L’antilope : morphologie, habitats et vie en troupeau
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Le mot antilope est une commodité de langage courant, sans statut dans la classification scientifique. Il range dans le même panier un dik-dik de moins de six kilos et un éland géant capable d’en peser plus de huit cents, des animaux parfois moins proches parents entre eux que certains ne le sont de la vache ou de la chèvre.
Un mot de langage courant, pas un rang taxonomique
Toutes les antilopes appartiennent à la famille des bovidés, celle des bœufs, des chèvres et des moutons, mais elles y sont réparties dans plusieurs sous-familles distinctes : les Antilopinae, gazelles et springboks, les Alcelaphinae, gnous et bubales, les Hippotraginae, oryx et addax, les Reduncinae, cobes et redunca, et les Cephalophinae, les céphalophes forestiers. Certaines de ces lignées sont plus proches génétiquement des chèvres que des autres antilopes. Le terme « antilope » regroupe ainsi environ 90 espèces reconnues, unies moins par leur parenté que par une silhouette et un mode de vie que les naturalistes du dix-neuvième siècle ont jugés suffisamment proches pour les nommer d’un seul mot.
Des cornes permanentes, une taille très variable
Ce qui distingue les antilopes des cervidés, c’est la nature de leurs cornes : permanentes, formées d’un noyau osseux recouvert de kératine, et jamais renouvelées, à l’inverse des bois des cerfs qui tombent et repoussent chaque année. Le dik-dik, la plus petite antilope, pèse généralement entre 3 et 6 kilogrammes à l’âge adulte, à peine plus qu’un chat domestique. L’éland géant, à l’autre extrémité, peut dépasser 900 kilogrammes chez les mâles les plus lourds, soit l’équivalent de six dik-diks empilés pour un seul de ses membres.
Des habitats qui vont bien au-delà de la savane
La majorité des antilopes vivent en milieu ouvert, savanes et prairies, où la vue dégagée aide à repérer les prédateurs de loin. Mais plusieurs lignées ont pris des voies très différentes. Les céphalophes vivent cachés dans les forêts denses d’Afrique centrale, où leur petite taille et leur discrétion comptent plus que la vitesse. Le cobe de Lechwe, lui, s’est installé dans les marais de la région du Bangweulu, en Zambie, et patauge volontiers dans une eau qui lui arrive au ventre pour échapper aux prédateurs terrestres. Le klipspringer, enfin, a colonisé les affleurements rocheux et les pentes montagneuses d’Afrique de l’Est et australe : il se déplace sur la pointe de ses sabots, comme sur des pointes de ballerine, ce qui lui permet de tenir en équilibre sur des corniches où aucun lion ne le suivra.
Des déplacements réglés par la pluie et les saisons
Les addax du Sahara suivent les orages, capables de parcourir de longues distances pour rejoindre une zone qui vient de recevoir de la pluie et où l’herbe repoussera dans les jours suivants. Le phénomène le plus spectaculaire reste toutefois la migration annuelle des gnous du Serengeti, environ un million et demi d’individus qui parcourent un vaste circuit entre la Tanzanie et le Kenya au rythme des pluies, suivis par des zèbres et des gazelles qui profitent du passage du troupeau pour repérer les prédateurs à sa place. Ce cycle se répète chaque année, de manière quasi identique, depuis des générations.
Reconnaître une espèce sur le terrain
Pour un observateur, distinguer une gazelle d’un impala en un coup d’œil tient à deux détails simples : la bande sombre sur le flanc, présente chez la gazelle de Thomson et absente chez l’impala, et la forme des cornes, en forme de lyre chez l’impala mâle, plus droites et annelées chez la gazelle. Le springbok, capable de bondir plusieurs mètres de haut d’un coup, jambes tendues, dans un comportement appelé stotting, se reconnaît quant à lui sans ambiguïté possible, aucune autre antilope africaine ne réalisant ce saut caractéristique.
Des menaces très inégales selon les espèces
Certaines antilopes se portent bien : le springbok et l’impala comptent chacun plusieurs centaines de milliers d’individus et ne sont pas menacés. D’autres frôlent l’extinction. L’addax, autrefois répandu dans tout le Sahara, ne compte plus qu’un nombre d’individus sauvages estimé à quelques dizaines par les derniers recensements aériens, ce qui en fait l’une des antilopes les plus menacées au monde. La saïga, seule grande antilope présente en Asie centrale plutôt qu’en Afrique, a perdu plus de 200 000 individus en l’espace de quelques semaines au printemps 2015, victime d’une bactérie ordinairement inoffensive devenue mortelle en raison d’une chaleur et d’une humidité inhabituelles cette année-là.
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