Le sanglier : défenses, sorties nocturnes et vie en compagnie
Sommaire6 sections
Le sanglier est devenu l’un des mammifères les plus prolifiques d’Europe, au point que les chasseurs français en prélèvent aujourd’hui près de 800 000 par an sans parvenir à stabiliser la population. Cette explosion démographique tient moins à l’absence de prédateurs qu’à un mécanisme précis, dans les années où les chênes et les hêtres produisent beaucoup de glands et de faînes, les jeunes femelles peuvent se reproduire dès huit mois, bien avant l’âge habituel. Comprendre la reproduction du sanglier, c’est comprendre pourquoi il est devenu, en quelques décennies, un problème de gestion autant qu’un gibier.
Poids et mesures, sans les exagérations
Le sanglier mesure de 1,10 à 1,80 mètre de long pour une hauteur au garrot pouvant atteindre 1,10 mètre. Les femelles pèsent le plus souvent entre 80 et 100 kilogrammes, les mâles entre 100 et 200 kilogrammes selon la région et la nourriture disponible, les individus dépassant 250 kilogrammes restant exceptionnels en Europe, contrairement à ce qu’affirment certains récits de chasse. Le pelage, brun grisâtre à roux selon les populations, s’allonge en hiver en une crinière de soies pouvant atteindre 15 centimètres sur le garrot. Les marcassins naissent rayés de bandes claires et sombres, un camouflage qu’ils perdent vers quatre mois.
Omnivore opportuniste plutôt que charognard
Contrairement à une idée reçue, le sanglier n’est pas un charognard au sens strict, son régime repose surtout sur les glands, les faînes, les racines, les bulbes et les tubercules qu’il déterre avec son groin, complétés d’insectes, de vers et occasionnellement de petits vertébrés ou de charognes trouvées par hasard. Cette souplesse alimentaire, plus que la présence de charognes, explique sa capacité à coloniser des milieux très différents, des forêts de plaine aux abords des villes. Les années où les arbres forestiers produisent abondamment, appelées années de glandée, se traduisent directement par un afflux de nourriture qui accélère la reproduction du printemps suivant.
Une reproduction qui explique l’explosion démographique
Le rut principal a lieu de novembre à janvier, mais des naissances sont possibles presque toute l’année dès lors que la nourriture ne manque pas. La gestation dure environ cent quinze jours, un peu moins de quatre mois, pour une portée moyenne de quatre à six marcassins, parfois dix dans les meilleures conditions. Le point décisif tient à l’âge de la première reproduction, une laie atteint normalement sa maturité sexuelle vers dix-huit mois, mais lors d’une année de glandée abondante, les jeunes femelles nées au printemps peuvent se reproduire dès huit à dix mois, ce qui ajoute une génération entière au cycle de reproduction en une seule année.
La harde, une société de femelles
Le sanglier vit en groupes appelés hardes ou compagnies, formés d’une ou plusieurs laies apparentées et de leurs petits, parfois une trentaine d’individus dans les zones les plus giboyeuses. Les jeunes mâles quittent le groupe familial vers un an et forment des bandes de célibataires avant de devenir solitaires à l’approche de la maturité. Les mâles adultes ne rejoignent les hardes que pendant le rut, période durant laquelle ils s’affrontent pour l’accès aux femelles réceptives, avant de reprendre une vie solitaire le reste de l’année.
Une pression de chasse qui peine à suivre
Face à cette dynamique, la chasse est devenue le principal outil de régulation du sanglier en France, avec des prélèvements annuels qui avoisinent 800 000 individus ces dernières saisons, contre moins de 100 000 dans les années 1980. Des battues administratives peuvent être organisées en dehors des périodes normales de chasse lorsque les dégâts agricoles deviennent trop importants, notamment dans les cultures de maïs et de céréales. Les fédérations de chasseurs financent une partie de l’indemnisation de ces dégâts, un système qui reste sous tension dans les régions où la population de sangliers continue de croître malgré les prélèvements.
Le risque des hybrides avec le cochon domestique
Des croisements avec des cochons domestiques échappés ou volontairement introduits produisent des hybrides, parfois appelés cochongliers, plus grands, plus fertiles et capables de portées encore plus nombreuses que le sanglier pur. Ces animaux se reconnaissent à des détails que ne présente jamais un sanglier sauvage, taches blanches ou roses sur le pelage, queue en tire-bouchon, oreilles tombantes. Leur présence complique la gestion cynégétique, car ils se reproduisent avec les populations sauvages et peuvent transmettre des maladies propres à l’élevage porcin, dont la peste porcine africaine, une maladie virale surveillée de près par les autorités sanitaires depuis sa détection en Belgique en 2018.
Résumer cet article avec :
Partager :
