Étude KORA : 83 % des proies des loups en Suisse sont sauvages
Sommaire8 sections
- 01Cinq ans de crottes analysées à la loupe
- 02Cerfs, chamois et chevreuils, dans cet ordre
- 03Des animaux de rente ciblés surtout en été
- 04Une méthode contestée par les éleveurs
- 05Le sanglier, un problème que le loup ne résout pas
- 06Une régulation désormais encadrée par la loi
- 07Une population de loups toujours en expansion
- 08Un débat loin d’être clos
Le loup suisse mange d’abord ce que la forêt lui offre, pas ce que l’éleveur redoute. Une étude nationale portant sur cinq ans d’échantillonnage établit que 83 % de ses proies sont des animaux sauvages, cerfs et chamois en tête. Les 17 % restants, concentrés sur les moutons, suffisent pourtant à alimenter un débat qui ne faiblit pas.
Cinq ans de crottes analysées à la loupe
L’étude a été conduite par la fondation KORA (Écologie des carnivores et gestion de la faune sauvage), en collaboration avec le Laboratoire de biologie de la conservation (LBC) de l’Université de Lausanne. Entre 2017 et 2022, les chercheurs ont collecté 445 échantillons fécaux de loups sur le territoire suisse, dont 347 se sont révélés exploitables, pour un total de 459 restes alimentaires identifiés. C’est l’un des jeux de données les plus complets jamais réunis sur le régime du loup en Europe alpine.
Cerfs, chamois et chevreuils, dans cet ordre
Le cerf arrive largement en tête avec 35,7 % des proies identifiées, devant le chamois à 20,3 % et le chevreuil à 17,6 %. Le sanglier, pourtant abondant et souvent cité comme proie de choix du loup dans le sud et l’est de l’Europe, reste marginal dans les échantillons suisses. Cette hiérarchie reflète surtout la disponibilité relative des ongulés dans les massifs alpins où vivent la majorité des meutes suisses.
Des animaux de rente ciblés surtout en été
Les animaux de rente forment 17 % des proies, avec le mouton en tête à 11,3 %, suivi des bovins à 3,1 % et des chèvres à 2,6 %. La consommation de moutons varie fortement selon la saison : elle passe de 8,7 % en hiver, quand les troupeaux sont rentrés en plaine, à 14,6 % en été, période de l’estive où les bêtes pâturent en altitude, souvent sans protection permanente.
Une méthode contestée par les éleveurs
L’Association suisse pour la protection des territoires contre les grands prédateurs conteste la portée de ces chiffres. Son argument porte sur la méthode elle-même : l’analyse des restes alimentaires ne mesure que ce que le loup consomme, pas ce qu’il tue. Lors d’une attaque sur un troupeau, plusieurs moutons peuvent mourir sans être mangés, ce qui, selon l’association, sous-estime l’impact réel de la prédation sur l’élevage.
Le sanglier, un problème que le loup ne résout pas
La faible part de sangliers dans le régime du loup suisse contredit l’espoir, parfois avancé, que le grand prédateur puisse réguler seul cette espèce en expansion. Les dégâts agricoles causés par les sangliers continuent d’augmenter malgré des dépenses de protection des cultures qui se chiffrent en millions de francs chaque année. Le loup chasse ce qui est le plus accessible dans son territoire, pas nécessairement ce qui pose le plus de problèmes aux agriculteurs.
Une régulation désormais encadrée par la loi
Face à la progression de l’espèce, la Suisse a durci son cadre légal. Une mesure de régulation anticipée est en vigueur depuis décembre 2023, formalisée depuis février 2025 par la loi révisée sur la chasse. Entre septembre et janvier, les cantons peuvent désormais abattre de jeunes loups d’une meute dès lors qu’un risque pour les animaux de rente est établi et que des mesures de protection des troupeaux ont déjà été mises en place. L’Office fédéral de l’environnement valide chaque demande cantonale avant tout tir.
Une population de loups toujours en expansion
Début 2024, la Suisse comptait 35 meutes, dont 13 en Valais et 22 réparties entre les Grisons, le Tessin et le Glaris. Cette présence résulte d’une recolonisation naturelle amorcée en 1995, après une éradication totale de l’espèce à la fin du dix-neuvième siècle. La progression s’est poursuivie depuis : les autorités suisses recensaient 43 meutes fin 2025, malgré l’abattage de plus de 77 animaux dans l’année au titre de la régulation.
Un débat loin d’être clos
Cette étude donne enfin des chiffres solides là où le débat reposait surtout sur des impressions. Elle ne tranche pas pour autant la question de la cohabitation entre grands prédateurs et élevage de montagne, qui reste une question politique autant que scientifique. Les données confirment un régime largement dominé par la faune sauvage, sans effacer le coût réel des attaques, minoritaires mais concentrées sur les troupeaux d’estive.
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