Le hibou grand-duc d’Europe : taille, aigrettes et chasse
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Avec une envergure qui dépasse le mètre cinquante, le hibou grand-duc d’Europe est le plus grand rapace nocturne du continent. Ses deux touffes de plumes dressées sur la tête ne sont pas des oreilles : ce sont des aigrettes, et elles suffisent à elles seules à le distinguer de toutes les autres chouettes et hiboux qui partagent son territoire.
Le plus grand rapace nocturne d’Europe
Le hibou grand-duc, Bubo bubo, mesure entre 60 et 75 cm de long pour une envergure qui va de 155 à 188 cm selon les individus. Les femelles sont nettement plus grandes que les mâles : elles pèsent de 1,75 à 4 kg, contre 1,5 à 2,8 kg pour les mâles. Cette différence de gabarit entre les sexes, courante chez les rapaces, est plus marquée chez le grand-duc que chez la plupart des autres hiboux d’Europe.
Le plumage est brun roux, strié et tacheté de noir sur le dessus, plus clair sur le poitrail. Les yeux, d’un orange vif, sont encadrés par un disque facial peu marqué comparé à celui de la chouette effraie. Le bec est noir et crochu, les serres puissantes : elles suffisent à immobiliser un lièvre ou un jeune renard.
Un chasseur qui ne craint presque rien
Le grand-duc est un généraliste redoutable. Il prend des campagnols et des rats, mais aussi des lièvres, des hérissons, des canards et, à l’occasion, d’autres rapaces : buses, faucons, voire des chouettes hulottes ou des chevêches. Cette capacité à s’attaquer à des proies presque aussi grosses que lui le place au sommet de la chaîne alimentaire nocturne en Europe, une place qu’aucune autre chouette du continent n’occupe.
La chasse se fait à l’affût, depuis un perchoir en hauteur, ou en vol bas et silencieux au-dessus des clairières et des falaises. Comme chez tous les rapaces nocturnes, le bord dentelé des premières plumes des ailes casse la turbulence de l’air et supprime le bruit du battement.
Un cri grave qui porte loin
Le chant du mâle est un « bouhou » grave et sourd, répété toutes les quelques secondes, audible par nuit calme à plus d’un kilomètre. La femelle répond par un cri plus aigu et légèrement plus rapide, ce qui permet aux couples de se localiser dans l’obscurité. Ce hululement grave, propre au grand-duc, ne se confond ni avec le « ke-wick » aigu de la chevêche d’Athéna ni avec le cri rauque et le chuintement de la chouette effraie.
Falaises, forêts, carrières
Le grand-duc niche à même le sol, sur une corniche rocheuse, dans une carrière abandonnée ou au pied d’un arbre en forêt. Il ne construit pas de nid élaboré : une simple dépression suffit. La femelle pond de deux à quatre œufs en janvier ou février, parmi les pontes les plus précoces des rapaces européens, et les couve seule pendant environ 34 jours pendant que le mâle chasse pour elle.
Un territoire vaste et fixe
Un couple de grands-ducs occupe un territoire qui peut s’étendre sur plusieurs milliers d’hectares, en particulier dans les zones de moyenne montagne où les proies sont dispersées. Les deux partenaires restent ensemble d’une année sur l’autre, souvent sur le même site de nid pendant de nombreuses saisons, tant que les ressources alimentaires et la tranquillité du lieu le permettent.
Les jeunes, une fois indépendants, doivent parcourir de longues distances avant de trouver un territoire libre : on a suivi par balise satellite des oiseaux bagués capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de s’établir. Cette dispersion explique en partie la lenteur de la recolonisation des régions d’où l’espèce avait disparu au XXe siècle.
Un rapace qui recolonise ses anciens territoires
Longtemps décimé par le tir et l’usage de poisons destinés à d’autres animaux, le grand-duc a bénéficié en France et en Allemagne de programmes de réintroduction menés depuis les années 1970. L’espèce est aujourd’hui classée en préoccupation mineure par l’UICN au niveau mondial, mais les collisions avec les lignes électriques et les câbles restent la première cause de mortalité recensée chez les adultes.
Reconnaître un grand-duc n’exige donc pas de le voir de près : sa taille, son cri grave et ses aigrettes bien visibles suffisent à l’identifier, là où une chevêche se signale par sa petite taille et son activité de jour, et une effraie par son plumage clair et son vol silencieux au ras des champs.
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