La gazelle de Cuvier : collines du Maroc et d’Algérie, survie

plongez dans l'univers captivant de la gazelle de cuvier, une espèce rare à travers des détails sur ses caractéristiques distinctives et son comportement fascinant. explorez son habitat, son rôle dans l'écosystème et ce qui la rend si unique dans le règne animal.
Sommaire8 sections
  1. 01Une montagnarde, pas une gazelle des sables
  2. 02Une robe grise et une tache dorsale qui la trahit
  3. 03Le critère qui les sépare
  4. 04Un régime de broussailles et de graminées rares
  5. 05Vie de groupe et rut hivernal
  6. 06Un statut réévalué, une menace qui persiste
  7. 07Des noyaux réintroduits qui tiennent
  8. 08Un pas plus court, une allure différente

Sur les contreforts et les hauts plateaux de l'Atlas, parfois au-delà de 2 000 mètres, la gazelle de Cuvier grimpe là où les autres gazelles du Maghreb s'aventurent rarement. Cette préférence pour le relief, plus que sa robe, la distingue de sa cousine la plus proche et la plus souvent confondue avec elle, la gazelle dorcas. Elle vit ainsi loin du désert plat qu'on imagine généralement pour une gazelle nord-africaine.

Une montagnarde, pas une gazelle des sables

gazelle de Cuvier debout sur un versant rocailleux du Maroc, robe grise et tache blanche sur le dos

Gazella cuvieri appartient à la famille des bovidés, sous-famille des antilopinés. Son nom rend hommage au naturaliste Georges Cuvier. Elle occupe des massifs isolés au Maroc, en Algérie et en Tunisie, souvent au-dessus de 1 000 mètres d'altitude, dans des zones à végétation clairsemée et à hiver marqué. Ce choix d'altitude limite ses échanges avec les autres populations et fragmente son aire en poches distinctes, un facteur aggravant pour sa conservation.

Une robe grise et une tache dorsale qui la trahit

La gazelle de Cuvier mesure entre 95 et 105 centimètres de longueur, pour une hauteur au garrot de 60 à 69 centimètres et un poids de 15 à 35 kilogrammes. Sa robe brun grisâtre, plus terne que le fauve sableux de la dorcas, porte une large tache blanche sur le bas du dos et une bande sombre marquée sur les flancs. Ses cornes, présentes chez les deux sexes, sont annelées et légèrement recourbées vers l'arrière. C'est justement ce pelage plus gris, associé à l'altitude où on la trouve, qui permet de la séparer sur le terrain de la gazelle dorcas, plus claire, plus petite et cantonnée aux plaines et regs sahariens.

Le critère qui les sépare

Sur le terrain, deux indices suffisent à ne pas confondre les deux espèces. D'abord l'altitude : une gazelle croisée sur un piton rocheux du Haut Atlas ou du Djurdjura a de fortes chances d'être une gazelle de Cuvier, tandis qu'une gazelle repérée sur un plateau désertique plat sera plutôt une dorcas. Ensuite la couleur : la robe grisâtre et la tache dorsale blanche de la Cuvier tranchent avec le fauve sableux uniforme de la dorcas. Le nombre de gazelles vivant en montagne au Maghreb est d'ailleurs faible, ce qui simplifie l'identification une fois le bon habitat repéré.

Un régime de broussailles et de graminées rares

Herbivore, elle se nourrit de graminées, de jeunes pousses, de feuilles et de buissons épineux qui subsistent sur les pentes rocailleuses. En saison sèche, elle tire une partie de son eau des plantes elles-mêmes, ce qui lui permet de s'éloigner longtemps des points d'eau permanents. Cette capacité à exploiter une végétation pauvre et dispersée est ce qui lui permet de coloniser des massifs que peu d'autres ongulés fréquentent toute l'année.

Vie de groupe et rut hivernal

Les gazelles de Cuvier vivent en petits groupes de femelles et de jeunes, tandis que les mâles adultes tendent à rester solitaires ou à former des groupes restreints en dehors de la période de reproduction. Le rut se déroule en hiver, la gestation dure environ cinq à six mois et la femelle met bas un ou deux petits, cachés dans la végétation pendant les premiers jours, un comportement dit nidifuge classique chez les gazelles.

Un statut réévalué, une menace qui persiste

La gazelle de Cuvier est aujourd'hui classée vulnérable par l'UICN, un statut moins sévère qu'il y a une dizaine d'années grâce aux programmes de réintroduction menés au Maroc et en Tunisie, mais qui ne doit pas masquer la fragilité réelle de l'espèce. La chasse illégale, la concurrence avec le bétail domestique pour le pâturage et le morcellement de l'habitat restent les trois pressions principales identifiées par les plans de conservation nord-africains.

Des noyaux réintroduits qui tiennent

Plusieurs réserves, notamment au Maroc, ont réintroduit des individus issus d'élevages conservatoires depuis les années 1990. Les suivis publiés montrent des populations réintroduites qui se maintiennent mieux que prévu, avec un taux de survie encourageant chez les jeunes nés en milieu naturel. Ce résultat contraste avec le sort de nombreuses autres antilopes nord-africaines, dont les effectifs continuent de chuter malgré des efforts comparables.

Au début du vingtième siècle, la gazelle de Cuvier occupait un territoire bien plus continu, des plaines côtières marocaines jusqu'aux hauts plateaux algériens. L'expansion des terres agricoles et l'installation de pistes puis de routes ont peu à peu isolé les massifs les uns des autres, coupant les corridors que les gazelles empruntaient pour se déplacer entre régions. C'est cette fragmentation progressive, plus que la seule chasse, qui explique la répartition actuelle en poches disjointes.

Un pas plus court, une allure différente

Son adaptation au terrain accidenté se lit aussi dans sa démarche : la gazelle de Cuvier a un pas plus court et plus assuré que les gazelles de plaine, mieux adapté aux pentes rocheuses et aux éboulis qu'à la course en terrain plat. Cette allure la rend moins rapide en ligne droite que la gazelle dorcas sur un sol dégagé, mais bien plus à l'aise pour fuir en dévalant un versant, où peu de prédateurs terrestres peuvent la suivre au même rythme.

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