L’usage d’outils chez les animaux : corbeaux, chimpanzés et autres

découvrez comment certains animaux font preuve d'incroyables compétences en utilisant des outils pour résoudre des problèmes et s'adapter à leur environnement. plongez dans ce fascinant monde animal où l'ingéniosité et la créativité ne cessent de nous surprendre.
Sommaire5 sections
  1. 01Le chimpanzé qui a changé la définition de l’outil
  2. 02Le corbeau calédonien et ses crochets
  3. 03Le capucin et ses pierres à casser les noix
  4. 04La loutre de mer, un outil gardé toute une vie
  5. 05Ce que ces quatre usages ont en commun, et ce qui les distingue

L’idée que seul l’humain fabrique des outils a pris fin en 1960, sur un plateau tanzanien, quand une primatologue de vingt-six ans a vu un chimpanzé effeuiller une brindille pour la plonger dans une termitière. Depuis, la liste des espèces qui manipulent un objet extérieur pour atteindre un but précis n’a cessé de s’allonger, des forêts tropicales aux fonds marins.

Le chimpanzé qui a changé la définition de l’outil

un animal manipulant un bâton ou une pierre pour atteindre de la nourriture, exemple d’usage d’outil.

Le 4 novembre 1960, dans la réserve de Gombe, en Tanzanie, Jane Goodall observe un chimpanzé qu’elle a surnommé David Greybeard retirer les feuilles d’une brindille puis l’introduire dans une termitière pour en retirer les insectes accrochés. L’observation force les scientifiques à revoir la définition même de l’outil, jusque-là réservée à l’espèce humaine. D’une communauté à l’autre, les chimpanzés transmettent des techniques différentes à leurs petits, cassage de noix à la pierre en Afrique de l’Ouest, pêche aux termites en Afrique de l’Est, ce qui traduit une transmission culturelle plutôt qu’un simple réflexe inné. Le primatologue Christophe Boesch étudie depuis la fin des années 1970, dans le parc de Taï en Côte d’Ivoire, des chimpanzés qui frappent des noix de palme avec des marteaux de pierre ou de bois posés sur une racine faisant office d’enclume, une technique que les mères transmettent à leurs petits sur plusieurs années d’observation directe.

Le corbeau calédonien et ses crochets

Le corbeau calédonien (Corvus moneduloides), endémique de Nouvelle-Calédonie, taille des crochets dans des brindilles ou des feuilles de pandanus pour extraire des larves cachées dans les troncs. Le zoologiste Gavin Hunt a décrit ce comportement en 1996 dans la revue Nature, documentant pour la première fois la fabrication d’un outil crocheté chez un animal non primate. Une étude publiée en 2000 par le même chercheur montre que la fabrication suit un procédé en plusieurs étapes bien identifiables, découpe d’une feuille de pandanus le long de sa nervure, puis mise en forme d’un cran à une extrémité, ce qui écarte l’hypothèse d’un geste accidentel répété au hasard. Les jeunes corbeaux mettent près d’un an à maîtriser la technique, en observant leurs parents, un apprentissage long qui rapproche leur cas de la transmission culturelle relevée chez les chimpanzés.

Le capucin et ses pierres à casser les noix

Dans le Parc national de Serra da Capivara, au Brésil, les capucins barbus (Sapajus libidinosus) placent une noix de palmier sur une pierre plate qui sert d’enclume, puis la frappent avec une autre pierre choisie pour son poids. Une équipe dirigée par le chercheur Tiago Falótico a mis au jour, en 2016, des pierres usées enfouies dans le sol qui prouvent que ce comportement existe depuis au moins trois mille ans, ce qui en fait la plus ancienne tradition d’usage d’outils connue en dehors de la lignée humaine sur le continent américain. Les jeunes capucins passent plusieurs années à apprendre à sélectionner la bonne pierre avant de réussir à casser une noix sans se blesser.

La loutre de mer, un outil gardé toute une vie

La loutre de mer choisit une pierre plate qu’elle coince dans un repli de peau sous l’aisselle avant de plonger. Une fois remontée à la surface, allongée sur le dos, elle pose la pierre sur son ventre comme une enclume et y frappe des coquillages ou des oursins jusqu’à les ouvrir. Certains individus conservent la même pierre pendant des années, parfois toute leur vie, ce qui en fait l’un des rares mammifères, avec le chimpanzé, à montrer un attachement durable à un objet précis plutôt qu’à ramasser le premier caillou venu. Des chercheurs ont observé que le recours à la pierre varie selon la population : les loutres qui se nourrissent de proies à coquille très dure, comme certains bivalves, y ont davantage recours que celles qui chassent des proies plus tendres, un signe que l’outil compense une contrainte alimentaire plutôt qu’une simple habitude.

Ce que ces quatre usages ont en commun, et ce qui les distingue

Chez ces quatre espèces, l’outil répond au même problème : accéder à une nourriture protégée par une coquille, une écorce ou un tronc. La sophistication varie pourtant fortement. Le corbeau calédonien et le chimpanzé façonnent l’objet avant de s’en servir, ce qui correspond à la définition stricte de la fabrication d’outil. Le capucin et la loutre de mer, eux, sélectionnent un objet existant sans le transformer, une forme d’usage plus simple mais qui suppose tout de même un jugement sur la taille, le poids ou la forme adaptée à la tâche.

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