Le morse : défenses, vie sociale et colonies de l’Arctique
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Le morse porte ses canines toute sa vie, mâle comme femelle, et elles ne servent pas qu’à impressionner. Odobenus rosmarus vit en colonies denses sur les rivages arctiques, où la hiérarchie se joue au centimètre de défense près. Voici ce qui distingue vraiment cet animal des autres pinnipèdes.
Des défenses pour se hisser, combattre et dominer
Le nom scientifique du morse, Odobenus rosmarus, signifie à peu près « celui qui marche avec les dents », une allusion directe à sa manière de se hisser hors de l’eau en plantant ses défenses dans la glace ou la roche. Ces canines poussent toute la vie de l’animal et peuvent dépasser 80 centimètres chez les mâles adultes, pour un poids de plusieurs kilos la paire. Elles servent aussi d’armes lors des affrontements entre mâles, qui se disputent une place au centre de la colonie et l’accès aux femelles.
Un mâle du Pacifique peut mesurer de 2,70 à 3,60 mètres pour un poids proche de deux tonnes, la femelle restant plus petite, autour de deux tiers de ce poids. Les sous-espèces de l’Atlantique sont légèrement plus modestes. Dans les deux cas, la peau épaisse et le lard isolant permettent à l’animal de rester des heures dans une eau proche de zéro degré.
Des colonies qui comptent parfois des milliers d’individus
Le morse est un animal grégaire qui se rassemble en colonies pouvant réunir plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’individus sur les mêmes plages ou blocs de glace. Cette proximité extrême a un coût : les jeunes, plus fragiles, risquent d’être écrasés par le poids des adultes lors des mouvements de foule. La hiérarchie se lit à la taille des défenses et à la robustesse du mâle, qui occupe le centre du groupe et repousse les rivaux vers la périphérie.
Entre deux phases de pêche, les morses passent une bonne partie de la journée à se reposer sur la terre ferme ou sur la banquise, entassés les uns contre les autres. Cette alternance pêche et repos rythme toute leur existence, à l’exception des périodes de migration.
Un régime de mollusques cueillis au toucher
Le morse se nourrit à plus de 60 % de mollusques bivalves : palourdes, moules et coques, qu’il localise sur les fonds marins grâce à ses vibrisses, extrêmement sensibles au toucher. Une fois la coquille repérée dans le sédiment, il projette un jet d’eau puissant par la bouche pour la dégager, puis aspire la chair par simple succion, sans avaler la coquille. Un adulte peut ainsi ingérer plusieurs milliers de mollusques en une seule séance de nourrissage.
Des plongées courtes, une migration longue
Les morses restent surtout près des côtes, à des profondeurs de l’ordre de 80 mètres, là où se trouvent les bancs de mollusques. Une plongée dure en moyenne une dizaine de minutes, mais certains individus ont été enregistrés à plus de 100 mètres de profondeur pour des apnées prolongées, jusqu’à environ trente minutes dans les cas extrêmes. Les femelles et les jeunes adultes se déplacent beaucoup plus que les mâles, souvent sédentaires : certaines populations du Pacifique parcourent plus de 3 000 kilomètres par an au fil de l’avancée et du recul de la banquise.
Face aux orques et aux ours polaires, la solidarité
Les orques et les ours polaires restent les deux principaux prédateurs du morse adulte, mais les attaques réussies demeurent rares : un morse adulte, protégé par sa masse et ses défenses, est un adversaire coûteux. La colonie organise sa propre défense, avec des sentinelles qui surveillent les abords et sifflent au moindre danger, précipitant tout le groupe vers l’eau. Un individu attaqué peut aussi compter sur l’intervention de ses congénères, un comportement de solidarité assez rare chez les grands mammifères marins.
Le veau, choyé mais menacé par la foule
Le petit du morse, appelé veau, naît sur la banquise ou sur une plage et reste sous la protection étroite de sa mère et du reste de la colonie pendant ses premières années. Il apprend à nager très tôt, souvent porté sur le dos de sa mère lors des premiers déplacements en mer. Le principal danger qui le guette ne vient pas des prédateurs mais de la colonie elle-même, dans les mouvements de foule où sa petite taille le rend vulnérable.
L’espèce est classée vulnérable par l’UICN depuis 2016. Sa répartition circumpolaire, entre les eaux du Pacifique, de l’Atlantique et de la mer des Laptev, dépend directement de l’étendue de la banquise, une ressource que le réchauffement climatique réduit d’année en année.
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