Le manchot empereur : colonies, reproduction et vie en groupe

découvrez tout sur le manchot empereur : sa description, son comportement, et les particularités de cette fascinante espèce.
Sommaire6 sections
  1. 01Des colonies pour survivre au froid
  2. 02Se reconnaître à la voix dans une foule de milliers d’individus
  3. 03Marcher, glisser, et parcourir jusqu’à 120 kilomètres
  4. 04Le jeûne du mâle, cent quinze jours sans manger
  5. 05Un plongeur capable de descendre à plus de 500 mètres
  6. 06Des prédateurs différents selon l’âge

Un manchot empereur mâle peut jeûner pendant cent quinze jours d’affilée, en plein hiver antarctique, sans perdre l’œuf qu’il couve entre ses pattes. Aptenodytes forsteri est le plus grand des manchots et le seul oiseau à se reproduire au cœur de l’hiver austral. Sa vie en colonie tient tout entière à cette contrainte.

Des colonies pour survivre au froid

Le manchot empereur mesure jusqu’à 1,22 mètre et pèse entre 20 et 40 kilos selon la saison, les mâles avoisinant en moyenne 38 kilos avant la période de reproduction et les femelles 29 kilos. Il vit en colonies qui peuvent réunir plusieurs milliers d’individus, réparties en 44 sites connus autour du continent antarctique, pour une population totale estimée à environ 595 000 adultes.

groupe de manchots empereurs serrés les uns contre les autres sur la banquise antarctique

Pour résister à des températures qui descendent sous les moins soixante degrés avec le vent, les oiseaux se regroupent en une masse compacte où chacun tourne à son tour vers le centre, plus chaud, avant de revenir en périphérie. Ce roulement collectif, parfois comparé à une tortue romaine, économise une énergie que le jeûne rend précieuse. L’isolation vient aussi du plumage lui-même, quatre fois plus dense que celui d’un oiseau volant de taille comparable, doublé d’une épaisse couche de graisse sous-cutanée qui peut représenter le tiers du poids de l’animal avant l’hiver.

Se reconnaître à la voix dans une foule de milliers d’individus

Retrouver son partenaire ou son poussin au milieu de plusieurs milliers d’oiseaux identiques suppose une communication précise. Les manchots empereurs y parviennent grâce à des cris modulés en fréquence, propres à chaque individu, qu’ils mémorisent et reconnaissent malgré le bruit ambiant de la colonie. Ce chant individuel joue un rôle décisif au retour de la femelle, après des semaines passées en mer.

Marcher, glisser, et parcourir jusqu’à 120 kilomètres

Incapable de voler, ailes courtes et rigides obligent, le manchot empereur se déplace au sol en marchant à petits pas ou en se laissant glisser sur le ventre, poussé par ses pattes. Cette seconde méthode, plus rapide et moins coûteuse en énergie sur la glace, lui permet de couvrir de longues distances sans s’épuiser.

Chaque année, la colonie entière quitte la banquise côtière pour rejoindre un site de ponte abrité des vents, parfois entre 50 et 120 kilomètres à l’intérieur des terres. Cette marche collective, répétée sur plusieurs générations, ancre la colonie au même site d’une année sur l’autre.

Le jeûne du mâle, cent quinze jours sans manger

Une fois l’œuf pondu, la femelle le transfère au mâle et repart aussitôt vers la mer se nourrir, laissant son partenaire assurer seul l’incubation. Le mâle couve l’œuf posé sur ses pattes, sous un repli de peau, pendant que la femelle peut rester absente jusqu’à deux mois. Sur l’ensemble du cycle, de son arrivée sur le site jusqu’à l’éclosion, le mâle jeûne environ cent quinze jours et perd entre 30 et 45 % de sa masse corporelle, soit 10 à 15 kilos.

Au retour de la femelle, les rôles s’inversent : elle prend le relais auprès du poussin pendant que le mâle, très affaibli, part enfin se nourrir en mer. Le poussin reste ensuite couvé et nourri par régurgitation jusqu’à ce qu’il rejoigne une crèche de jeunes, une garderie collective qui laisse les deux parents partir pêcher en même temps une fois le petit assez grand pour résister au froid.

Un plongeur capable de descendre à plus de 500 mètres

En mer, le manchot empereur nage en croisière entre 5 et 10 km/h, avec des pointes pouvant atteindre 30 km/h sur de courtes distances. Sa technique de chasse consiste à plonger en profondeur puis à surprendre ses proies, poissons, calmars et krill, lors de la remontée. La plongée la plus profonde jamais enregistrée dépasse 500 mètres, pour une apnée record d’environ dix-huit minutes, des performances qui dépassent largement celles de tous les autres oiseaux plongeurs. Son menu se compose surtout de poissons des glaces, de calmars et de krill, une variété qui lui permet de s’adapter selon la saison et la zone de chasse.

Des prédateurs différents selon l’âge

Les œufs et les jeunes poussins doivent surtout se méfier des oiseaux marins : le pétrel géant, responsable à lui seul d’une part importante de la mortalité des poussins, et le labbe de McCormick, qui profite de la moindre inattention des adultes. En mer, ce sont l’orque et le léopard de mer qui représentent le danger principal, capables de s’attaquer aussi bien aux jeunes qu’aux adultes.

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