Le macaque de Java : intelligence, vols d’objets et rapport aux touristes

découvrez le macaque de java, un singe astucieux et charismatique qui attire immanquablement les regards des touristes. apprenez-en davantage sur son habitat, son comportement espiègle et son rôle essentiel dans l'écosystème de l'île de java.
Sommaire6 sections
  1. 01Une longue queue qui trahit l’espèce
  2. 02Un vol qui réussit une fois sur deux
  3. 03Un objet, un prix : la logique du troc
  4. 04Des populations en forte croissance, une espèce pourtant menacée
  5. 05Une adaptation née de la perte d’habitat
  6. 06Vivre avec les macaques sans les nourrir

Sur le parvis du temple d’Uluwatu, à Bali, un macaque arrache les lunettes d’un touriste, grimpe sur un mur et attend. Il ne mange pas l’objet, il négocie. Cette scène, filmée des milliers de fois, est aussi le sujet d’une étude scientifique publiée qui a chiffré, pour la première fois, le taux de réussite réel de ce petit commerce.

macaque assis sur un muret de pierre dans l’enceinte d’un temple balinais

Une longue queue qui trahit l’espèce

Le macaque de Java, ou macaque crabier (Macaca fascicularis), se reconnaît d’abord à sa queue, plus longue que son corps, un trait qui lui vaut son nom anglais de « long-tailed macaque ». C’est ce qui le distingue du macaque rhésus (Macaca mulatta), dont l’aire de répartition chevauche la sienne en Asie du Sud-Est continentale : le rhésus a une queue courte et une croupe souvent rougeâtre, deux détails qui suffisent sur le terrain. Il ne faut pas non plus le confondre avec le magot de Gibraltar, célèbre pour vivre en liberté en Europe : cette espèce nord-africaine n’a pas de queue du tout. Le macaque de Java, lui, occupe les forêts côtières, les mangroves et surtout les abords des temples et des parcs d’Indonésie, de Malaisie, de Thaïlande et des Philippines, où sa cohabitation avec l’homme dure depuis des siècles.

Un vol qui réussit une fois sur deux

À Uluwatu, une équipe de primatologues a suivi pendant plusieurs saisons deux groupes de macaques habitués aux touristes et a compté chaque tentative de vol. Sur près de deux cents vols observés, un peu plus de la moitié aboutissaient réellement à la capture de l’objet. Le reste du travail se joue ensuite : l’animal doit encore accepter d’échanger sa prise contre de la nourriture, ce qui n’arrivait que dans un peu moins de la moitié des vols réussis. Le reste du temps, le macaque abandonnait l’objet sans contrepartie, le laissait tomber par accident, ou un employé du temple parvenait à le récupérer de force.

Un objet, un prix : la logique du troc

Le détail le plus intéressant de l’étude porte sur la nature de l’objet volé. Un téléphone ou une tablette, objet de grande valeur pour un humain pressé de le récupérer, se négocie presque à chaque fois : la totalité des vols de ce type observés s’est conclue par un échange. Des lunettes de soleil se retrouvent échangées un peu plus d’une fois sur deux, une tong ou une sandale un peu moins de six fois sur dix. Les chercheurs y voient un apprentissage social plutôt qu’un simple réflexe : les macaques les plus âgés et les plus expérimentés du groupe retardent l’échange plus longtemps sur les objets de valeur, comme s’ils avaient compris que l’attente fait monter le prix en cacahuètes.

Des populations en forte croissance, une espèce pourtant menacée

Le paradoxe du macaque de Java est là : ses populations urbaines et touristiques prolifèrent au point d’être classées nuisibles dans certaines villes indonésiennes, alors que l’espèce dans son ensemble a été reclassée « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature en 2022. La raison tient au commerce international : plusieurs centaines de milliers d’individus sont capturés ou élevés chaque année pour la recherche biomédicale, un prélèvement qui pèse lourdement sur les populations forestières les moins visibles, loin des temples où l’espèce semble abondante. Le contraste entre les groupes urbains, en excédent, et les populations sauvages, en déclin, complique toute politique de gestion.

Une adaptation née de la perte d’habitat

Cette proximité avec l’homme n’a rien d’un choix spontané. La déforestation et l’expansion des zones cultivées ont réduit l’espace forestier disponible, poussant des groupes entiers à s’installer en lisière de ville, dans les temples ou le long des rivières où la nourriture humaine est facile d’accès. Le régime du macaque de Java, naturellement varié, fruits, feuilles, insectes et parfois crabes et petits crustacés sur le littoral, ce qui lui vaut son nom de « crabier », s’est enrichi sans mal des restes et des offrandes laissées par les visiteurs.

Vivre avec les macaques sans les nourrir

Les gestionnaires de sites touristiques s’accordent sur un point : nourrir les macaques entretient directement le comportement de vol, puisque l’animal associe la présence humaine à une source de nourriture immédiate. Les mesures qui fonctionnent le mieux combinent une information claire à l’entrée des sites, des casiers pour ranger les objets fragiles avant l’accès aux zones fréquentées par les singes, et une limitation stricte du nourrissage. Les campagnes de stérilisation, elles, visent surtout les groupes urbains en surnombre, sans rien changer au sort des populations forestières qui, elles, continuent de reculer.

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