L’argali, le plus grand mouton sauvage des montagnes d’Asie

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Sommaire6 sections
  1. 01Le plus grand mouton sauvage du monde
  2. 02Argali et mouflon : deux moutons sauvages, pas la même espèce
  3. 03Un territoire qui va du Kazakhstan à la Chine
  4. 04Un appétit de dix-neuf kilos par jour
  5. 05Rut d’automne, agneaux de printemps
  6. 06Une chasse au trophée qui a fait chuter les effectifs

L’argali est le plus grand mouton sauvage du monde. Un mâle adulte peut peser jusqu’à 328 kilogrammes, et ses cornes en spirale, qui dépassent parfois un mètre quatre-vingt-dix de long, pèsent à elles seules jusqu’à vingt-trois kilos. Cette parure, convoitée par les chasseurs de trophées depuis plus d’un siècle, reste aujourd’hui la principale menace pesant sur l’espèce.

Le plus grand mouton sauvage du monde

argali mâle aux cornes massives en spirale se tenant sur un versant rocheux d’altitude

Les mâles pèsent de 97 à 328 kilogrammes selon la sous-espèce, pour une hauteur au garrot de 85 à 135 centimètres. Les femelles, beaucoup plus légères, ne dépassent guère 100 kilogrammes. Neuf sous-espèces sont reconnues, dont le mouflon de Marco Polo, présent au Tadjikistan, en Afghanistan et au Kirghizistan, qui forme la race la plus imposante de tout le groupe et porte les cornes les plus longues jamais mesurées.

Argali et mouflon : deux moutons sauvages, pas la même espèce

Le nom d’usage « mouflon de Mongolie », parfois donné à l’argali, prête à confusion : le mouflon proprement dit, celui des collines méditerranéennes et de l’ancêtre du mouton domestique, est une espèce distincte, bien plus petite, qui ne dépasse guère 50 kilogrammes. L’argali s’en distingue d’abord par la masse, mais aussi par l’altitude à laquelle il vit, jusqu’à 5 800 mètres dans les hautes chaînes d’Asie centrale, un milieu que le mouflon méditerranéen ne fréquente jamais.

Un territoire qui va du Kazakhstan à la Chine

L’argali occupe les hautes terres d’Asie centrale, du Kazakhstan à la province chinoise du Shanxi, en passant par la Mongolie, le Tadjikistan, le Kirghizistan, l’Afghanistan et le Pakistan. Son altitude de vie s’étend de 300 à 5 800 mètres selon les régions, un des plus larges gradients altitudinaux connus chez un ongulé sauvage. L’espèce a disparu du nord-est de la Chine, du sud de la Sibérie et de plusieurs régions de Mongolie, où elle était autrefois présente.

Cette répartition très étendue mais fragmentée en isolats de montagne explique la difficulté à évaluer précisément les effectifs mondiaux. Chaque massif héberge une population séparée des autres par des vallées cultivées ou des zones d’élevage, ce qui limite les échanges naturels entre groupes et complique la gestion coordonnée de l’espèce à l’échelle du continent.

Un appétit de dix-neuf kilos par jour

Un argali adulte consomme de 16 à 19 kilogrammes de végétaux quotidiennement, principalement des graminées et des herbacées en altitude, complétées par des arbustes et des plantes plus résistantes dans les zones intermédiaires. En haute montagne, où les points d’eau liquide se raréfient, l’animal tire l’essentiel de son hydratation de la neige fondue, ce qui lui permet de fréquenter des zones que peu d’herbivores concurrents parviennent à exploiter.

Rut d’automne, agneaux de printemps

Les mâles et les femelles vivent en groupes séparés le reste de l’année, les mâles occupant en général les zones les plus élevées. Le rut se déroule d’octobre à la mi-janvier et donne lieu à des combats où les mâles utilisent leurs cornes massives pour se disputer l’accès aux femelles. La gestation dure un peu plus de 165 jours, et les naissances, généralement un ou deux agneaux, ont lieu en mars ou en avril, au moment où la végétation redevient disponible.

Une chasse au trophée qui a fait chuter les effectifs

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe l’argali comme quasi menacé. La chasse au trophée, légale dans certains pays sous forme de quotas et illégale ailleurs, cible en priorité les mâles porteurs des plus grandes cornes, ce qui perturbe la structure des populations en éliminant les reproducteurs les plus recherchés. La concurrence avec le bétail domestique pour les pâturages d’altitude ajoute une pression supplémentaire sur les populations déjà fragmentées.

Dans certains pays d’Asie centrale, notamment au Tadjikistan, une partie des revenus tirés de la chasse au trophée réglementée est réinvestie dans la protection des populations locales et la lutte contre le braconnage, un dispositif qui a permis de stabiliser certains noyaux d’argalis, sans pour autant compenser les pertes enregistrées dans d’autres régions de son aire de répartition.

Les prédateurs naturels de l’argali, loup de l’Himalaya, léopard des neiges et léopard commun, pèsent peu face à cette pression humaine directe. L’espèce entre par ailleurs en concurrence avec le bétail domestique pour l’accès aux meilleurs pâturages d’altitude, une compétition qui s’intensifie à mesure que l’élevage gagne des zones autrefois réservées à la faune sauvage. Dans plusieurs régions du Kirghizistan et du Tadjikistan, des accords locaux tentent de répartir l’usage des pâturages entre éleveurs et gestionnaires de la faune, avec des résultats encore inégaux selon les vallées.

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