Animaux de tournage en France : ce que révèle une enquête de 2024
Sommaire7 sections
- 01Une enquête menée entre l’automne 2023 et l’hiver 2024
- 02Deux tiers des tournages respectent le bien-être animal, un tiers non
- 03Des animaux tranquillisés pour tourner
- 04Un vide juridique que la loi de 2021 ne comble pas
- 05Ce que les vétérinaires recommandent
- 06Tous les animaux ne sont pas exposés de la même façon
- 07Ce qui reste à changer
Une étude vétérinaire menée entre octobre 2023 et février 2024 dresse un état des lieux inédit des conditions de tournage avec des animaux en France. Sur 506 animaux suivis, un tiers a été exposé à des pratiques que les auteurs qualifient d’inquiétantes. Le vide juridique qui entoure les tournages, contrairement aux cirques, n’y est pas pour rien.
Une enquête menée entre l’automne 2023 et l’hiver 2024
L’étude « Questionnaire 2024 : conditions de tournage avec des animaux en France » a interrogé 56 professionnels ayant travaillé avec 506 animaux, des chiens aux serpents en passant par les chevaux et les oiseaux. Certains d’entre eux, comme Messi, le chien vedette d’Anatomie d’une chute, deviennent des vedettes à part entière. D’autres, beaucoup moins visibles, subissent des conditions de tournage éloignées de ce que recommandent les vétérinaires.
Deux tiers des tournages respectent le bien-être animal, un tiers non
Selon les résultats, deux tiers des tournages recensés respectent les conditions de bien-être animal attendues. Le tiers restant révèle des pratiques qui posent question : enfermement prolongé, absence de pauses, manipulations répétées sans repos suffisant. Après le tournage, environ 5 % des animaux étudiés étaient en mauvaise santé, un chiffre que les auteurs de l’étude jugent trop élevé pour un secteur qui dispose des moyens de faire mieux.
Des animaux tranquillisés pour tourner
Certains animaux subissent des traitements chimiques, le plus souvent utilisés pour les tranquilliser avant une scène jugée délicate. Contraints de tourner sous cette contrainte, ils peuvent rester en état de stress durable une fois le clap de fin donné, ce qui affecte leur comportement bien après le tournage. Les vétérinaires signataires de l’étude rappellent qu’un animal sédaté reste un animal sous contrainte, même si la scène finale ne le laisse pas deviner.
Un vide juridique que la loi de 2021 ne comble pas
En France, la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale prévoit d’interdire, d’ici 2028, la détention et le spectacle d’animaux sauvages dans les cirques itinérants. Elle ne couvre pas les tournages de films et de séries, qui restent régis par des règles bien plus générales sur la protection animale. Ce vide juridique laisse une marge d’appréciation large aux productions, sans obligation de déclarer les conditions dans lesquelles un animal a été utilisé.
Ce que les vétérinaires recommandent
Les auteurs de l’étude, tous vétérinaires, avancent plusieurs pistes concrètes pour améliorer la situation :
- recourir davantage aux effets spéciaux et aux animatroniques pour réduire l’usage d’animaux vivants ;
- encadrer et inspecter plus régulièrement les conditions de vie des animaux utilisés sur un tournage ;
- former les équipes de production aux bonnes pratiques et aux besoins propres à chaque espèce.
En 2022, une table ronde organisée par l’Association des Assistants Réalisateurs et Associés (ARA) avait déjà mis en lumière ces difficultés. Elle a débouché sur la publication d’un « kit de survie » destiné aux équipes de tournage travaillant avec des animaux domestiques, pensé pour anticiper les besoins de l’animal avant le premier jour de tournage plutôt que de les découvrir sur le plateau.
Tous les animaux ne sont pas exposés de la même façon
Des professionnels interrogés décrivent des animaux enfermés dans des cages ou des enclos manifestement trop petits pour leur taille ou leur espèce. Ces situations ne relèvent pas toujours de la maltraitance au sens légal, ce qui complique leur signalement, mais elles s’accumulent dans les témoignages recueillis par l’étude et dessinent un problème récurrent plutôt qu’un incident isolé. L’étude distingue d’ailleurs nettement les situations selon les espèces : les chevaux et les chiens, souvent dressés spécifiquement pour le cinéma et accompagnés d’un professionnel dédié sur le tournage, bénéficient généralement d’un meilleur suivi que les reptiles ou les insectes, utilisés ponctuellement et parfois loués pour une seule journée sans personnel spécialisé sur place.
Ce qui reste à changer
Le chemin est encore long pour que les animaux sur les plateaux de tournage bénéficient d’un encadrement à la hauteur des enjeux. Les effets spéciaux progressent, les recommandations existent déjà, mais leur application reste volontaire tant qu’aucun texte ne les rend obligatoires. C’est ce dernier point que les vétérinaires signataires de l’étude espèrent voir évoluer dans les prochaines années.
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