La hyène tachetée : cinq faits sur sa vie sociale et sa chasse
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Une hyène tachetée naît les yeux ouverts et les canines déjà sorties, prête à mordre sa propre sœur de portée dans les heures qui suivent l’accouchement. C’est l’un des faits les plus étranges de sa biologie, et il en dit plus sur l’espèce que son fameux ricanement. Voici cinq traits qui échappent souvent au portrait habituel de la hyène tachetée.
Un accouchement qui passe par un pseudo-pénis
La femelle possède un clitoris hypertrophié, semblable en apparence à un pénis, par lequel elle urine, s’accouple et met bas. Le canal qui traverse cette structure est étroit, et l’accouchement y est particulièrement difficile : chez les femelles qui mettent bas pour la première fois, une part importante des petits meurent asphyxiés pendant le passage, faute d’un canal suffisamment large. Cette anatomie, unique parmi les carnivores, a longtemps fait croire aux premiers naturalistes que l’espèce était hermaphrodite.
Des jumeaux qui se battent dès la naissance
Les hyènes donnent naissance à un ou deux petits, plus rarement trois, et lorsque la portée compte deux petits du même sexe, une rivalité s’installe presque immédiatement. Les chercheurs du programme de suivi du cratère du Ngorongoro ont documenté des affrontements entre nouveau-nés dès les premières heures de vie, l’un des deux cherchant à dominer l’autre pour s’assurer un accès prioritaire au lait de leur mère. Cette agressivité précoce, rendue possible par des canines déjà fonctionnelles à la naissance, peut aller jusqu’à la mort du plus faible dans les portées où la nourriture manque.
Un rang qui ne dépend ni de la taille ni de la force
Le clan repose sur une hiérarchie transmise par la mère : un petit hérite dès ses premiers mois du rang social de sa mère, qu’il conserve généralement toute sa vie. Ce système fonctionne indépendamment de la taille ou de la force physique : une jeune hyène née d’une mère dominante peut évincer de la nourriture un mâle adulte plus imposant, simplement parce que la place se gagne à la naissance et non au combat. Les clans eux-mêmes varient énormément en taille, de quelques individus dans les zones pauvres en proies à plus d’une centaine dans les écosystèmes les plus riches.
Un estomac capable de neutraliser l’anthrax
La hyène digère des carcasses en état de décomposition avancée, os compris, grâce à un système digestif à l’acidité exceptionnellement élevée. Cette acidité détruit une grande partie des bactéries pathogènes présentes sur une charogne, y compris certaines souches responsables de maladies comme l’anthrax, qui resteraient dangereuses pour la plupart des autres charognards. Cette résistance explique en partie pourquoi l’espèce peut se nourrir sans risque apparent sur des cadavres qu’aucun autre grand carnivore africain n’approcherait.
Une chasseuse plus qu’une charognarde
L’image de simple nettoyeuse de carcasses ne correspond pas à la réalité observée sur le terrain : dans plusieurs études menées en Afrique de l’Est, la majorité de la nourriture consommée par les clans de hyènes provient de proies qu’elles ont elles-mêmes tuées, et non de restes abandonnés par d’autres prédateurs. Le rapport s’inverse même souvent avec le lion, qui vole régulièrement des proies fraîchement tuées par un clan de hyènes plutôt que l’inverse. Chassant en groupe coordonné, les clans s’attaquent à des animaux aussi grands que le gnou, le zèbre ou, plus rarement, un jeune buffle, en épuisant leur cible sur plusieurs kilomètres avant de l’encercler.
Un ricanement qui porte loin et qui informe
Le cri le plus connu de l’espèce, souvent décrit comme un rire, n’est qu’une des nombreuses vocalisations du répertoire de la hyène tachetée. Le hurlement long, ou « whoop », s’entend à plusieurs kilomètres à la ronde et sert surtout à rassembler les membres d’un clan dispersés sur un vaste territoire de chasse, ou à signaler la présence d’une carcasse à partager. Des chercheurs ont montré que la fréquence et le rythme de ce cri varient d’un individu à l’autre de façon suffisamment nette pour que les autres membres du clan reconnaissent qui appelle, sans avoir besoin de le voir. Le ricanement saccadé, lui, sort surtout d’un animal stressé ou en position de faiblesse face à un rival, plutôt que d’une hyène heureuse : c’est un signal de nervosité, pas un rire au sens où on l’entend chez nous.
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