La pieuvre en cinq points : camouflage, bras, encre et reproduction
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Une pieuvre a trois cœurs et le sang bleu. Ce n’est pas une image : le pigment qui transporte son oxygène contient du cuivre, pas du fer, ce qui donne à son sang cette teinte quand il s’oxygène. De ce détail de chimie découlent une bonne partie des particularités qui séparent cet animal de presque tout le reste du règne vivant, du camouflage aux bras qui semblent penser par eux-mêmes.
Trois cœurs pour un sang bleu
Deux des trois cœurs de la pieuvre pompent le sang à travers les branchies, le troisième fait circuler le sang oxygéné dans le reste du corps. Ce sang doit sa couleur bleue à l’hémocyanine, une protéine à base de cuivre qui remplace l’hémoglobine des vertébrés. Cette molécule transporte moins efficacement l’oxygène que l’hémoglobine dans une eau chaude et pauvre en oxygène, ce qui explique pourquoi la plupart des espèces de pieuvres vivent dans des eaux fraîches ou profondes.
Un camouflage qui change la couleur et la texture
La peau de la pieuvre contient des chromatophores, des sacs de pigment que des muscles étirent ou resserrent en une fraction de seconde pour faire apparaître ou disparaître une couleur. En dessous, des cellules réfléchissantes, iridophores et leucophores, ajoutent des reflets métalliques ou blancs. La texture de la peau change elle aussi : des papilles musculaires peuvent se soulever pour imiter le grain d’un rocher ou rester lisses sur du sable, un mécanisme distinct de celui qui gère la couleur.
Des bras qui pensent presque seuls
La pieuvre possède huit bras, et non des tentacules : chez les céphalopodes, on réserve ce dernier mot aux appendices munis de ventouses uniquement à leur extrémité, comme chez le calmar. Environ les deux tiers des quelque cinq cent millions de neurones de la pieuvre se trouvent dans ses bras plutôt que dans son cerveau central. Des expériences ont montré qu’un bras isolé continue à réagir au toucher et à saisir des objets pendant un moment, preuve d’un traitement de l’information largement délocalisé.
L’encre, une arme chimique autant qu’un écran
Face à un prédateur, la pieuvre libère un nuage d’encre composé de mélanine et de mucus, qui brouille sa silhouette le temps de fuir. Cette encre contient aussi de la tyrosinase, une enzyme qui irrite les yeux et perturbe l’odorat des poissons prédateurs. Dans un espace confiné comme un aquarium mal aéré, cette même encre peut appauvrir l’eau en oxygène au point d’asphyxier la pieuvre elle-même, un risque bien documenté chez les aquariophiles.
Une mère qui meurt pour ses œufs
Après la ponte, la femelle cesse de se nourrir pour ventiler et surveiller ses œufs sans relâche jusqu’à l’éclosion, puis meurt d’épuisement peu après. Cette durée varie énormément selon les espèces : au large de la Californie, une pieuvre des grands fonds a été observée en train de couver la même ponte pendant cinquante-trois mois d’affilée, un record documenté par caméra sous-marine en 2014, le froid et le manque de nourriture des abysses ralentissant son métabolisme au point d’étirer ce cycle sur plus de quatre ans.
Une anatomie qui inspire la robotique souple
La souplesse des bras de pieuvre, capables de se raidir localement tout en restant flexibles ailleurs, sert de modèle à des équipes de recherche en robotique souple, notamment pour concevoir des pinces capables de manipuler des objets fragiles sans les endommager. Ces travaux visent des applications allant du tri industriel délicat à des instruments médicaux moins traumatisants que les pinces rigides classiques.
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