Le phacochère : défenses, régime alimentaire et menaces
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Un phacochère qui fuit lève la queue à la verticale, raide comme une antenne, pour que les autres membres de la harde le suivent dans les hautes herbes. Ce détail, presque comique, est aussi le signal d’alarme le plus fiable de la savane africaine. Sous ses airs de sanglier mal dégrossi, le phacochère est une espèce à part, avec des mœurs et une anatomie qui n’ont rien à voir avec celles du suidé eurasien auquel on le compare trop vite.
Un cousin du sanglier, pas un sanglier
Le phacochère commun, Phacochoerus africanus, appartient bien à la famille des suidés, comme le sanglier, mais les deux espèces ne partagent ni continent ni silhouette. Le sanglier vit en Eurasie, porte un pelage dense et des défenses discrètes. Le phacochère, propre à l’Afrique subsaharienne, arbore un corps presque nu, une tête massive ornée de verrues charnues sous les yeux, ce qui lui vaut son nom, et des défenses recourbées vers le haut qui peuvent dépasser 60 centimètres chez les mâles âgés. Un animal trapu, gris-brun, au crâne aplati et bosselé signe le phacochère à coup sûr.
Manger à genoux
Le phacochère broute agenouillé sur ses articulations antérieures calleuses, une posture unique parmi les grands mammifères africains, adoptée pour atteindre l’herbe rase et les racines sans se fatiguer. Il complète ce régime herbivore de bulbes, d’écorces et, à l’occasion, de charognes ou de petits invertébrés. Cette diète pauvre en énergie l’oblige à passer une grande partie de la journée à s’alimenter, presque toujours entre le lever et le coucher du soleil.
Une vie de groupe organisée autour des femelles
La harde, appelée sounder en anglais, rassemble une poignée de femelles apparentées et leurs petits, généralement entre quatre et seize individus. Les mâles adultes vivent en solitaires ou en petits groupes de célibataires et ne rejoignent les femelles qu’en période de reproduction. Le phacochère n’est pas territorial : plusieurs hardes peuvent se partager les mêmes terriers, souvent d’anciennes galeries d’oryctérope réaménagées, où l’animal recule pour entrer et rester tourné vers la sortie, défenses en avant.
Des alliés à plumes
Les pique-bœufs à bec rouge se posent régulièrement sur le dos du phacochère pour y picorer tiques et parasites, un partenariat qui profite aux deux espèces. Ces oiseaux réagissent aussi à l’approche d’un prédateur par des cris d’alarme, offrant au phacochère un système de guet gratuit. Lion, léopard, lycaon, hyène tachetée et python sont ses principaux prédateurs, les marcassins étant en outre exposés aux chacals et aux rapaces.
Reproduction et rôle écologique
La femelle met bas après une gestation de cinq à six mois, généralement en début de saison des pluies, une synchronisation qui maximise les chances de survie des marcassins grâce à l’abondance de nourriture fraîche. Une portée compte deux à quatre petits en moyenne, allaités environ trois mois mais capables de brouter dès trois semaines. Elle protège farouchement sa progéniture dans le terrier durant les premières semaines et n’hésite pas à charger un intrus bien plus grand qu’elle si l’un de ses petits est menacé. En fouissant le sol pour se nourrir, le phacochère aère la terre et favorise la germination de certaines graminées, un rôle discret mais réel dans l’équilibre des savanes qu’il habite.
Une espèce toujours répandue
Le phacochère commun est classé en préoccupation mineure par l’UICN, avec des effectifs stables sur une grande partie de son aire de répartition, de la Mauritanie à l’Éthiopie et jusqu’en Afrique du Sud. Il s’accommode bien des zones remaniées par l’élevage et cohabite avec le bétail dans plusieurs pays, à condition de conserver un accès à des points d’eau et des terriers. Une espèce cousine, le phacochère du désert, plus petit et adapté aux zones arides de la Corne de l’Afrique, s’est éteinte en Afrique du Sud dès le début du XXe siècle, un rappel que la robustesse apparente du genre ne protège pas toutes ses populations locales.
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