Poulpe, pieuvre, calmar et seiche : qui est qui chez les céphalopodes

plongez dans l'univers fascinant des céphalopodes et explorez les différences uniques entre le poulpe, la pieuvre, le calmar et la seiche. apprenez à les distinguer grâce à notre guide détaillé qui met en lumière leurs caractéristiques, habitats et comportements.

Un poulpe et une pieuvre, c’est le même animal : deux mots français pour les bêtes à huit bras. Le calmar et la seiche en portent dix, mais huit bras et deux tentacules, ce qui n’est pas la même chose et que presque toutes les fiches confondent. Trois silhouettes, trois modes de vie, et une clé d’identification qui tient en une phrase.

Des mollusques qui ont perdu leur coquille

Poulpe, calmar et seiche côte à côte sous l’eau, silhouettes et nageoires comparées

Les céphalopodes sont une classe de mollusques, au même titre que les escargots ou les moules, avec environ 800 espèces vivantes décrites. Tous, sauf les nautiles, ont réduit ou supprimé leur coquille externe. À la place, ils ont développé un cerveau volumineux, une vision fine, un bec de corne semblable à celui d’un perroquet et une propulsion par jet : l’eau entrée dans la cavité du manteau est expulsée par un siphon orientable.

Ils ont trois cœurs, deux branchiaux qui poussent le sang dans les branchies et un systémique qui irrigue le corps. Leur sang est bleu, parce que l’oxygène y est transporté par de l’hémocyanine à cuivre et non par de l’hémoglobine à fer. Ce pigment fonctionne mal en eau chaude et pauvre en oxygène, ce qui explique en partie pourquoi les céphalopodes supportent si mal les eaux stagnantes.

Poulpe et pieuvre, un seul animal

« Poulpe » vient du latin polypus, lui-même du grec polypous, « aux nombreux pieds ». « Pieuvre » est beaucoup plus récent : Victor Hugo l’a emprunté au parler des pêcheurs normands et l’a imposé au français en publiant Les Travailleurs de la mer en 1866. Les deux mots désignent aujourd’hui les mêmes bêtes, et il n’y a aucune différence biologique entre les deux termes.

Attention toutefois à l’idée qu’il s’agirait d’une espèce. L’ordre des octopodes compte plus de deux cents espèces. Le poulpe commun de nos côtes, Octopus vulgaris, mesure une vingtaine de centimètres de manteau pour un mètre bras compris, et pèse rarement plus de trois kilos. Le poulpe géant du Pacifique, Enteroctopus dofleini, dépasse couramment 15 kg et étend ses bras sur plus de trois mètres. Ses ventouses sont lisses, sans anneau de chitine, à la différence de celles des calmars.

Compter correctement : huit bras et deux tentacules

Les calmars et les seiches forment le groupe des décapodiformes, et le préfixe a semé la confusion. Ils portent huit bras courts, garnis de ventouses sur toute leur longueur, plus deux tentacules bien plus longs, rétractiles, dont les ventouses sont concentrées en massue à l’extrémité. Ces deux tentacules ne servent pas à marcher ni à manipuler : ils sont projetés en quelques dizaines de millisecondes sur une crevette ou un petit poisson, qui est ensuite ramené vers les bras puis vers le bec.

Le poulpe n’a pas de tentacules du tout. Il chasse en rampant sur le fond, coiffe une proie avec la membrane qui relie ses bras, la palpe, la perce et injecte une salive toxique qui paralyse le crustacé et détache sa chair de la carapace. Deux techniques de chasse différentes, deux anatomies différentes.

La plume du calmar n’est pas une coquille

Ce qui reste de la coquille, chez le calmar, est une lamelle interne appelée gladius ou plume. Elle est en chitine, transparente, souple, et se plie sans casser : on la retrouve intacte quand on vide un encornet. Elle rigidifie le manteau dans l’axe du corps et sert d’ancrage aux muscles, rien de plus. La décrire comme une coquille rigide est faux, et cela brouille justement la différence avec la seiche.

La seiche, elle, garde un vrai reste calcifié : le sépion, l’os de seiche qu’on ramasse sur les plages et qu’on donne aux perruches. C’est un empilement de fines lames de calcaire séparées par des piliers, dont les chambres contiennent un mélange de gaz et de liquide. La seiche règle la proportion des deux et ajuste sa flottabilité sans dépenser un mouvement, ce qui lui permet de rester en suspension au-dessus du sable pendant des heures. Ce flotteur a une limite mécanique : au-delà de quelques centaines de mètres, la pression l’écrase, et c’est pourquoi les seiches sont des animaux de plateau continental.

Changer de couleur sans voir les couleurs

La peau des céphalopodes porte des chromatophores, de petits sacs de pigment entourés de muscles radiaires. Quand ces muscles tirent, le sac s’étale et la couleur apparaît ; quand ils relâchent, elle disparaît. La commande vient directement du cerveau, sans passer par des hormones, d’où des changements en quelques dizaines de millisecondes. Sous les chromatophores, des iridophores et des leucophores réfléchissent la lumière et ajoutent des reflets métalliques ou du blanc.

Le paradoxe, c’est que la plupart de ces animaux ne distinguent pas les couleurs : leur rétine ne contient qu’un seul pigment visuel. Ils accordent leur livrée au fond en jouant sur le contraste et la texture, pas sur la teinte, et ils y arrivent quand même remarquablement bien. Plusieurs hypothèses circulent sur une perception indirecte de la couleur, liée à la forme de la pupille, mais rien n’est tranché. La pupille est d’ailleurs un bon critère de terrain : en W chez la seiche, en fente horizontale chez le poulpe, ronde chez le calmar.

Une vie courte, une seule reproduction

Chez tous ces animaux, le mâle transfère ses spermatophores avec un bras modifié, l’hectocotyle. La femelle du poulpe commun pond ensuite plusieurs centaines de milliers d’œufs en grappes, les ventile et les nettoie pendant des semaines sans se nourrir, puis meurt peu après l’éclosion. La seiche pond des œufs noirs isolés, fixés un à un sur des algues ou des filets, et meurt elle aussi après la ponte.

Cette reproduction unique, suivie de la mort, s’accompagne d’une vie très brève : un à deux ans pour la majorité des espèces côtières. Elle a une conséquence directe pour la pêche, puisqu’une classe d’âge médiocre se répercute immédiatement sur les débarquements de l’année suivante. Il existe des exceptions spectaculaires en profondeur, comme cette femelle de Graneledone boreopacifica suivie par sous-marin au large de la Californie, qui a couvé ses œufs pendant plus de quatre ans sans jamais s’alimenter.

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