Le requin bouledogue : eaux douces, régime et rencontres avec l’homme
Le requin bouledogue est l’un des rares requins capables de remonter un fleuve sur plusieurs centaines de kilomètres et d’y vivre des mois durant, en eau totalement douce. Cette tolérance physiologique, presque unique chez les grands requins, explique pourquoi on l’a longtemps cru présent dans un lac d’Amérique centrale sous les traits d’une espèce à part, avant de découvrir qu’il s’agissait bien du même animal. Elle explique aussi pourquoi il croise la route des humains bien plus souvent que la plupart des requins océaniques.
Un requin qui vit aussi bien en mer qu’en rivière
Le requin bouledogue (Carcharhinus leucas), appelé aussi requin du Zambèze en Afrique australe, appartient à la famille des carcharhinidés. Il fréquente les eaux tropicales et subtropicales du globe, en mer côtière comme en pleine eau jusqu’à 150 mètres de profondeur, mais sa particularité tient ailleurs : grâce à des reins et une glande rectale capables de réguler la concentration en sel de son sang, il peut remonter des fleuves et vivre en eau douce pendant de longues périodes.
Le cas le plus connu concerne le lac Nicaragua, en Amérique centrale, où des requins bouledogues ont été observés à plus de 200 kilomètres de la mer. Longtemps décrits comme une espèce distincte, le requin du lac Nicaragua, les scientifiques ont fini par démontrer qu’il s’agissait d’une population de requins bouledogues remontant le fleuve San Juan, capable même de franchir des rapides pour rejoindre le lac.
Un corps massif taillé pour la puissance
Le requin bouledogue mesure en moyenne de 2 à 3,5 mètres de long, pour un poids compris entre 130 et 250 kilogrammes, les femelles étant généralement plus grandes que les mâles. Son corps massif, son museau court et arrondi, sa gueule aplatie et large lui donnent une silhouette trapue, bien différente des requins fusiformes plus fins. Sa robe va du gris à un brun olive sur le dos, avec un ventre plus clair, du blanc au jaune pâle.
Un carnivore opportuniste, pas un charognard universel
Le requin bouledogue est un carnivore strict, contrairement à ce que l’on lit parfois : aucun requin n’est omnivore, tous dépendent exclusivement de proies animales. Son régime reste néanmoins large et opportuniste, ce qui en fait l’un des prédateurs les plus adaptables de son milieu :
- Poissons d’eau douce et d’eau de mer
- Petits requins et raies
- Tortues marines
- Céphalopodes et crustacés
- Occasionnellement, oiseaux et petits mammifères tombés à l’eau
Cette absence de spécialisation alimentaire, associée à sa tolérance à l’eau douce, lui permet d’occuper des milieux où peu d’autres grands prédateurs marins s’aventurent, des estuaires envasés aux fleuves tropicaux.
Un animal solitaire, pas un prédateur plus agressif que les autres
Le requin bouledogue est généralement solitaire, même s’il peut se rassembler ponctuellement là où la nourriture est abondante. Il figure, avec le requin tigre et le grand requin blanc, parmi les trois espèces les plus souvent impliquées dans des morsures non provoquées sur l’homme, un fait régulièrement présenté comme la preuve d’une agressivité particulière. La réalité est plus prosaïque : ces trois espèces fréquentent des eaux côtières peu profondes et souvent troubles, là où les humains nagent et surfent, ce qui multiplie les occasions de rencontre bien plus qu’un tempérament réellement différent des autres requins.
Une gestation de dix à onze mois
Le requin bouledogue est vivipare : les embryons se développent dans l’utérus de la mère, reliés à elle par un placenta. La gestation dure environ dix à onze mois, et une portée compte généralement entre 1 et 13 petits, nés déjà autonomes entre 60 et 80 centimètres. La maturité sexuelle s’atteint à une taille comprise entre 1,60 et 2,30 mètre selon le sexe, plutôt qu’à un âge précis, qui varie beaucoup selon les populations étudiées.
Un statut réévalué à la hausse
Le requin bouledogue est classé vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature depuis la réévaluation de 2021, un cran au-dessus du statut de quasi menacé qui lui était attribué auparavant. La surpêche, la dégradation des estuaires et des mangroves qui lui servent de nurseries, ainsi que les captures accessoires dans les filets destinés à d’autres espèces, comptent parmi les principales pressions identifiées.
Sa réputation redoutée nuit paradoxalement à sa protection : un animal perçu comme dangereux suscite moins d’efforts de conservation qu’une espèce jugée inoffensive, alors même que son rôle de prédateur régule les populations de poissons dans des écosystèmes côtiers déjà fragilisés par ailleurs.
Résumer cet article avec :
Partager :