Le sitatunga, l’antilope des marécages : pattes, nage et discrétion
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Le sitatunga est la seule antilope africaine réellement aquatique, capable de rester immergée jusqu’au museau pour échapper à un lion ou un léopard. Ses sabots démesurément écartés, adaptés à la vase des marécages d’Afrique centrale, la rendent aussi maladroite sur la terre ferme qu’elle est à l’aise dans l’eau.
Un territoire fait de marais
Le sitatunga (Tragelaphus spekii) occupe les marécages et les zones humides d’une vingtaine de pays d’Afrique centrale et de l’Est, du bassin du Congo aux rives du lac Victoria en passant par les marais de Zambie et du Botswana. Il évite systématiquement les terrains secs et ne s’aventure jamais loin d’une végétation aquatique dense, seule protection efficace contre ses prédateurs.
Un corps taillé pour la boue
Les femelles pèsent entre 24 et 57 kg pour une hauteur au garrot de 72 à 90 cm, les mâles nettement plus, de 76 à 119 kg pour 81 à 116 cm. Seuls les mâles portent des cornes spiralées, longues de 45 à 90 cm. Leur pelage brun foncé contraste avec la robe fauve ou rousse des femelles, souvent rayée de blanc sur les flancs. Mais le trait le plus utile pour l’identifier reste ses sabots, longs et largement écartés, qui répartissent son poids sur la vase sans qu’il s’enfonce.
Le cousin qu’on confond avec lui
Le sitatunga se confond aisément avec le nyala, une autre antilope du même genre Tragelaphus, présente dans des habitats parfois voisins en Afrique australe et de l’Est. Les deux partagent la silhouette générale, les rayures blanches sur les flancs et les cornes spiralées des mâles. La différence tient au pelage, plus rugueux et hérissé chez le sitatunga, et surtout aux empreintes : là où le nyala laisse des traces de sabots fins et rapprochés, le sitatunga imprime des sabots longs et très écartés, la marque de son adaptation aux sols spongieux.
Le pelage du sitatunga est plus rêche et plus long que celui de la plupart des antilopes, presque huileux au toucher, une texture qui limite l’imprégnation d’eau et facilite le séchage rapide une fois l’animal ressorti des marais. Cette adaptation, associée à une couche de graisse un peu plus épaisse sous la peau, l’aide aussi à supporter les nuits fraîches passées à moitié immergé.
Nager pour survivre
En cas de danger, le sitatunga plonge dans l’eau et peut y rester immergé de longues minutes, seuls les naseaux et les yeux dépassant de la surface. Cette capacité à disparaître dans les roseaux ou les papyrus lui permet d’échapper aux lions et aux léopards, qui chassent mal en zone inondée. À terre, en revanche, sa démarche reste hésitante, presque écartée, à cause de sabots peu adaptés à un sol dur.
Un régime aquatique
Le sitatunga se nourrit de nénuphars, de joncs, de laîches et de jeunes pousses de graminées aquatiques, une alimentation gorgée d’eau qui correspond à un animal qui ne s’éloigne jamais des marais. Il complète ce régime avec des feuilles et des tiges des plantes riveraines, et se montre suffisamment opportuniste pour venir grignoter des cultures de patates douces en bordure des zones humides, au grand dam des agriculteurs voisins.
Une vie plutôt solitaire
Contrairement à beaucoup d’antilopes africaines, le sitatunga ne forme pas de grands troupeaux. Les mâles restent largement solitaires et territoriaux, marquant leur espace par l’urine et par les sécrétions de glandes spécifiques, tandis que les femelles se déplacent le plus souvent seules avec leur petit du moment. La reproduction n’est pas strictement saisonnière, mais elle s’intensifie durant la saison humide, lorsque la végétation aquatique est la plus abondante.
Conservation
Classé en préoccupation mineure par l’UICN, avec une population mondiale estimée à environ 170 000 individus, le sitatunga reste néanmoins vulnérable là où les zones humides sont drainées pour l’agriculture ou asséchées par les grands barrages. L’espèce a déjà disparu du Niger et pourrait l’être du Togo, en marge occidentale de son aire de répartition, là où les marais ont le plus reculé face aux cultures irriguées. Sa survie dépend directement de celle des marais qu’aucune autre grande antilope africaine n’occupe aussi exclusivement.
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