Le freux : un corvidé noir au bec clair, intelligent et grégaire
Sommaire8 sections
- 01Corvus frugilegus, une silhouette de 45 centimètres
- 02La peau nue, seul repère fiable face à la corneille
- 03Des colonies bruyantes dans les grands arbres
- 04Une intelligence documentée par les chercheurs
- 05Un régime d'invertébrés du sol
- 06Une espèce commune, du Royaume-Uni jusqu'en Asie
- 07Une longévité et des colonies fidèles au fil des ans
- 08Observer une rookerie sans la déranger
Un corbeau noir avec une tache claire et nue à la base du bec : c'est un freux, pas une corneille. Cette peau grise dépourvue de plumes, présente uniquement chez l'adulte, reste le repère le plus fiable pour distinguer les deux espèces, souvent confondues au premier regard.
Corvus frugilegus, une silhouette de 45 centimètres
Le freux appartient à la famille des corvidés, comme le corbeau freux le nom l'indique. Il mesure de 44 à 46 centimètres de long pour une envergure de 81 à 99 centimètres, et pèse entre 340 et 590 grammes selon les individus. Son plumage noir prend des reflets bleutés ou violacés sous le soleil, un trait qu'il partage avec la corneille noire.
La peau nue, seul repère fiable face à la corneille
Chez le jeune freux, le bec est entièrement empenné, exactement comme celui de la corneille noire : les deux espèces sont alors presque impossibles à distinguer sur le terrain. C'est en grandissant, vers l'âge d'un an, que la base du bec se dénude et prend cette teinte gris-blanc caractéristique. Autre différence utile, les plumes des cuisses du freux forment un plumage lâche qui évoque un pantalon bouffant, absent chez la corneille.
Des colonies bruyantes dans les grands arbres
Le freux niche en colonies appelées rookeries, parfois composées de plusieurs centaines de couples installés dans les cimes des mêmes arbres, souvent en lisière de village ou en bordure de champs cultivés. Cette vie collective, rare chez les corvidés, distingue nettement le freux de la corneille noire, territoriale et généralement solitaire ou en couple isolé.
Le cri du freux, un croassement plus aigu et plus nasillard que celui du corbeau freux ne le laisse deviner, ponctue la vie de ces colonies du matin au soir, particulièrement pendant la saison de reproduction, de mars à mai.
Une intelligence documentée par les chercheurs
Les freux figurent parmi les oiseaux dont les capacités cognitives ont été le plus étudiées en laboratoire. Des expériences menées à l'université de Cambridge ont montré qu'ils savent utiliser des pierres pour faire monter le niveau de l'eau dans un tube et atteindre un ver flottant, un comportement de résolution de problème comparable à celui observé chez certains grands singes.
Un régime d'invertébrés du sol
Le freux se nourrit principalement en sondant le sol des prairies et des labours avec son long bec pointu, à la recherche de vers de terre, de larves et d'autres invertébrés. Il complète ce régime avec des graines de céréales, ce qui l'a longtemps rendu impopulaire auprès des agriculteurs, avant que l'on mesure aussi le service qu'il rend en limitant les populations de larves nuisibles aux cultures.
Une espèce commune, du Royaume-Uni jusqu'en Asie
L'aire de répartition du freux couvre une large bande d'Eurasie, du Royaume-Uni et de la France jusqu'à la Sibérie et certaines régions d'Asie centrale. En France, il est présent surtout dans la moitié nord, où ses colonies restent visibles en hiver dans les grands arbres dénudés des parcs et des campagnes. L'espèce est classée en préoccupation mineure par l'Union internationale pour la conservation de la nature, ses effectifs étant globalement stables.
En hiver, les colonies de freux se mêlent souvent à des choucas des tours, plus petits et pourvus d'un œil pâle caractéristique, ainsi qu'à quelques corneilles noires. Ces dortoirs mixtes, qui peuvent rassembler plusieurs milliers d'oiseaux au coucher du soleil, offrent une occasion facile de comparer les trois espèces côte à côte et de vérifier, aux jumelles, la fameuse tache claire du bec propre au freux adulte.
Une longévité et des colonies fidèles au fil des ans
Un freux baguée a été retrouvée vivante après plus de vingt ans, un âge élevé pour un oiseau de cette taille en milieu naturel. Les colonies elles-mêmes durent souvent bien plus longtemps que la vie d'un individu : certaines rookeries britanniques et françaises sont occupées par les mêmes lignées d'oiseaux depuis plusieurs décennies, les jeunes s'installant à proximité du nid où ils sont nés.
Longtemps considéré comme un nuisible des cultures et parfois soumis à des campagnes de destruction, le freux bénéficie aujourd'hui d'un statut protégé dans la plupart des pays européens, l'Union européenne encadrant strictement les dérogations accordées aux agriculteurs pour limiter localement les dégâts sur les semis. Cette protection n'empêche pas des régulations ponctuelles là où les colonies causent des nuisances importantes en zone urbaine.
Observer une rookerie sans la déranger
Les colonies de freux se repèrent facilement en hiver, quand les arbres sont dépourvus de feuilles et laissent voir les nids amassés dans les hautes branches. Une simple paire de jumelles suffit à distinguer, à cette période, la tache claire du bec chez les adultes rassemblés. Rester à distance et éviter les bruits soudains permet d'observer plus longtemps ces groupes, sensibles au dérangement pendant la couvaison.
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