Le rhinocéros noir : cornes, comportement et menace du braconnage
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Le rhinocéros noir ne broute pas l'herbe : il cueille des feuilles avec une lèvre supérieure recourbée qui agit comme un doigt. C'est ce détail, plus que sa couleur, qui le sépare du rhinocéros blanc, avec lequel on le confond sans cesse. Il porte deux cornes de kératine, une peau plissée qui forme des plaques et un tempérament nettement plus solitaire que son cousin.
Une lèvre en crochet, pas une bouche de brouteur
Le rhinocéros noir (Diceros bicornis) appartient à la famille des rhinocérotidés. Son trait le plus fiable pour l'identifier n'est pas sa couleur, la peau des deux espèces africaines est en réalité de la même teinte grise, mais la forme de sa bouche. Sa lèvre supérieure se termine en pointe mobile, presque un crochet, qu'il utilise pour saisir les feuilles, les jeunes pousses et les rameaux des buissons. Il est browser, un brouteur d'arbustes, et son régime compte plus de deux cents espèces végétales différentes.
Poids, cornes et peau : la carte d'identité
Un rhinocéros noir adulte pèse entre 800 et 1 400 kilogrammes et mesure de 1,4 à 1,8 mètre au garrot pour environ 3 à 3,75 mètres de long. Il porte deux cornes faites de kératine, la même matière que nos ongles, dont la corne antérieure mesure en moyenne une cinquantaine de centimètres, avec un record documenté proche de 1,5 mètre. Sa peau, épaisse de plusieurs centimètres, forme des plis qui donnent l'impression de plaques articulées, un peu comme une armure. Cette peau reste pourtant sensible aux coups de soleil et aux parasites, ce qui explique les longues séances de bain de boue qu'affectionne l'animal.
Solitaire, territorial et prudent
Le rhinocéros blanc vit volontiers en petits groupes appelés crashs. Le rhinocéros noir, lui, mène une vie largement solitaire en dehors du lien entre une femelle et son petit. Les mâles délimitent un territoire qu'ils marquent à l'urine et au fumier, disposé en tas répétés le long des sentiers, un langage olfactif que les autres individus savent lire. La gestation dure environ quinze à seize mois pour un unique petit, sevré vers deux ans. Les femelles atteignent leur maturité sexuelle vers quatre à sept ans, les mâles un peu plus tard.
Une chute de 98 %, puis un rétablissement lent
L'histoire récente du rhinocéros noir est celle d'un effondrement. On comptait environ 70 000 individus en 1970 ; le braconnage pour la corne, très demandée sur les marchés asiatiques où on lui prête à tort des vertus médicinales, a fait chuter ce chiffre à environ 2 400 animaux au milieu des années 1990, une perte proche de 98 %. La sous-espèce ouest-africaine a été déclarée éteinte en 2011. Depuis, la surveillance renforcée et les transferts entre réserves ont permis un lent redressement : l'Union internationale pour la conservation de la nature estimait la population mondiale à environ 6 200 individus en 2021. L'espèce reste néanmoins classée en danger critique d'extinction, et sa croissance démographique demeure inférieure à un pour cent par an.
Une lutte de terrain contre le braconnage
La corne se revend à prix d'or au marché noir, ce qui entretient une pression de braconnage constante malgré les patrouilles armées déployées dans les grandes réserves du Kenya, de Namibie et d'Afrique du Sud. Certains parcs procèdent au désarmement préventif des cornes, une opération encadrée qui ne fait pas souffrir l'animal puisque la corne repousse, à la manière d'un ongle coupé. Le tourisme de vision, quand il est bien encadré, finance une partie de ces patrouilles et donne aux communautés locales un intérêt direct à la survie de l'espèce.
Un animal difficile à observer, facile à photographier de loin
Sa vue est faible, mais son odorat et son ouïe compensent largement ce défaut. Un rhinocéros noir surpris peut charger sans sommation à plus de 45 kilomètres à l'heure sur de courtes distances, ce qui impose aux guides une distance de sécurité stricte lors des safaris à pied. Sa réputation d'animal irascible tient moins à l'agressivité qu'à sa mauvaise vue : il charge souvent une odeur ou un bruit plutôt qu'une menace identifiée.
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