La corneille noire : intelligence, vie sociale et cris

Sommaire6 sections
  1. 01Une taille intermédiaire entre le choucas et le grand corbeau
  2. 02Le cri et la queue trahissent le grand corbeau
  3. 03Le choucas se reconnaît à l’œil pâle
  4. 04Une intelligence comparable à celle des primates sur certaines tâches
  5. 05De mars à juin, un nid construit par le couple
  6. 06Une espèce qui prospère en ville

Une corneille noire dans un parc urbain, un grand corbeau sur une falaise et un choucas des tours qui tournoie autour d’un clocher : trois corvidés noirs que l’on confond sans cesse. La taille, le cri et le mode de nid suffisent pourtant à les séparer d’un coup d’œil, une fois qu’on sait où regarder.

Une taille intermédiaire entre le choucas et le grand corbeau

La corneille noire (Corvus corone) mesure de 48 à 52 centimètres pour une envergure de 84 à 100 centimètres et un poids de 370 à 650 grammes. Son plumage est entièrement noir, avec des reflets métalliques bleutés ou verdâtres selon la lumière, et son bec droit et robuste porte des narines couvertes de plumes à sa base.

Le choucas des tours (Corvus monedula) ne dépasse pas 34 centimètres et 270 grammes : presque deux fois plus léger. Le grand corbeau (Corvus corax), à l’inverse, peut atteindre 67 centimètres et 1,5 kilogramme, soit deux à trois fois le poids d’une corneille.

Le cri et la queue trahissent le grand corbeau

En vol, le grand corbeau déploie une queue en losange, cunéiforme, alors que celle de la corneille reste carrée ou légèrement arrondie. Son cri diffère aussi nettement : un croassement grave et profond, souvent décrit comme un « prrock » sourd, contre le « craa » plus sec et répété de la corneille. Le corbeau porte en outre des plumes hirsutes et pointues sous la gorge, absentes chez la corneille.

Autrefois cantonné aux falaises et aux massifs montagneux par la persécution humaine, le grand corbeau recolonise depuis quelques décennies des plaines qu’il avait désertées, ce qui multiplie les occasions de le croiser près d’une corneille.

Le choucas se reconnaît à l’œil pâle

Le choucas des tours porte une nuque gris cendré qui contraste avec le reste du plumage noir, et surtout un iris blanc grisâtre très visible de près, quand celui de la corneille reste sombre, presque noir. Il vit en bandes compactes, souvent mêlées à des corbeaux freux, et niche en colonies dans des cavités : cheminées, trous de falaise ou cavités d’arbres. La corneille, elle, construit un nid isolé au sommet d’un arbre et défend un territoire de couple, sans jamais former de colonies de nidification.

Une intelligence comparable à celle des primates sur certaines tâches

La corneille noire résout des problèmes complexes en laboratoire, utilise des outils rudimentaires pour extraire de la nourriture inaccessible et mémorise les visages humains qu’elle associe à une menace pendant plusieurs années. Ces capacités, mesurées par des tests de cognition, la placent parmi les oiseaux les plus doués, aux côtés du corbeau freux et du choucas.

Ses cris variés ne sont pas de simples vocalises : ils codent des informations différentes selon qu’il s’agit de signaler un prédateur au sol, un rapace en vol ou une source de nourriture abondante.

Son régime est totalement opportuniste : insectes, vers, graines, fruits, petits vertébrés, œufs d’autres oiseaux et déchets humains composent son alimentation selon la saison et le milieu. Comme d’autres corvidés, elle cache parfois de la nourriture excédentaire pour la récupérer plus tard, un comportement qui suppose de mémoriser un grand nombre d’emplacements.

De mars à juin, un nid construit par le couple

Les corneilles noires forment des couples monogames durables, mais la première reproduction n’intervient en général que vers deux ans, faute de territoire libre plus tôt. La saison de nidification s’étend de mars à juin : le couple construit un nid volumineux de branches, garni d’écorce et de terre, parfois complété de débris plastiques en ville.

La femelle pond de 3 à 6 œufs et les couve seule pendant environ 18 jours, pendant que le mâle assure la garde et le ravitaillement. Les jeunes s’envolent entre 32 et 36 jours après l’éclosion, mais restent dépendants de leurs parents plusieurs semaines encore, contrairement aux jeunes choucas, élevés en colonie et émancipés plus rapidement.

Une espèce qui prospère en ville

Classée en préoccupation mineure par l’UICN, la corneille noire voit ses effectifs stables ou en augmentation en Europe, portée par sa capacité à exploiter les déchets urbains et les terres agricoles. Dans la nature, beaucoup de jeunes ne passent pas leur première année, mais des individus bagués ont atteint 15 à 20 ans, un âge que peu de petits passereaux approchent.

Cette réussite écologique, alliée à son plumage sombre et à ses cris rauques, entretient une réputation négative que son comportement social, complexe et coopératif, dément largement.

En dehors de la saison de reproduction, les jeunes de l’année et les adultes non appariés se rassemblent parfois dans des dortoirs collectifs de plusieurs centaines d’individus, souvent partagés avec des corbeaux freux. Ces regroupements nocturnes offrent une protection contre les prédateurs et facilitent l’échange d’informations sur les sources de nourriture repérées la veille.

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