L’orang-outan de Sumatra : mode de vie et recul de la forêt
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L’orang-outan de Sumatra passe la quasi-totalité de sa vie dans la canopée, hors de portée du tigre de Sumatra qui rôde encore sur l’île, alors que son cousin de Bornéo descend plus volontiers au sol. Reconnu comme une espèce à part entière en 1996 seulement, séparé de l’orang-outan de Bornéo après des décennies où l’on considérait les deux comme une seule population, il ne compte plus aujourd’hui qu’environ 14 000 individus, tous confinés au nord de l’île, autour de l’écosystème du Leuser. Une troisième espèce d’orang-outan, celle de Tapanuli, a été décrite en 2017 un peu plus au sud, preuve que ce genre garde encore des surprises.
Une espèce reconnue tardivement, une troisième découverte en 2017
Longtemps considérés comme une seule espèce répartie sur deux îles, l’orang-outan de Bornéo et celui de Sumatra n’ont été séparés en deux espèces distinctes, Pongo pygmaeus et Pongo abelii, qu’en 1996, sur la base de différences génétiques et morphologiques. En 2017, une équipe de primatologues a décrit une troisième espèce, l’orang-outan de Tapanuli, Pongo tapanuliensis, isolée depuis des dizaines de milliers d’années dans la forêt de Batang Toru, au sud de la zone occupée par l’orang-outan de Sumatra. Avec moins de 800 individus, c’est aujourd’hui le grand singe le plus menacé au monde.
Un pelage plus clair, un visage plus étroit
L’orang-outan de Sumatra se distingue de celui de Bornéo par un pelage plus long et plus clair, roux orangé plutôt que brun foncé, et par des bajoues plus plates chez les mâles dominants, souvent frangées d’une barbe blanchâtre bien visible. Son visage paraît plus étroit et allongé que celui, plus large et plus massif, de l’orang-outan de Bornéo. Debout, un mâle mesure entre 1,20 et 1,40 mètre pour un poids de 50 à 90 kg, la femelle restant nettement plus petite, autour de 35 à 50 kg.
Une vie presque entièrement suspendue dans les arbres
Contrairement à l’orang-outan de Bornéo, qui descend régulièrement au sol faute de grand prédateur terrestre, celui de Sumatra reste presque continuellement dans la canopée, un comportement directement lié à la présence du tigre de Sumatra sur son île. Il se déplace de branche en branche grâce à des bras pouvant atteindre 2 mètres d’envergure et un pouce opposable qui facilite la préhension. Cette vie arboricole quasi permanente limite ses déplacements au sol à quelques occasions, essentiellement le passage entre deux arbres trop éloignés pour être franchis autrement.
Des outils transmis d’une génération à l’autre
Les populations de la réserve de Suaq Balimbing, dans le Leuser, ont développé un usage d’outils particulièrement riche pour un grand singe : des brindilles effeuillées servent à extraire des insectes ou des graines de fruits protégés par des poils urticants, et des feuilles pliées permettent d’amplifier certains cris d’alerte. Cette culture technique se transmet par observation au sein de groupes qui tolèrent une plus grande proximité sociale que ceux de Bornéo, ce qui favorise l’apprentissage entre individus. Le régime reste dominé par les fruits, durians et figues en tête, complété de jeunes pousses, d’écorce et occasionnellement d’insectes.
Une espèce en danger critique, concentrée sur un seul massif
L’UICN classe l’orang-outan de Sumatra en danger critique d’extinction, avec une population estimée à environ 14 000 individus concentrés presque entièrement dans l’écosystème du Leuser, au nord de l’île. La déforestation liée à l’huile de palme et au bois, ainsi que la fragmentation des derniers massifs forestiers continus, restent les menaces principales, aggravées par un projet de centrale hydroélectrique en plein cœur du Leuser qui inquiète les associations de conservation depuis plusieurs années. Contrairement à l’orang-outan de Bornéo, réparti sur une aire beaucoup plus vaste, celui de Sumatra n’a nulle part où se replier si ce dernier massif venait à se fragmenter davantage.
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