Le tigre : morphologie, stratégies de chasse et vie solitaire
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Le tigre du Bengale chasse dans les forêts humides de l’Inde tandis que son cousin de Sibérie évolue dans la taïga par moins trente degrés, deux visages d’une même espèce, Panthera tigris, le plus grand félin vivant. Son poids et sa taille varient presque du simple au double selon le climat où il vit, une variation que résume mal le terme générique de sous-espèces sous lequel on regroupe ces populations. Trois sous-espèces ont disparu au XXe siècle et il ne reste aujourd’hui qu’environ 4 500 tigres sauvages, contre plus de 100 000 au début du siècle dernier.
Une espèce, six sous-espèces vivantes
Le tigre se divise en six sous-espèces encore présentes dans la nature : le tigre du Bengale en Inde et au Bangladesh, le tigre de Sibérie ou de l’Amour en Extrême-Orient russe, le tigre de Sumatra, le tigre de Malaisie, le tigre d’Indochine et le tigre de Chine méridionale, dont il ne subsiste plus d’individus confirmés à l’état sauvage. Trois autres sous-espèces se sont éteintes au XXe siècle : le tigre de la Caspienne, le tigre de Java et le tigre de Bali. Cette diversité explique pourquoi deux tigres peuvent avoir une taille aussi différente qu’un lion et un léopard, un tigre de Sumatra pesant deux fois moins qu’un tigre de Sibérie.
Des rayures uniques, un corps qui varie du simple au double
Le pelage du tigre va du jaune clair à l’orange soutenu, marqué de rayures noires verticales dont le motif est propre à chaque individu, un peu comme une empreinte digitale : ces rayures se retrouvent même sur la peau, sous le poil ras. Un grand mâle du Bengale ou de Sibérie mesure de 2,7 à 3,3 mètres de la truffe à l’extrémité de la queue et pèse entre 180 et 310 kilogrammes, tandis qu’un mâle de Sumatra, la plus petite sous-espèce, dépasse rarement 140 kilogrammes. Les femelles sont partout plus légères, entre 65 et 170 kilogrammes selon la sous-espèce. Ses griffes rétractiles, longues de 8 à 10 centimètres, restent gainées lorsqu’il marche, ce qui préserve leur tranchant pour la chasse.
Un chasseur solitaire qui rate neuf attaques sur dix
Contrairement au lion, le tigre chasse seul, en s’approchant de sa proie par surprise grâce à son camouflage plutôt qu’en la poursuivant longtemps. Il peut bondir sur 4 à 5 mètres sans élan et couvrir jusqu’à 10 mètres avec élan, avec des pointes de vitesse proches de 50 kilomètres par heure sur une très courte distance. Ce mode de chasse a un coût, la plupart des tentatives échouent, et un tigre ne réussit en moyenne qu’une attaque sur dix. Il compense par la taille de ses proies, cerfs, sangliers ou parfois jeunes éléphants et rhinocéros pour les plus grands mâles de Sibérie.
Un territoire marqué, pas un royaume partagé
Le tigre vit seul en dehors de la reproduction et de l’élevage des jeunes, sur un territoire qui va de 20 kilomètres carrés dans les forêts denses d’Asie du Sud-Est à plus de 1000 kilomètres carrés dans le froid et pauvre en proies de la taïga sibérienne. Il marque ses limites par des jets d’urine, des griffures sur les troncs et des dépôts de fèces, et signale sa présence par un rugissement qui porte jusqu’à trois kilomètres. Les femelles élèvent seules deux à quatre petits, qui restent avec elle environ deux ans avant de partir chercher leur propre territoire.
Le tigre n’est pas le lion
L’expression « roi de la jungle » désigne traditionnellement le lion, alors que c’est le tigre, et non le lion, qui vit réellement en forêt dense ou en jungle, le lion chassant lui dans la savane africaine, en groupe, et portant une crinière que le tigre n’a jamais. On distingue les deux au premier regard grâce au pelage, rayé chez le tigre, uni chez le lion, et à leur mode de vie, le lion vivant en troupe appelée harde ou fierté, le tigre restant solitaire toute sa vie adulte. Les deux espèces ne se croisent d’ailleurs jamais dans la nature, leurs aires de répartition actuelles ne se recoupant pas.
Une espèce en danger, inégalement selon les régions
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le tigre en danger, avec une population sauvage estimée à environ 4 500 individus répartis sur treize pays d’Asie. Les principales menaces restent le braconnage pour les os et la peau, la fragmentation de la forêt et la disparition de ses proies naturelles. L’Inde, le Bangladesh, le Népal et le Bhoutan ont toutefois enregistré une hausse de leurs populations depuis 2010, grâce à des réserves mieux protégées, tandis que la sous-espèce de Chine méridionale ne survit plus qu’en captivité.
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