La linotte mélodieuse : son chant, son plumage et ses prairies
Sommaire8 sections
- 01Un fringille des haies et des friches
- 02Le rouge qui trahit le mâle
- 03Des haies basses et des champs de graines
- 04Des graines, surtout, et quelques insectes
- 05Des mangeoires qui ne remplacent pas les jachères
- 06Une nichée de printemps
- 07Un chant appris, pas seulement inné
- 08Une espèce commune qui décline
La linotte mélodieuse doit son nom à son chant, un gazouillis varié que le mâle lance depuis le sommet d’une haie ou d’un fil électrique pour défendre son territoire. C’est un petit fringille des campagnes ouvertes, discret par son plumage mais reconnaissable dès qu’il se met à chanter.
Un fringille des haies et des friches
La linotte mélodieuse, Linaria cannabina, appartient à la famille des fringillidés, celle des pinsons, chardonnerets et verdiers. On la trouve du Nord de l’Afrique et de la péninsule Ibérique jusqu’en Scandinavie, et vers l’est jusqu’en Asie centrale. Elle mesure de 13 à 14 cm pour un poids de 15 à 22 g, à peine plus qu’une pièce de deux euros.
Le bec est court, conique, taillé pour décortiquer des graines. Le corps est élancé, la queue fourchue plus longue que chez la plupart des fringilles de la même taille.
Le rouge qui trahit le mâle
Le dimorphisme sexuel est net chez cette espèce. Le mâle en plumage nuptial arbore un front et une poitrine rouge carmin, sur un fond de tête grise et de dos brun roux. La femelle, elle, reste brun clair rayé de plus foncé sur tout le corps, sans aucune trace de rouge : un camouflage qui compte pendant l’incubation, quand elle reste immobile de longues heures sur le nid.
Des haies basses et des champs de graines
La linotte affectionne les milieux ouverts pourvus de buissons épars : friches, jachères, vergers, haies basses en bordure de champ. Elle évite les forêts fermées mais tolère bien la présence humaine, jusque dans les jardins et les terrains vagues en périphérie des villes.
Les populations du nord de son aire migrent vers le bassin méditerranéen en hiver, tandis que les oiseaux du sud restent sédentaires. En dehors de la saison de reproduction, elle forme des bandes qui peuvent réunir plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’individus, en particulier autour des chaumes après la moisson.
Des graines, surtout, et quelques insectes
Le régime est presque exclusivement granivore : graines de colza, de moutarde sauvage, de chardon, de graminées. Les adultes chassent occasionnellement de petits insectes en été pour nourrir les poussins, dont le besoin en protéines est plus élevé que celui des adultes. En hiver, il n’est pas rare d’en voir aux mangeoires garnies de graines de tournesol.
Des mangeoires qui ne remplacent pas les jachères
Voir des linottes aux mangeoires en hiver rassure, mais ce n’est pas là que se joue l’avenir de l’espèce. La ressource qui compte vraiment, ce sont les graines sauvages disponibles au sol tout l’hiver, sur les chaumes non retournés et les bandes enherbées laissées en bordure de parcelle. Un jardin bien garni aide localement, mais ne compense pas la disparition de ces surfaces à l’échelle d’un paysage agricole.
Une nichée de printemps
La reproduction s’étale d’avril à août, avec souvent deux couvées dans la saison. Le nid, une coupe tressée de brindilles et de mousse, est construit bas dans un buisson dense. La femelle y pond de quatre à six œufs, qu’elle couve seule pendant 10 à 13 jours pendant que le mâle la nourrit au nid.
Un chant appris, pas seulement inné
Le chant du mâle mêle des trilles, des gazouillis et des notes plus rauques, dans un ordre qui varie d’un individu à l’autre. Comme chez de nombreux fringilles, une partie du répertoire s’apprend au contact des mâles voisins pendant les premiers mois de vie, ce qui donne des « dialectes » locaux reconnaissables d’une région à l’autre.
Ce chant sert autant à défendre un territoire qu’à séduire une partenaire : plus il est long et varié, plus il indique aux femelles un mâle en bonne condition physique, capable de dépenser de l’énergie pour chanter sans compromettre sa recherche de nourriture.
Une espèce commune qui décline
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe la linotte mélodieuse en préoccupation mineure à l’échelle mondiale : l’espèce reste largement répandue. En France, en revanche, ses effectifs ont nettement reculé depuis les années 1980, une baisse liée à la disparition des haies et des jachères et à l’usage des herbicides, qui réduit la quantité de graines sauvages disponibles en hiver.
C’est cette dépendance aux paysages de bocage qui fait de la linotte un bon indicateur de la santé des campagnes ouvertes : là où elle chante encore en nombre, les haies et les friches ont, elles aussi, résisté.
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