Le gaur : grand bovin sauvage des forêts d’Asie du Sud-Est
Sommaire8 sections
- 01Le plus grand bovidé sauvage du monde
- 02Gaur et gayal, une confusion à lever
- 03Une bosse dorsale qui trahit l'espèce
- 04Forêts tropicales, jungles et collines
- 05Une espèce longtemps ciblée par la chasse au trophée
- 06Herbivore et matriarcat
- 07Le tigre, seul prédateur capable de l'affronter
- 08Vulnérable et menacé par la fragmentation
Le gaur est le plus grand bovin sauvage vivant sur Terre, plus massif qu'un bison d'Amérique ou qu'un buffle d'Afrique. On le trouve dans les forêts d'Inde, d'Asie du Sud-Est et, en poches très fragmentées, jusqu'au sud de la Chine. Le gayal, souvent présenté comme un simple autre nom du gaur, en est en réalité la forme domestiquée, élevée depuis des siècles par les populations montagnardes du nord-est de l'Inde et de Birmanie.
Le plus grand bovidé sauvage du monde
Bos gaurus dépasse en masse tous les autres bovins sauvages. Un mâle adulte mesure environ 1,88 mètre au garrot et pèse entre 588 et 1 500 kilogrammes, les plus grands individus étant recensés en Inde. Les femelles sont plus petites, autour de 1,68 mètre au garrot pour 440 à 1 000 kilogrammes. Cette différence de gabarit entre les sexes est l'une des plus marquées chez les bovidés sauvages.
Gaur et gayal, une confusion à lever
Contrairement à une idée répandue, le gayal, ou mithun, n'est pas un simple synonyme du gaur : c'est sa forme domestique, issue de croisements anciens entre gaurs sauvages et bovins domestiques. Plus petit, moins farouche et aux cornes plus courtes que son ancêtre sauvage, le gayal est élevé en semi-liberté dans les collines du nord-est de l'Inde, au Myanmar et au Bangladesh, souvent comme monnaie d'échange lors de cérémonies plutôt que pour sa viande ou son lait.
Une bosse dorsale qui trahit l'espèce
Le gaur se reconnaît à sa crête dorsale musculeuse, visible dès l'épaule et qui retombe vers le milieu du dos, ainsi qu'à son front convexe marqué entre des cornes claires aux pointes noires. Ses pattes, blanchâtres jusqu'au-dessous du genou, tranchent nettement avec le reste du pelage, sombre presque noir chez les mâles âgés. C'est là le critère qui le distingue du banteng, autre bovin sauvage d'Asie du Sud-Est avec lequel on le confond parfois : le banteng est plus léger, dépourvu de cette bosse dorsale marquée, et porte une grande tache blanche sur l'arrière-train que le gaur n'a pas.
Forêts tropicales, jungles et collines
Le gaur fréquente les forêts denses, les jungles de bambou et les collines boisées d'Inde, du Népal, du Bhoutan, de Thaïlande, du Laos, du Cambodge, du Vietnam et de Malaisie continentale, ainsi que des populations très réduites au Yunnan et au sud-est du Tibet, en Chine. Il a disparu de Malaisie péninsulaire et du Sri Lanka. Cette répartition en poches isolées les unes des autres fragilise les échanges génétiques entre populations.
Une espèce longtemps ciblée par la chasse au trophée
Durant la période coloniale, le gaur a compté parmi les trophées les plus recherchés des chasseurs en Inde britannique, sa masse et ses cornes impressionnantes en faisant une cible prisée malgré le danger réel qu'est un animal blessé et acculé. Cette pression, ajoutée à la conversion des forêts en terres agricoles au vingtième siècle, a fait disparaître l'espèce de vastes portions de son ancienne aire avant que les premières réserves protégées ne renversent la tendance localement.
Herbivore et matriarcat
Ruminant herbivore, le gaur se nourrit d'herbes, de jeunes pousses de bambou et de fruits tombés au sol. Les troupeaux, conduits par une femelle âgée qui fait office de matriarche, comptent généralement de huit à onze individus, mais peuvent dépasser la cinquantaine dans certaines zones riches en nourriture. Les mâles rejoignent les troupeaux principalement pendant la saison de reproduction, qui s'étend de décembre à juin, avant de reprendre une vie solitaire ou de former de petits groupes de célibataires.
Le tigre, seul prédateur capable de l'affronter
Peu de carnivores s'attaquent à un gaur adulte, dont la masse dépasse largement celle d'un tigre du Bengale. Dans les réserves indiennes comme Nagarhole ou Kanha, les tigres ciblent surtout les jeunes, les femelles isolées ou les mâles affaiblis, et évitent en général les troupeaux compacts où la femelle dominante et plusieurs adultes peuvent riposter en groupe. Un gaur acculé se défend en chargeant, cornes basses, une réaction suffisamment dissuasive pour qu'un tigre solitaire renonce le plus souvent avant l'affrontement direct.
Vulnérable et menacé par la fragmentation
Classé vulnérable par l'UICN, avec une population mondiale estimée à un maximum de 21 000 individus matures, le gaur souffre surtout de la perte et du morcellement de son habitat forestier, de la chasse et de la concurrence avec le bétail domestique, vecteur de maladies transmissibles comme la fièvre aphteuse. Les réserves protégées d'Inde et de Thaïlande abritent aujourd'hui les populations les plus stables, quand les noyaux chinois ne comptent plus que quelques dizaines d'individus.
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