Rhinocéros blanc et rhinocéros noir : lèvres, taille et habitat

Sommaire6 sections
  1. 01La lèvre, le seul critère qui ne trompe jamais
  2. 02Un nom qui n’a jamais parlé de couleur
  3. 03Deux gabarits, deux modes de vie
  4. 04Deux statuts UICN, un monde d’écart
  5. 05Les deux dernières femelles du rhinocéros blanc du Nord
  6. 06Une menace commune : la corne

Le rhinocéros blanc et le rhinocéros noir sont à peu près de la même couleur, un gris qui dépend surtout de la boue dans laquelle ils se vautrent. Ce qui les sépare vraiment se trouve à l’avant de la bouche : une lèvre carrée chez l’un, une lèvre pointue et préhensile chez l’autre. C’est ce détail, plus que la taille ou la couleur, qui permet de les distinguer à coup sûr sur le terrain, et qui explique deux régimes alimentaires, deux comportements et deux statuts de conservation radicalement différents.

La lèvre, le seul critère qui ne trompe jamais

Le rhinocéros blanc, Ceratotherium simum, a une lèvre supérieure large et plate, taillée pour brouter l’herbe rase en la coupant net au ras du sol. Le rhinocéros noir, Diceros bicornis, a une lèvre supérieure pointue et mobile, capable de s’enrouler autour d’une branche ou d’une feuille pour l’arracher. Un animal qui broute la tête baissée dans une prairie est presque toujours un blanc ; un animal qui tire des feuilles d’acacia la tête haute est presque toujours un noir. La taille et le poids varient trop selon l’âge et l’individu pour servir de repère fiable, mais la forme de la lèvre ne trompe pas.

Un nom qui n’a jamais parlé de couleur

Contrairement à ce que le nom laisse penser, le rhinocéros blanc ne doit pas son nom à sa couleur, qui est identique à celle du rhinocéros noir. L’explication la plus solide fait remonter le mot à l’afrikaans « wyd », qui signifie large et décrivait la largeur de sa bouche. Les colons anglophones auraient mal entendu ce mot comme « white », blanc, et il aurait fallu ensuite trouver un nom pour l’autre espèce : ce sera « black », noir, par simple opposition, sans lien avec sa pigmentation réelle.

Deux gabarits, deux modes de vie

Le rhinocéros blanc est le plus grand des deux : les mâles atteignent 1,80 mètre au garrot pour un poids pouvant dépasser 2 300 kilogrammes. Il vit en groupes appelés crashes, réunissant des femelles et leurs petits, pendant que les mâles adultes défendent des territoires individuels. Le rhinocéros noir est nettement plus petit, entre 1,40 et 1,60 mètre au garrot pour un poids allant jusqu’à 1 400 kilogrammes, et vit de façon largement solitaire, y compris pour les femelles adultes, qui ne tolèrent la compagnie que de leur dernier petit.

Deux statuts UICN, un monde d’écart

Le rhinocéros blanc du Sud, seule sous-espèce encore viable, est classé quasi menacé par l’UICN, avec une population estimée à environ 16 000 individus. Ce chiffre est en recul depuis le pic d’environ 20 000 têtes atteint vers 2012, sous l’effet d’une reprise du braconnage en Afrique du Sud, où vit la grande majorité de l’espèce. Le rhinocéros noir, lui, reste classé en danger critique d’extinction, le niveau le plus élevé avant la disparition. Sa population est remontée à un peu plus de 6 000 individus, mais elle reste très loin des cent mille rhinocéros noirs estimés au début du vingtième siècle, avant que le braconnage ne la fasse chuter jusqu’à un seuil critique de 2 410 individus en 1995.

Les deux dernières femelles du rhinocéros blanc du Nord

Le rhinocéros blanc du Nord, une sous-espèce distincte, est désormais éteint à l’état sauvage. Il n’en reste que deux individus vivants, Najin et Fatu, une mère et sa fille, gardées jour et nuit dans la réserve d’Ol Pejeta au Kenya depuis leur transfert en 2009. Aucun mâle de cette sous-espèce n’est plus vivant depuis la mort de Sudan en mars 2018, et les deux femelles restantes ne peuvent plus porter de grossesse pour des raisons de santé liées à leur âge. Des équipes de chercheurs tentent de sauver la lignée par fécondation in vitro, avec des embryons conservés et une mère porteuse de la sous-espèce sud, mais aucune naissance n’a encore abouti.

Une menace commune : la corne

Malgré leurs différences, les deux espèces partagent la même cause de déclin : le braconnage pour la corne, revendue sur des marchés asiatiques où elle est réputée à tort posséder des vertus médicinales, alors qu’elle est faite de la même kératine que les ongles humains. La perte d’habitat, liée à l’expansion agricole, aggrave la pression sur des populations déjà réduites à des réserves protégées et surveillées. Les deux espèces ne se confondent jamais sur le terrain, mais elles se retrouvent exposées à la même menace, à des degrés de gravité très différents selon le statut de chacune.

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