Le banteng, bovin sauvage d’Asie du Sud-Est : habitat et hardes

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Sommaire7 sections
  1. 01Bali, berceau d’un bovin devenu bétail
  2. 02Une aire sauvage réduite, une population australienne qui la dépasse
  3. 03Robe sombre, chaussettes blanches : les repères du terrain
  4. 04Banteng ou gaur : deux bovins sauvages d’Asie à ne pas confondre
  5. 05Hardes et hiérarchie
  6. 06Reproduction
  7. 07Une espèce passée en danger critique

Sur la péninsule de Cobourg, dans le nord de l’Australie, un troupeau de bantengs retournés à l’état sauvage compte à lui seul plusieurs milliers de têtes : c’est là, loin de l’Asie du Sud-Est où vit l’espèce native, que se trouve la plus grande population mondiale de l’animal. Domestiqué à Bali il y a plus de cinq mille ans, ce bovin voit sa population sauvage originelle décliner depuis des décennies, dispersée entre Java, Bornéo, la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge, ce qui classe aujourd’hui l’espèce parmi les bovidés sauvages les plus menacés de la planète.

Bali, berceau d’un bovin devenu bétail

banteng mâle au pelage noir avec des marques blanches sur les pattes, dans une clairière forestière

Le banteng a été domestiqué sur les îles de Java et de Bali il y a environ cinq mille cinq cents ans, ce qui en fait l’un des tout premiers bovins domestiqués d’Asie. Ses descendants, appelés bœufs de Bali, forment aujourd’hui près d’un quart du cheptel bovin indonésien. Contrairement à la vache ou au zébu, le bœuf de Bali reste physiquement très proche de son ancêtre sauvage, dont il a seulement réduit la taille et la puissance des cornes.

Une aire sauvage réduite, une population australienne qui la dépasse

À l’état sauvage, le banteng subsiste dans des noyaux dispersés à Java, à Bornéo, au Cambodge, au Myanmar et en Thaïlande, avec une population totale sans doute inférieure à dix mille individus. Vingt bêtes domestiques introduites en 1849 sur la péninsule de Cobourg, dans le Territoire du Nord australien, ont fini par retourner à l’état sauvage après l’abandon de la colonie qui les élevait. Ce troupeau féral, aujourd’hui estimé à plusieurs milliers d’individus, est paradoxalement l’une des populations de banteng les plus stables et les plus nombreuses du monde, alors même que l’Australie n’en est pas l’aire d’origine. Les autorités australiennes le considèrent comme une espèce introduite indésirable, malgré son rôle involontaire de conservatoire génétique pour une espèce en danger critique ailleurs.

Robe sombre, chaussettes blanches : les repères du terrain

Le banteng se reconnaît d’abord à ses pattes : chaque animal porte des marques blanches nettes sur le bas des membres, souvent décrites comme des chaussettes, ainsi qu’une tache blanche caractéristique sur l’arrière-train. Les mâles adultes ont un pelage brun foncé à noir, tandis que les femelles et les jeunes restent d’un roux châtain plus clair, une différence de couleur marquée entre les sexes qui ne s’observe pas chez tous les bovidés sauvages. Les cornes, en forme de lyre, s’étendent sur 60 à 95 centimètres chez les mâles.

Banteng ou gaur : deux bovins sauvages d’Asie à ne pas confondre

Le gaur, autre bovin sauvage présent dans les mêmes forêts d’Asie du Sud-Est, dépasse largement le banteng en gabarit : il peut atteindre 1 000 à 1 500 kilogrammes, contre 600 à 800 kilogrammes pour un banteng mâle. Le gaur porte en outre une crête dorsale musculeuse très marquée au-dessus des épaules et n’a pas les chaussettes blanches qui identifient le banteng au premier coup d’œil. Ces deux espèces partagent pourtant le même habitat forestier et sont régulièrement confondues par les visiteurs peu familiers de la faune régionale.

Hardes et hiérarchie

Le banteng vit en hardes de deux à quarante individus, composées le plus souvent de femelles, de jeunes et d’un seul mâle adulte dominant. Les autres mâles, écartés du groupe reproducteur, forment des alliances temporaires entre célibataires ou vivent seuls. Le régime alimentaire, très varié, associe herbes, graminées, bambou, feuilles, fruits et jeunes pousses selon les saisons et la disponibilité locale.

Reproduction

La saison de reproduction varie selon les régions et le climat local. Après une gestation d’environ neuf mois, la femelle met bas un veau unique, qu’elle protège étroitement pendant ses premiers mois de vie, période durant laquelle il reste entièrement dépendant d’elle pour se nourrir et échapper aux prédateurs.

Une espèce passée en danger critique

Le banteng a été reclassé en 2016 par l’Union internationale pour la conservation de la nature au rang d’espèce en danger critique d’extinction, la catégorie la plus grave avant la disparition à l’état sauvage. Le braconnage pour la viande, les cornes et la médecine traditionnelle, conjugué à la perte d’habitat forestier et au risque de transmission de maladies depuis le bétail domestique, a fait chuter les effectifs sauvages de plus de moitié en quelques décennies.

Le contraste entre une aire native en recul et un troupeau introduit qui prospère en Australie illustre à quel point la survie d’une espèce sauvage dépend parfois moins de sa biologie que du hasard des circonstances qui l’ont conduite, ou non, loin des pressions qui pèsent sur son berceau d’origine.

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