Crocodile mâle ou femelle : les critères pour les distinguer
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Un crocodile ne porte aucun signe extérieur permanent de son sexe : ni couleur, ni longueur de museau ne permet de trancher avec certitude, quel que soit son âge. Le seul geste qui ne trompe pas est manuel, un examen du cloaque pratiqué par une main entraînée. Et l’histoire commence bien avant l’éclosion, dans la chaleur du nid, pas dans un chromosome.
Pourquoi la taille et le museau ne suffisent pas
Il existe une quinzaine d’espèces de crocodiles vrais, du crocodile du Nil au crocodile marin, et la taille adulte varie énormément d’une population à l’autre selon les ressources disponibles et l’âge. Chez la plupart des espèces, les mâles finissent par dépasser les femelles en longueur, mais l’écart se recouvre largement pendant des années : un jeune mâle et une femelle adulte de la même espèce peuvent faire la même taille. La largeur du museau suit la même logique, elle varie avec l’âge et l’individu bien plus qu’avec le sexe. Aucun de ces critères visuels ne permet de sexer un animal isolé avec certitude.
L’examen cloacal, le seul geste fiable
La méthode utilisée par les herpétologues et les gestionnaires de fermes d’élevage consiste à ouvrir délicatement le cloaque avec un doigt ganté et à en palper la paroi. Chez le mâle, on sent un petit renflement, le pénis rétracté ; chez la femelle, la structure correspondante, plus réduite, ne présente pas ce relief. Cette palpation fonctionne dès les premières semaines de vie, mais elle demande de la pratique : chez les nouveau-nés de moins de deux ou trois mois, les tissus sont si petits que même un opérateur expérimenté peut se tromper. C’est pour cela que les programmes de suivi préfèrent souvent attendre que l’animal ait atteint une taille suffisante avant de le sexer avec certitude.
Le sexe se joue à l’incubation, pas dans les chromosomes
Chez le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus), le sexe de l’embryon dépend uniquement de la température à laquelle l’œuf est incubé. Les études menées sur cette espèce montrent un schéma en trois bandes : en dessous de 30 degrés environ, le nid produit surtout des femelles ; entre 31 et 34 degrés, la couvée bascule majoritairement du côté mâle ; au-delà de 34,5 degrés, elle redevient presque exclusivement femelle. Ce profil, où les deux extrêmes thermiques donnent le même sexe et le milieu donne l’autre, est propre à plusieurs espèces de crocodiliens et diffère du schéma plus simple observé chez de nombreuses tortues, où le chaud donne des femelles et le froid des mâles.
La position de l’œuf dans le nid change la donne
Un même nid ne chauffe pas de façon uniforme, et cette variation suffit à produire une couvée mixte à partir d’œufs pondus le même jour par la même femelle. Les œufs situés en profondeur, plus isolés de la chaleur de surface, restent plus frais et donnent plutôt des femelles. Ceux du dessus, exposés au soleil ou à la fermentation de la végétation dans les nids en monticule de certaines espèces, atteignent des températures plus élevées et penchent vers les mâles. La femelle choisit l’emplacement du nid, à l’ombre ou en plein soleil selon les espèces, mais elle ne contrôle pas la répartition fine des températures à l’intérieur.
Une fenêtre étroite dans l’incubation
La sensibilité à la température ne dure pas tout le développement. Elle se concentre sur une période précise, généralement située dans le tiers médian de l’incubation, qui s’étale au total sur environ quatre-vingts à quatre-vingt-dix jours selon l’espèce et la région. Avant et après cette fenêtre, la température du nid n’a plus d’effet sur le sexe de l’embryon, déjà déterminé. C’est ce qui explique que des travaux menés sur des couvées maintenues à température constante permettent d’identifier la plage exacte responsable du basculement.
Une question suivie de près par les chercheurs
Ce mode de détermination rend les populations de crocodiles sensibles aux variations climatiques de leur région de ponte, puisqu’un déplacement des températures moyennes peut modifier la proportion de mâles et de femelles produite chaque année. Les équipes qui suivent des populations sauvages sur le long terme surveillent justement ce paramètre, sans qu’il existe à ce jour de prévision chiffrée fiable sur l’ampleur du phénomène à l’échelle d’un continent. C’est un terrain de recherche actif, pas encore une conclusion établie.
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