La gazelle dorcas : survie dans le Sahara et morphologie
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La gazelle dorcas peut passer des semaines, parfois des mois, sans boire une goutte d’eau libre. Elle tire toute l’humidité dont elle a besoin des plantes qu’elle broute, y compris les plus sèches, une capacité qui en fait la plus adaptable des gazelles sahariennes et qui explique pourquoi elle occupe un territoire bien plus vaste que ses cousines du désert.
La plus petite gazelle du Sahara
La gazelle dorcas (Gazella dorcas) mesure de 53 à 62 centimètres au garrot chez la femelle et de 58 à 67 centimètres chez le mâle, pour un poids qui ne dépasse pas 25 kilogrammes. C’est la plus petite gazelle du Sahara, largement devancée en taille par la plupart de ses cousines d’Afrique de l’Est ou d’Arabie. Son pelage fauve à roux, avec un ventre et des flancs blancs nettement délimités par une bande sombre, et sa queue à pointe noire complètent un camouflage efficace sur le sable et la roche.
Vivre sans boire
Cette capacité à se passer d’eau libre repose sur plusieurs mécanismes combinés : des reins qui concentrent fortement l’urine, des crottes presque sèches au moment de l’émission, et une activité concentrée à l’aube et au crépuscule pour limiter la déperdition d’eau par la chaleur diurne. Elle se nourrit d’herbes, de feuilles d’acacias et de plantes grasses du désert, dont elle extrait l’essentiel de son eau. Cette indépendance vis-à-vis des points d’eau lui permet de coloniser des zones que d’autres herbivores désertent complètement.
Des cornes en lyre, chez les deux sexes
Mâles et femelles portent tous deux des cornes annelées, recourbées en forme de lyre, plus longues et plus robustes chez le mâle. Cette présence de cornes chez la femelle, contrairement à beaucoup d’antilopes où seul le mâle en porte, se retrouve chez la plupart des gazelles vraies et n’a rien d’exceptionnel dans ce groupe, mais elle reste un repère utile pour ne pas confondre une femelle avec un jeune mâle sans cornes d’une autre espèce.
La confondre avec la gazelle leptocère
Dans les zones où leurs aires se chevauchent, on confond parfois la gazelle dorcas avec la gazelle leptocère, une autre habitante du Sahara. Le critère le plus net reste l’habitat : la leptocère est une spécialiste des dunes vives, avec des sabots très élargis qui l’empêchent de s’enfoncer dans le sable meuble, tandis que la dorcas fréquente aussi bien les regs pierreux, les oueds et la steppe semi-aride que les abords des dunes. Sur le plan visuel, la leptocère affiche un pelage nettement plus pâle, presque crème, contre le roux plus soutenu de la dorcas.
Bonds et vitesse
Pour échapper au caracal, au chacal ou à l’aigle royal, la gazelle dorcas compte sur des bonds pouvant atteindre 2 mètres de haut et 6 mètres de long, et sur une vitesse de pointe proche de 80 km/h sur de courtes distances. Ces sauts brusques, exécutés pattes tendues, servent aussi de signal d’alerte entre individus d’un même groupe : un bond répété prévient les autres qu’un danger approche sans qu’un cri ne soit nécessaire.
Vie sociale et reproduction
La taille des groupes varie fortement avec les saisons : de petites familles de trois à cinq individus en période sèche, des rassemblements de plusieurs dizaines après les pluies, quand la végétation redevient abondante. La saison des naissances se concentre en général au printemps, après une gestation d’environ six mois, et la mère isole son faon dans la végétation basse pendant les premières semaines pour le protéger des prédateurs. Ce faon reste immobile de longues heures durant, presque sans odeur détectable, une stratégie de dissimulation partagée avec beaucoup d’autres jeunes gazelles du désert.
Un régime qui suit les pluies
La gazelle dorcas se nourrit d’herbes courtes après les rares pluies sahariennes, puis se rabat sur les feuilles d’acacia, les gousses et les plantes grasses le reste de l’année, quand la végétation herbacée disparaît. Cette flexibilité alimentaire, plus large que celle de gazelles plus spécialisées comme la leptocère, explique en partie pourquoi elle reste l’une des gazelles les plus répandues du Sahara malgré son déclin, présente dans des habitats aussi variés que les oueds broussailleux, les plaines caillouteuses et les abords des palmeraies.
Une espèce vulnérable, en recul lent
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe la gazelle dorcas comme vulnérable, avec une population estimée entre 35 000 et 40 000 individus répartis sur l’ensemble du Sahara, du Maroc à l’Égypte. La chasse, la concurrence avec le bétail domestique aux points d’eau et la fragmentation de son habitat par les pistes et les clôtures expliquent un déclin lent mais continu, moins spectaculaire que celui d’espèces sahariennes plus rares, mais réel. Des programmes de suivi existent au Maroc et en Tunisie, où quelques réserves clôturées protègent les noyaux de population les plus denses contre le braconnage.
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