Renards, sangliers, oiseaux : la faune sauvage dans les villes d’Europe
Sommaire6 sections
- 01Le renard urbain, un cas d’étude depuis cinquante ans
- 02Le sanglier de Berlin, suivi par GPS
- 03Des nocturnes qui passent inaperçus
- 04La perruche à collier, une espèce venue de la volière
- 05Le rat, une population plus difficile à chiffrer qu’on ne le dit
- 06Ce que change la présence de ces espèces en ville
Un renard qui traverse un rond-point à trois heures du matin, un sanglier qui fouille une poubelle en pleine ville allemande, une perruche verte qui crie dans un platane parisien : la faune sauvage des villes européennes s’est installée sans qu’on lui demande son avis. Les chercheurs qui la suivent depuis plusieurs décennies commencent à en tirer des chiffres précis, et ils dépassent largement les impressions de terrain.
Le renard urbain, un cas d’étude depuis cinquante ans
Le renard roux vit en ville britannique depuis les années 1930, mais c’est l’unité de recherche sur les mammifères de l’université de Bristol, dirigée par le zoologiste Stephen Harris, qui suit sa population urbaine depuis les années 1970 de façon continue. Les densités mesurées à Bristol atteignent jusqu’à seize renards par kilomètre carré dans certains quartiers résidentiels, un chiffre supérieur à ce qu’on observe dans la plupart des habitats ruraux. Les renards urbains y vivent en moyenne moins longtemps que leurs congénères des champs, victimes de la circulation automobile plutôt que de la prédation, mais ils se reproduisent davantage grâce à un accès constant à la nourriture.
Le sanglier de Berlin, suivi par GPS
Berlin abrite l’une des plus fortes densités de sangliers en zone urbaine d’Europe, favorisée par les grands massifs forestiers qui pénètrent jusqu’au cœur de l’agglomération. L’institut Leibniz de recherche sur la faune sauvage et les zoos, à Berlin, a équipé plusieurs dizaines d’animaux de colliers GPS sous la direction de la chercheuse Stephanie Kramer-Schadt, pour comprendre comment ils circulent entre forêts, parcs et jardins privés. Les données montrent des sangliers capables de mémoriser les jours de collecte des ordures ménagères et d’ajuster leurs trajets en conséquence, un comportement qui explique en partie pourquoi les tentatives de régulation par simple chasse échouent à faire baisser durablement la population.
Des nocturnes qui passent inaperçus
La chouette hulotte s’est adaptée aux parcs urbains en élargissant son régime aux souris et aux jeunes rats, disponibles toute l’année en ville contrairement aux campagnes soumises aux cycles agricoles. La fouine, plus discrète encore, niche dans les combles et les moteurs de voitures garées, où elle cause des dégâts en rongeant les câbles, un comportement documenté par plusieurs assureurs automobiles allemands qui remboursent désormais ce type de sinistre. Ces deux espèces profitent de l’absence de grands prédateurs en ville pour occuper des niches qu’elles partagent peu avec les renards, actifs sur d’autres horaires et d’autres proies.
La perruche à collier, une espèce venue de la volière
La perruche à collier n’est originaire ni d’Europe ni de la faune locale : des individus échappés de captivité dans les années 1970, notamment autour de Bruxelles et de Londres, ont fondé des populations aujourd’hui bien établies. Une étude menée par les biologistes Diederik Strubbe et Erik Matthysen sur la population bruxelloise a montré une croissance régulière depuis l’introduction, portée par des hivers de plus en plus doux et l’abondance de mangeoires urbaines. Les effectifs européens dépassent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’individus, concentrés à Londres, Bruxelles, Amsterdam et, en France, dans l’agglomération parisienne. Leur compétition pour les cavités de nidification affecte des espèces locales comme l’étourneau ou certaines chauves-souris.
Le rat, une population plus difficile à chiffrer qu’on ne le dit
Le chiffre d’un rat par habitant, souvent répété pour Paris, n’a jamais été établi par une étude rigoureuse : il circule depuis des décennies sans source vérifiable. Une estimation commandée par la Ville de Paris en 2016 avançait plutôt un ratio proche de 1,75 rat par habitant, obtenu à partir de relevés de terriers et de modèles de densité, ce qui reste très en dessous des trois rats par habitant parfois cités. Le rat surmulot profite du réseau d’égouts, qui lui offre à la fois abri et voies de circulation, et d’un accès continu aux déchets alimentaires mal isolés. Sa prolificité, jusqu’à cinq portées par an dans de bonnes conditions, rend toute campagne d’éradication temporaire, la population revenant à son niveau initial en quelques mois si les ressources alimentaires ne changent pas.
Ce que change la présence de ces espèces en ville
Ces animaux ne se contentent pas de survivre en ville, ils y remplissent des fonctions que l’absence de prédateurs naturels laisserait autrement vacantes. Le renard limite les populations de rongeurs, la chouette hulotte fait de même la nuit, et même le rat contribue à disperser certaines graines et à recycler des déchets organiques que personne ne ramasserait. La gestion de ces populations, quand elle existe, se limite le plus souvent à des campagnes locales sans coordination européenne, alors que les mêmes espèces circulent d’une ville à l’autre sans tenir compte des frontières administratives.
Résumer cet article avec :
Partager :
