Le crocodile du Nil : taille, morsure et chasse dans les eaux africaines

découvrez le crocodile du nil, un prédateur redoutable qui règne sur les eaux africaines. plongez dans son univers fascinant et apprenez tout sur ses caractéristiques, son habitat et son comportement, dévoilant ainsi les secrets de ce géant reptilien.

Le crocodile du Nil tue plus d’êtres humains chaque année que tous les autres crocodiliens réunis, et c’est pourtant l’espèce dont on raconte le plus de bêtises. Ce n’est pas un amphibien : c’est un reptile, Crocodylus niloticus, de la famille des crocodilidés, plus proche des oiseaux que des lézards. Et il ne mesure pas sept mètres.

Quatre mètres et demi, pas sept

Crocodile du Nil immobile au bord d’un cours d’eau, gueule entrouverte, museau et écailles dorsales visibles

Un mâle adulte mesure le plus souvent entre 3,5 et 5 mètres, pour 200 à 500 kilos. Les individus de plus de 5,50 mètres existent mais restent rares, et les records dépassant 6 mètres reposent sur des mesures anciennes rarement vérifiables. Les femelles sont d’un tiers plus petites. La croissance ne s’arrête jamais vraiment, elle ralentit : un très grand crocodile est d’abord un très vieux crocodile, et l’espèce vit couramment soixante à quatre-vingts ans.

La peau est bardée d’ostéodermes, des plaques osseuses insérées dans le derme dorsal, qui servent d’armure et de capteur thermique quand l’animal se chauffe au soleil. Le dos est vert olive à bronze, le ventre jaunâtre, et les jeunes portent des barres sombres qui s’estompent avec l’âge. Le museau est large et court comparé à celui du gavial, mais plus effilé que celui d’un alligator, dont il se distingue aussi par la quatrième dent de la mâchoire inférieure, visible gueule fermée.

Le corps d’un chasseur d’embuscade

Les yeux, les narines et les oreilles sont alignés sur le dessus du crâne, si bien qu’un crocodile immergé garde ses trois sens en fonction en ne laissant dépasser que quelques centimètres. Une membrane nictitante protège l’œil sous l’eau, et une valve palatine ferme l’arrière de la gorge, ce qui lui permet d’ouvrir la gueule en plongée sans se noyer. Cette valve est la pièce qui rend possible la capture d’une proie sous la surface.

Le museau est couvert de petites taches noires, les récepteurs tégumentaires, qui détectent les variations de pression dans l’eau. Un crocodile perçoit ainsi l’onde produite par un animal qui boit à dix mètres, de nuit, sans rien voir. Côté circulation, il possède un cœur à quatre cavités, comme les oiseaux et les mammifères, avec une dérivation qui lui permet de rationner l’oxygène en plongée : une immersion au repos peut durer plus d’une heure.

La nage se fait à la queue, corps rectiligne, pattes plaquées, et atteint des pointes de l’ordre de 30 kilomètres par heure sur quelques secondes. Sur terre, les performances sont bien plus modestes que ne le racontent les guides : le crocodile du Nil se déplace en marche haute, corps décollé du sol, et ne produit une charge rapide que sur quelques mètres. Aucun adulte de cette espèce ne poursuit un homme sur cent mètres.

Manger sans mâcher

Les dents d’un crocodile sont des piquets coniques, faits pour retenir, pas pour découper. Un poisson ou un oiseau est avalé entier. Sur une proie trop grosse, l’animal referme les mâchoires et se met à tourner sur son axe, la fameuse roulade de la mort, jusqu’à arracher un morceau qu’il redresse ensuite vers le fond de la gorge. Plusieurs crocodiles coopèrent parfois : l’un tient, les autres tournent.

Le régime change complètement avec la taille. Un jeune de cinquante centimètres mange des insectes, des crevettes et des grenouilles. À deux mètres, il passe aux poissons, aux serpents et aux oiseaux d’eau. Au-delà de quatre mètres, gnous, zèbres, antilopes et bétail entrent au menu, mais le poisson reste la base de l’alimentation même chez les gros adultes. L’animal avale aussi des pierres, les gastrolithes, qui restent dans l’estomac et jouent probablement un rôle de lest.

Il est très largement charognard, ce qui n’a rien d’un détail : un crocodile passe une grande partie de son temps à faire disparaître des carcasses. Son métabolisme lent lui permet de tenir des mois sur un seul grand repas, et un adulte bien nourri mange l’équivalent de sa masse en une année environ, là où un lion de même poids en mangerait plusieurs fois plus.

Une mère qui porte ses petits dans la gueule

La femelle creuse un nid en trou, dans une berge sablonneuse, et y dépose 25 à 80 œufs qu’elle recouvre. L’incubation dure environ trois mois, pendant lesquels elle ne s’éloigne quasiment pas. Le sexe des petits dépend de la température du nid, pas de la génétique : les mâles sortent d’une plage de températures étroite autour de 32 °C, les femelles au-dessus et en dessous. Un décalage de deux degrés suffit à produire une ponte entièrement femelle.

Au moment de l’éclosion, les petits piaillent sous le sable et la mère dégage le nid. Elle les prend ensuite dans sa gueule, plusieurs à la fois, dans une poche gulaire, et les transporte jusqu’à l’eau. Elle les garde ensuite plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Ce soin parental chez un reptile a longtemps été refusé par les zoologistes, qui prenaient le transport pour de la prédation. C’est l’un des comportements que je trouve les plus mal connus du grand public, et de loin le plus contre-intuitif chez cet animal.

Malgré cela, la mortalité juvénile dépasse 90 %. Varans, hérons, cigognes, poissons-chats, tortues et crocodiles adultes mangent les jeunes. Sur quatre-vingts œufs, deux ou trois animaux atteindront l’âge adulte.

Un crocodile qu’on a longtemps confondu avec un autre

Depuis 2011, les analyses génétiques ont séparé du crocodile du Nil une seconde espèce, le crocodile d’Afrique de l’Ouest, Crocodylus suchus, présente en Afrique occidentale et centrale. Elle est plus petite, nettement moins agressive, et c’est elle que les Égyptiens momifiaient et gardaient dans les temples. Le crocodile sacré de l’Antiquité n’était donc pas le crocodile du Nil, ce qui vaut la peine d’être noté pour une espèce qui porte ce fleuve dans son nom.

Le crocodile du Nil au sens strict occupe l’Afrique subsaharienne, le bassin du Nil et Madagascar. L’UICN le classe en préoccupation mineure : les populations se sont reconstituées après l’effondrement dû à la chasse pour le cuir, entre 1940 et 1970, grâce aux quotas, aux fermes d’élevage et à l’inscription au CITES. La pression s’est déplacée vers la destruction des berges, la pollution et les conflits avec les riverains.

Résumer cet article avec :

Partager :