L’otarie de Kerguelen : dimorphisme sexuel et vie dans les mers australes
Sommaire8 sections
- 01Une otarie, pas un phoque
- 02Un mâle peut peser quatre fois plus qu’une femelle
- 03Une fourrure dense comme isolant
- 04Des colonies bruyantes sur les plages de galets
- 05Poissons et calmars, capturés en plongée
- 06Onze mois de gestation, implantation retardée
- 07D’une poignée de survivants à plusieurs millions d’individus
- 08Une espèce suivie par les missions scientifiques françaises
L’otarie de Kerguelen porte le nom de l’archipel subantarctique où elle a failli disparaître. Chassée pour sa fourrure jusqu’au bord de l’extinction au XIXe siècle, l’espèce ne s’y est réinstallée durablement qu’à partir des années 1950. Son nom scientifique, Arctocephalus gazella, la rattache aux otariidés, la famille des otaries à fourrure et des lions de mer.
Une otarie, pas un phoque
Ce qui distingue une otarie d’un phoque se voit avant de se lire : de petites oreilles externes, absentes chez les phoques, et des nageoires postérieures capables de pivoter vers l’avant. Cette rotation permet à l’otarie de Kerguelen de se redresser sur ses quatre membres et de se déplacer sur terre presque comme un pinnipède marcheur, là où un phoque doit se traîner sur le ventre. Ses nageoires antérieures, longues et larges, lui donnent en mer une agilité que les phoques n’ont pas.
Un mâle peut peser quatre fois plus qu’une femelle
Le dimorphisme sexuel est marqué chez cette espèce. Les mâles mesurent entre 1,60 et 2 mètres pour un poids de 90 à 200 kilogrammes, tandis que les femelles, nettement plus petites, atteignent 1,20 à 1,50 mètre pour 25 à 60 kilogrammes. Cet écart de gabarit reflète le système de reproduction de l’espèce : un mâle défend une plage de galets et le harem de femelles qui s’y installe, ce qui favorise au fil des générations les individus les plus imposants.
Une fourrure dense comme isolant
La fourrure varie du brun au gris, plus claire sur le ventre. Elle doit son efficacité à sa densité, environ 40 000 poils par centimètre carré, l’une des plus fortes du règne animal. Cette épaisseur emprisonne une couche d’air qui isole la peau du froid et de l’humidité, un système bien plus efficace que la seule graisse chez un animal qui alterne bains glacés et exposition au vent. Des individus à la fourrure blanche ou blonde existent, mais restent rares : environ un cas sur mille.
Des colonies bruyantes sur les plages de galets
L’espèce est grégaire, surtout durant la saison de reproduction, quand plusieurs centaines d’individus, parfois davantage, se rassemblent sur les mêmes plages. La communication y tient une place centrale : les otaries échangent par des cris aigus qui servent à signaler un intrus, défendre un territoire de quelques mètres carrés ou retrouver un petit au milieu du vacarme d’une colonie.
Poissons et calmars, capturés en plongée
Le régime alimentaire repose principalement sur les poissons et les calmars, avec une part occasionnelle de crustacés. La chasse se fait en plongée, à des profondeurs qui peuvent dépasser cent mètres, l’otarie repérant ses proies à la vue dans les eaux encore relativement claires des mers australes.
Onze mois de gestation, implantation retardée
La gestation dure environ onze mois, mais ce chiffre inclut une implantation différée : l’œuf fécondé reste en dormance plusieurs semaines avant de se fixer dans l’utérus, un mécanisme que l’on retrouve chez plusieurs pinnipèdes et qui permet de synchroniser la mise bas avec la saison la plus favorable, indépendamment du moment exact de l’accouplement.
D’une poignée de survivants à plusieurs millions d’individus
L’espèce a été chassée si intensément pour sa fourrure au XIXe siècle qu’il n’en restait, selon les estimations des naturalistes de l’époque, que quelques centaines d’individus au début du XXe siècle. La protection mise en place ensuite a permis un rétablissement spectaculaire : la population mondiale dépasse aujourd’hui plusieurs millions d’individus, l’écrasante majorité concentrée sur l’île de Géorgie du Sud, avec des colonies plus modestes à Kerguelen et sur d’autres îles subantarctiques. L’Union internationale pour la conservation de la nature la classe en préoccupation mineure.
Une espèce suivie par les missions scientifiques françaises
Kerguelen et Crozet, où vit également l’espèce, font partie des Terres australes et antarctiques françaises, un territoire où des missions de l’Institut polaire français et du CNRS suivent depuis plusieurs décennies l’évolution des colonies d’otaries et de manchots. Ces relevés annuels, portant sur le nombre de naissances, la taille des colonies et le comportement des animaux, servent d’indicateur pour évaluer l’état général de l’écosystème subantarctique, en particulier la disponibilité des ressources marines dont dépendent aussi bien les otaries que les oiseaux marins de la région.
Cette position d’espèce sentinelle donne à l’otarie de Kerguelen un rôle qui dépasse sa seule conservation : une baisse durable du nombre de naissances ou du poids des petits au sevrage alerte les chercheurs sur un possible déséquilibre plus large, par exemple un déplacement des bancs de poissons lié au réchauffement des eaux australes.
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