Le choucas des tours : corvidé des villes, malin et sociable
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Un choucas des tours se reconnaît de loin à son œil : un iris gris pâle, presque blanc, planté dans une tête par ailleurs toute noire. Aucun autre corvidé de nos régions n’a cet œil-là. C’est le repère le plus fiable pour ne pas le confondre avec la corneille noire, avec laquelle il partage pourtant les villes, les champs labourés et une bonne partie de son régime alimentaire.
Plus petit qu’une corneille, et ça se voit
Le choucas des tours (Corvus monedula) mesure environ 34 cm, contre 47 cm pour la corneille noire : la différence de taille est nette dès qu’on les voit côte à côte, ce qui arrive souvent en hiver dans les champs labourés. Le choucas porte une nuque et l’arrière du cou gris cendré, alors que la corneille est noire uniforme du bec à la queue. Le cri diffère aussi : un « tchack » bref et métallique répété, très différent du croassement grave de la corneille.
Le choucas des tours doit son nom à son habitude de nicher dans les cavités des vieux bâtiments : clochers, cheminées, tours de château, corniches. À la différence de la corneille, qui construit un nid à ciel ouvert dans une fourche d’arbre, le choucas est un nicheur cavernicole et souvent colonial, plusieurs couples occupant les cavités d’un même édifice.
Une couvée, deux parents très occupés
La ponte a lieu entre avril et juin, avec en général quatre à six œufs. La femelle assure seule l’incubation, qui dure de 17 à 18 jours, pendant que le mâle la nourrit au nid. Les deux parents élèvent ensuite les poussins jusqu’à l’envol, vers 30 à 35 jours. Le nid est bâti de brindilles, de terre, de plumes et de poils, tassés dans une crevasse ou un conduit de cheminée abandonné.
Un cerveau qui suit le regard des autres
Le choucas des tours fait partie des corvidés étudiés pour leurs capacités cognitives, au même titre que le corbeau à grandes moustaches ou le geai des chênes. Des travaux menés notamment par la chercheuse Auguste von Bayern ont montré que les choucas suivent la direction du regard humain pour anticiper où chercher de la nourriture cachée, une aptitude sociale rare chez les oiseaux. Ils vivent en couples fidèles, souvent pour la vie, au sein de colonies bruyantes qui peuvent compter plusieurs dizaines d’individus.
Omnivore de champ et de trottoir
Le régime du choucas des tours est large : graines et céréales dans les champs, insectes et petits invertébrés au sol, restes alimentaires en ville. Cette souplesse alimentaire lui permet de traverser l’hiver dans des zones où d’autres oiseaux insectivores stricts peineraient à trouver de quoi se nourrir. En période de nourrissage des jeunes, les insectes prennent une place plus importante dans le régime, plus riches en protéines que les graines.
Une durée de vie modeste, un couple qui reste ensemble
Dans la nature, un choucas des tours vit en moyenne cinq à neuf ans, même si des individus bagués ont dépassé dix-huit ans. Les jeunes quittent le groupe familial dès l’automne pour rejoindre des bandes de non-reproducteurs, où ils forment leurs premiers liens de couple, souvent un an ou deux avant de nicher pour la première fois. Une fois formé, le couple reste uni d’une saison à l’autre et revient généralement occuper la même cavité.
Un statut de conservation qui masque des reculs locaux
Le choucas des tours est classé en préoccupation mineure par l’UICN, avec une population européenne globalement stable. La situation varie toutefois selon les régions : la disparition de vieux bâtiments à cavités ou leur rénovation avec obturation des accès peut faire chuter localement le nombre de couples nicheurs, un problème documenté dans plusieurs villes du nord de la France.
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