Le requin marteau : à quoi sert sa tête en T, chasse et habitat
La tête plate du requin marteau n’est pas un simple ornement : elle loge une nappe de capteurs électriques bien plus large que chez n’importe quel autre requin, ce qui lui permet de repérer une raie enfouie sous le sable là où un requin à tête classique ne sentirait rien. Cette forme unique, appelée céphalofoil, conditionne à peu près tout dans la vie de l’animal, de sa chasse à sa nage. La famille compte neuf espèces, du petit requin marteau bonnette d’un mètre au grand requin marteau, géant de la famille et espèce la plus menacée.
Une tête qui sert de radar et de gouvernail
Le grand requin marteau (Sphyrna mokarran), le plus grand représentant de la famille des sphyrnidés, est celui que l’on associe le plus souvent au nom générique de requin marteau. Sa tête aplatie et élargie, la plus prononcée du groupe, porte à ses extrémités des yeux offrant un champ de vision quasi panoramique, ainsi qu’une concentration exceptionnelle d’ampoules de Lorenzini, ces organes sensibles aux champs électriques que produit tout animal vivant.
Cette même tête agit comme un gouvernail hydrodynamique, ce qui permet à l’animal d’exécuter des virages plus serrés qu’un requin à museau pointu. On le trouve dans les eaux tropicales et subtropicales du globe, près des côtes comme en pleine mer, entre la surface et une centaine de mètres de profondeur.
Jusqu’à six mètres et cinq cents kilos
Le grand requin marteau atteint des dimensions rares chez les requins côtiers : de 3,5 à 6 mètres de long à l’âge adulte, pour un poids qui peut dépasser 450 kilogrammes chez les plus grands individus recensés. Le dos est gris à brun, le ventre nettement plus clair, et le corps porte de grandes nageoires dorsales ainsi que des dents triangulaires et tranchantes, adaptées à une alimentation carnée variée.
Une spécialité que peu d’autres requins partagent : la raie
Le régime du grand requin marteau est carnivore et varié, mais il s’est fait une spécialité que très peu de prédateurs marins partagent : la chasse aux raies, y compris celles munies d’un aiguillon venimeux. Sa tête élargie lui sert à plaquer la raie au fond, souvent en lui immobilisant les nageoires pectorales d’un coup de museau, avant de la mordre. Des aiguillons de raie ont été retrouvés fichés dans la mâchoire ou la gorge de plusieurs individus capturés, sans que cela semble gêner durablement l’animal.
Il complète ce régime par des poissons osseux, des céphalopodes, des crustacés et, à l’occasion, d’autres petits requins. La chasse se concentre surtout au crépuscule et pendant la nuit, moments où les proies enfouies sont plus actives.
Un solitaire, contrairement à sa cousine des Galápagos
Le grand requin marteau mène une vie largement solitaire, ce qui le distingue nettement du requin marteau halicorne, plus petit, connu pour former des bancs diurnes de plusieurs dizaines d’individus près de monts sous-marins comme aux îles Galápagos ou à Cocos Island. Cette différence de comportement social reste l’une des façons les plus fiables de distinguer les deux espèces sur le terrain, au-delà de la seule forme de la tête.
Vivipare, pas ovovivipare
Contrairement à une confusion fréquente, le grand requin marteau ne pond pas d’œufs qui écloraient dans le corps de la mère : il est vivipare, avec un placenta vitellin qui relie directement chaque embryon à la circulation sanguine maternelle, un mode de reproduction proche par son fonctionnement de celui des mammifères. Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle vers 2,5 à 3 mètres de longueur, ce qui représente plusieurs années de croissance après la naissance.
Une espèce en danger critique
Le grand requin marteau est classé en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature depuis 2019, l’un des statuts les plus graves de la liste rouge. La pêche ciblée pour ses ailerons, très recherchés sur certains marchés asiatiques, explique l’essentiel du déclin, aggravé par la lenteur de sa reproduction et par les captures accidentelles dans les filets destinés à d’autres espèces.
Plusieurs conventions internationales, dont la Convention sur le commerce international des espèces menacées, encadrent désormais le commerce de ses ailerons, mais l’application reste inégale selon les pays et les façades maritimes.
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