpris en pleine chaleur ne charge pas : il détale vers l’objet vertical le plus proche et y grimpe. Quand cet objet est un promeneur, l’anecdote fait le tour des barbecues australiens et nourrit la réputation d’animal agressif que ce lézard n’a pas vraiment. Le reste du temps, il creuse, et c’est par là qu’il faut le prendre.
Un mètre quarante, queue comprise
Varanus gouldii a été décrit en 1838 et porte le nom de John Gould, le naturaliste britannique qui a inventorié une grande partie de la faune australienne. Les adultes mesurent en général 1,20 à 1,40 mètre au total, dont plus de la moitié pour la queue, et pèsent jusqu’à six kilos. Les mâles sont plus gros et portent une tête nettement plus massive.
La robe va du brun grisâtre au brun rouge selon les sols, semée de points et d’ocelles jaune pâle organisés en bandes transversales. Le museau porte une bande sombre qui part de l’œil et file vers l’oreille, un bon caractère de terrain. La queue est comprimée latéralement sur sa moitié terminale et se termine souvent par une portion claire, presque crème, chez les populations de l’intérieur.
Le creuseur qui loge les autres
Il est diurne et passe la nuit dans un terrier qu’il a creusé lui-même, sous une souche, un rocher ou en terrain découvert. Ces terriers peuvent dépasser plusieurs mètres de long et descendre à plus d’un mètre de profondeur, avec des embranchements. Un même animal en entretient plusieurs sur son domaine vital et en change au fil de la saison.
Les travaux menés dans les déserts australiens montrent que ces galeries abandonnées sont ensuite occupées par des dizaines d’autres espèces, reptiles, grenouilles, insectes et petits marsupiaux, qui y trouvent un refuge thermique là où il n’existe aucun autre abri. Le varan de Gould est donc un fabricant d’habitat pour tout un cortège d’animaux, ce qui lui donne dans ces milieux un poids sans rapport avec ses effectifs.
Le matin, il sort et s’expose au soleil jusqu’à atteindre sa température de fonctionnement, autour de 36 °C. Un varan froid est lent et vulnérable ; un varan à température est un animal endurant, capable de parcourir plusieurs kilomètres par jour en quête de nourriture, ce qu’aucun autre groupe de lézards ne fait à ce point.
Chasser à l’odeur, déterrer à la griffe
La langue bifide sort une à deux fois par seconde chez un animal en recherche. Chaque pointe rapporte des molécules à l’organe voméronasal, au palais, et la différence entre les deux pointes indique la direction : le varan suit une piste odorante comme un chien, en balayant le sol. C’est la même mécanique que chez les serpents, et c’est ce qui lui permet de trouver des proies qu’il ne voit pas.
Le menu comprend des insectes, des scorpions, des araignées, des lézards plus petits, des serpents, des œufs de tortue ou d’oiseau, des petits mammifères et des charognes. Une bonne partie de ces proies est enfouie : le varan se met alors à creuser à deux pattes avant, museau dans le trou, projetant le sable entre ses pattes arrière, parfois pendant plusieurs minutes. Les nids de tortues à cou de serpent sont pillés de cette façon.
Comme d’autres varanidés, il possède des glandes à venin dans la mâchoire inférieure. L’effet sur un humain reste modeste, mais une morsure saigne beaucoup et se surinfecte volontiers, et ce sont les griffes, longues et courbes, qui font les dégâts les plus nets.
Se dresser n’est pas courir debout
On lit souvent que ce varan se déplace en bipédie. En réalité, il court sur ses quatre pattes et se redresse à l’arrêt, en trépied, appuyé sur ses pattes arrière et sur la base de la queue, pour dégager son champ de vision au-dessus des herbes. La posture dure quelques secondes et sert à regarder, pas à avancer.
Le tempérament n’est pas celui qu’on lui prête non plus. Un varan de Gould dérangé fuit, et sa première option est de grimper dans un arbre ou de plonger dans un terrier. La menace, gueule ouverte, corps gonflé, sifflement et coups de queue, vient seulement quand il est acculé. La réputation d’animal qui attaque sans hésitation tout intrus tient surtout aux individus habitués aux campings et aux poubelles, qui ont perdu leur crainte et s’approchent des gens.
Combats, ponte et saison creuse
Au printemps austral, les mâles se cherchent et s’affrontent. Le combat est ritualisé : les deux animaux se dressent l’un contre l’autre, enlacés par les pattes avant, et luttent debout jusqu’à ce que l’un plaque l’autre au sol. Le vainqueur est en général le plus lourd, ce qui explique la forte différence de taille entre mâles et femelles. La queue sert de fouet contre un prédateur, pas dans ces duels.
La femelle enfouit ensuite ses œufs dans un terrier qu’elle rebouche, l’incubation prenant plusieurs mois sous la seule chaleur du sol. Les jeunes sortent entièrement autonomes et vivent leurs premiers mois dans les broussailles denses, où les rapaces les voient moins.
Dans le sud de l’aire, l’animal cesse toute activité pendant les mois frais et reste au terrier : c’est de la brumation, un ralentissement du métabolisme chez un ectotherme, pas l’hibernation d’un mammifère. Dans le nord tropical, où les températures ne descendent pas, les varans restent actifs toute l’année et c’est la saison sèche, pas le froid, qui règle leur rythme.
Le crapaud buffle, la vraie menace
Le varan de Gould est largement réparti sur le continent australien et classé en préoccupation mineure par l’UICN, mais ce chiffre global masque un effondrement local. Le crapaud buffle, Rhinella marina, introduit en 1935 dans le Queensland et en progression vers l’ouest depuis, porte des glandes à venin que les varans australiens n’ont jamais rencontrées au cours de leur évolution. Un varan qui en avale un meurt.
Sur le front d’invasion, les suivis de population enregistrent des chutes de l’ordre de 80 à 90 % chez les grands varans dans les mois qui suivent l’arrivée des crapauds. Des programmes d’aversion conditionnée, où l’on donne aux varans de petits crapauds ou des appâts rendant malade sans tuer, sont testés pour apprendre aux animaux à les éviter, avec des résultats encourageants sur le terrain. À cela s’ajoutent le renard roux et le chat haret, tous deux introduits, qui prélèvent les œufs et les jeunes.
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