Cour d’appel de Douai : le sort d’un sanglier recueilli en forêt

Sommaire7 sections
  1. 01Un marcassin séparé de sa mère
  2. 02Deux mois dans une famille
  3. 03Une saisie en novembre 2023
  4. 04Un test de santé contesté
  5. 05Relâcher, euthanasier ou placer
  6. 06Un soutien venu des réseaux sociaux
  7. 07Ce que prévoit la loi en pareil cas

Le 28 juin 2024, la cour d’appel de Douai devait se prononcer sur le sort d’un jeune sanglier recueilli huit mois plus tôt par une famille de Boiry-Becquerelle, près d’Arras. L’animal, surnommé Toto, avait été saisi par les autorités en novembre 2023, la détention d’un sanglier né sauvage nécessitant une autorisation que la famille n’avait pas. Voici ce que rapportent les personnes concernées, sans qu’aucune décision de justice n’établisse à ce stade une faute.

Un marcassin séparé de sa mère

Selon le récit d’Arnaud Bienvenu, le père de famille, tout commence en octobre 2023 lors d’une balade en forêt. Son fils entend le vacarme de chiens de chasse lancés sur des sangliers et découvre un marcassin blessé, attaqué par la meute. « Mon fils était en forêt quand il a entendu le brouhaha des chiens et des sangliers. Il a couru pour sauver le marcassin de la gueule des chiens et l’a ramené à la maison pour le soigner », raconte-t-il. Le petit, encore rayé, correspond à l’âge où le sanglier porte cette livrée caractéristique, avant six mois environ.

Deux mois dans une famille

Pendant près de deux mois, selon Arnaud Bienvenu, l’animal partage le quotidien du foyer. « Les enfants lui ont donné le biberon avant de partir à l’école, le soir on se levait pour lui donner à manger. On avait prévu de le relâcher en forêt en lui inculquant quelques valeurs sauvages », explique-t-il. La famille dit avoir voulu, dans un premier temps, préparer un retour à la vie sauvage plutôt que garder l’animal durablement.

Une saisie en novembre 2023

En novembre 2023, lors d’une perquisition, les autorités saisissent Toto. La réglementation française encadre strictement la détention d’animaux non domestiques, y compris ceux qui, comme le sanglier, ne sont pas des espèces protégées : la garde d’un individu né sauvage suppose en principe un certificat de capacité, que la famille ne détenait pas. Arnaud Bienvenu conteste la façon dont la situation a été traitée : « On a juste voulu sauver un animal mais on n’aurait pas dû puisqu’aujourd’hui on reçoit des convocations au parquet, on est traités comme des délinquants », déplore-t-il.

Un test de santé contesté

D’après la substitut du procureur d’Arras, l’animal avait été testé positif à une maladie, ce qui avait motivé une réquisition d’euthanasie de la part du parquet. Un second test aurait ensuite été négatif, ce qui a remis en question cette demande. Aucune de ces informations n’a été confirmée par une autorité sanitaire indépendante à ce stade des échanges rapportés, ce qui laisse la question ouverte au moment de l’audience.

Relâcher, euthanasier ou placer

Un retour de Toto à la vie sauvage est écarté par les parties, l’animal ayant vécu huit mois en captivité et perdu une partie de sa méfiance naturelle envers l’humain, un facteur de risque documenté chez les sangliers habitués au contact. Trois parcs spécialisés dans l’élevage ou la reproduction du sanglier se seraient proposés pour l’accueillir, une option défendue par l’avocat de la famille, maître Camus, qui représentait l’animal devant la cour à titre gracieux.

Un soutien venu des réseaux sociaux

Selon la famille, Arnaud Bienvenu a reçu de nombreux messages de soutien de particuliers et d’associations de protection animale après la médiatisation de l’affaire. Ce relais n’a toutefois pas de valeur juridique et ne préjuge en rien de la décision que devait rendre la cour d’appel, saisie d’un dossier où s’opposent une réquisition d’euthanasie initiale et une demande de placement en parc spécialisé.

Ce que prévoit la loi en pareil cas

Quand un animal sauvage est saisi faute d’autorisation, la réglementation prévoit en général plusieurs issues possibles avant d’envisager l’euthanasie : le placement dans un centre de sauvegarde agréé, le transfert vers un établissement détenteur d’un certificat de capacité pour l’espèce concernée, ou, plus rarement, une remise en liberté quand l’animal a conservé un comportement suffisamment sauvage. C’est ce deuxième scénario, via un parc spécialisé, que défendait la famille Bienvenu et son avocat devant la cour d’appel de Douai.

Reste la question de fond que ce dossier met en lumière : que faire d’un animal sauvage recueilli par des particuliers bien intentionnés, une fois qu’il a grandi au contact des humains. Les centres de sauvegarde de la faune sauvage existent précisément pour prendre le relais dans ces situations, avec un encadrement sanitaire et juridique que ne peut offrir un foyer, aussi attentionné soit-il.

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