Le grand corbeau : envergure, intelligence et comportement
Sommaire7 sections
Un croassement grave et roulé, une queue en forme de losange et un vol qui bascule soudain en tonneau : voilà ce qui trahit un grand corbeau, bien avant qu’on l’ait vu de près. On le confond pourtant sans cesse avec la corneille noire, plus petite et bien plus commune, alors que les deux espèces n’ont presque rien en commun sauf la couleur.
Pas une corneille noire
Le grand corbeau (Corvus corax) est nettement plus grand que la corneille noire (Corvus corone) : 54 à 67 centimètres contre 45 à 47 centimètres, pour une envergure qui peut dépasser 1,40 mètre contre 90 à 100 centimètres chez la corneille. Son bec est massif, arqué sur le dessus et hérissé de plumes en pointe à la base, alors que celui de la corneille reste plus fin et droit. En vol, la queue du corbeau se termine en pointe cunéiforme, en losange, quand celle de la corneille est carrée ou légèrement arrondie.
Le comportement achève de trancher : le grand corbeau plane et glisse sur de longues distances, ponctuant parfois son vol de vrilles et de tonneaux acrobatiques, alors que la corneille bat des ailes de façon plus continue et plus laborieuse. Le corbeau vit en couple ou seul sur un vaste territoire, souvent en zone reculée, la corneille tolère davantage la proximité humaine et se rassemble plus volontiers en groupes.
Une envergure parmi les plus grandes d’Europe
Avec un poids compris entre 0,7 et 2 kilogrammes selon les régions et une envergure qui peut atteindre 1,50 mètre, le grand corbeau est le plus grand passereau d’Europe, plus imposant que n’importe quel autre corvidé du continent. Cette taille lui permet de maîtriser un vol plané à haute altitude, utilisé aussi bien pour économiser de l’énergie que pour surveiller un territoire qui peut s’étendre sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés en zone montagneuse.
Un cerveau qui rivalise avec celui des grands singes
Le grand corbeau figure parmi les oiseaux les plus étudiés pour ses capacités cognitives. Des expériences ont montré qu’il planifie l’usage d’outils, anticipe les intentions d’un congénère pour cacher sa nourriture hors de vue, et se souvient pendant des mois de l’endroit où il a caché des centaines de proies. Ces performances, comparées par plusieurs équipes de recherche à celles de grands singes comme le chimpanzé, s’expliquent en partie par un cerveau proportionnellement volumineux pour un oiseau et par une durée d’apprentissage juvénile inhabituellement longue.
Une voix riche, capable d’imiter
Au-delà du croassement grave, souvent transcrit kroa-kroa, le répertoire vocal du grand corbeau compte des dizaines de cris différents : appels de contact, cris d’alarme, sons de gorgement en période nuptiale. En captivité, certains individus imitent des voix humaines ou des bruits mécaniques, une capacité de mimétisme vocal rare chez les oiseaux non perroquets et documentée depuis l’Antiquité.
Un régime de charognard opportuniste
Le grand corbeau se nourrit de charognes, de petits vertébrés, d’œufs, d’insectes et de déchets, une polyvalence qui lui permet de coloniser des milieux aussi différents que la toundra arctique, le désert et la haute montagne. Il suit parfois les grands prédateurs, loups ou ours, pour profiter des restes de leurs proies, une association étudiée notamment en Amérique du Nord où corbeaux et loups semblent se signaler mutuellement la présence de gibier.
Un couple fidèle, des jeunes en bandes
Le grand corbeau forme des couples stables sur plusieurs années, voire à vie, et défend farouchement son territoire de nidification contre les congénères. Les jeunes non reproducteurs, en revanche, se rassemblent en bandes de plusieurs dizaines d’individus, parfois plus d’une centaine autour des dortoirs communs, où ils échangent des informations sur l’emplacement des ressources alimentaires avant de se disperser pour chercher un territoire à leur tour.
Classé en préoccupation mineure par l’UICN, le grand corbeau a reconquis une partie de son ancienne aire en France depuis les années 1980, après des décennies de persécution directe liée à sa réputation de nuisible, aujourd’hui largement démentie par les études sur son rôle sanitaire de charognard.
Une longévité qui dépasse largement celle de la corneille
Dans la nature, un grand corbeau peut vivre plus de dix ans, avec des records de longévité approchant les vingt ans chez des individus bagués, une durée supérieure à celle observée chez la corneille noire. En captivité, où les risques de prédation et de collision disparaissent, certains individus ont dépassé quarante ans, une longévité rare chez un oiseau de cette taille.
Résumer cet article avec :
Partager :
