Le vautour barbu, ou gypaète : un charognard briseur d’os
Sommaire7 sections
- 01Un régime presque entièrement composé d’os
- 02Un rapace de presque trois mètres d’envergure
- 03Des Alpes à l’Himalaya, une aire bien plus large qu’il n’y paraît
- 04Des couples fidèles, un seul jeune par an
- 05Un vol qui économise chaque battement d’aile
- 06Une espèce quasi menacée, tuée par le plomb
- 07Un nettoyeur discret des alpages
Le gypaète barbu ne se comporte comme aucun autre vautour d’Europe. Il est presque exclusivement ostéophage, il mange des os. Les plus gros, il les saisit en vol et les lâche depuis une hauteur pouvant atteindre quatre-vingts mètres sur un pierrier choisi à l’avance, jusqu’à ce qu’ils se brisent. Ce geste, répété parfois des dizaines de fois pour un seul fémur, lui a valu son ancien nom d’ossifrage.
Un régime presque entièrement composé d’os
Les os et la moelle sont jusqu’à 90 % de l’alimentation du gypaète barbu, une proportion sans équivalent chez les rapaces européens. Son estomac, très acide, digère la matière osseuse en une journée à peine. Les fragments trop gros pour être avalés sont transportés au-dessus d’un site rocheux dégagé, un pierrier que l’oiseau réutilise année après année, puis lâchés pour se briser au sol avant d’être avalés en morceaux. Il s’en prend aussi, plus rarement, à des tortues vivantes, tuées de la même façon : la légende veut que le dramaturge grec Eschyle soit mort d’une tortue laissée tomber par un rapace confondant son crâne chauve avec une pierre, une anecdote impossible à vérifier mais qui décrit bien la méthode.
Un rapace de presque trois mètres d’envergure
Avec 1,10 à 1,50 mètre de long pour une envergure atteignant 2,90 mètres, le gypaète barbu est le plus grand rapace des Alpes. Il pèse entre 5 et 7 kilogrammes, un poids modeste rapporté à sa taille. Son plumage est gris ardoise sur le dessus, crème à orangé sur la tête et le ventre. Cette teinte rousse n’est pas un pigment du plumage, elle vient de bains répétés dans une boue riche en oxyde de fer, que l’oiseau recherche activement et applique sur ses plumes avec le bec. Un individu né en captivité et jamais mis en contact avec ce type de sol garde un plumage blanc.
Des Alpes à l’Himalaya, une aire bien plus large qu’il n’y paraît
Le gypaète barbu n’est pas propre à l’Europe. On le trouve dans les massifs montagneux d’une grande partie de l’Ancien Monde : Alpes, Pyrénées, Corse, mais aussi Atlas, Caucase, hauts plateaux d’Éthiopie et chaîne himalayenne jusqu’au Tibet. Il avait disparu des Alpes au début du vingtième siècle, tiré et empoisonné volontairement par les éleveurs qui le croyaient capable d’emporter des agneaux. Un programme de réintroduction lancé en 1986 à partir d’oiseaux nés en captivité a permis d’y reconstituer une population de plusieurs dizaines de couples reproducteurs.
Des couples fidèles, un seul jeune par an
Le gypaète barbu se reproduit en automne et en hiver, une période où les cadavres d’animaux morts de froid abondent sur les pentes enneigées. La femelle pond un à deux œufs, couvés 53 à 60 jours. Quand les deux éclosent, le premier poussin élimine presque toujours le second dans les premiers jours. Un seul jeune, appelé gypaéton, atteint généralement l’envol, après environ quatre mois passés au nid.
Un vol qui économise chaque battement d’aile
En vol, le gypaète barbu se reconnaît à sa silhouette en losange, ailes pointues et longue queue cunéiforme, très différente de la silhouette rectangulaire du vautour fauve. Il glisse le long des crêtes et exploite les courants ascendants pour parcourir des dizaines de kilomètres sans presque battre des ailes, une économie d’énergie indispensable pour un oiseau qui doit couvrir un vaste territoire à la recherche de carcasses éparses. Les Allemands l’appellent Lämmergeier, le vautour des agneaux, un nom qui a longtemps alimenté la légende d’un rapace tueur de bétail, jamais confirmée par une observation sérieuse, mais qui a justifié pendant des décennies sa destruction systématique.
Une espèce quasi menacée, tuée par le plomb
Le gypaète barbu vit une trentaine d’années à l’état sauvage, davantage en captivité, où des individus ont dépassé les 40 ans. L’UICN le classe quasi menacé, avec une population mondiale de quelques milliers d’individus matures et une tendance à la baisse dans plusieurs régions. La première cause de mortalité documentée n’est pas la chasse directe, ce sont les fragments de plomb ingérés dans les carcasses d’animaux tués au fusil, qui empoisonnent l’oiseau à petite dose, et les appâts empoisonnés posés pour d’autres prédateurs.
Un nettoyeur discret des alpages
En débarrassant les pentes de squelettes qui mettraient des années à se décomposer naturellement, le gypaète barbu limite la persistance d’agents pathogènes sur les zones de pâture. Sa présence dépend directement des troupeaux domestiques et sauvages laissés en montagne : moins de bétail en alpage signifie moins de carcasses disponibles, donc moins de nourriture pour l’espèce.
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