Les grands singes : gibbons, orangs-outans, gorilles et chimpanzés

plongez dans l'univers fascinant des grands singes et découvrez tous leurs membres, des gorilles majestueux aux chimpanzés malicieux. apprenez-en plus sur leur habitat, comportement et importance pour la biodiversité.
Sommaire6 sections
  1. 01Une famille qui exclut les gibbons
  2. 02Trois espèces d’orangs-outans, pas deux
  3. 03Chimpanzés : une société hiérarchisée qui fabrique ses outils
  4. 04Bonobos : une séparation tracée par un fleuve
  5. 05Gorilles : deux espèces, une histoire de sauvetage
  6. 06Une famille en danger, à des degrés très inégaux

Les grands singes ne forment pas un groupe homogène : gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs-outans se distinguent par des histoires évolutives séparées depuis plusieurs millions d’années. Une confusion revient souvent dans les textes de vulgarisation : les gibbons n’en font pas partie, ils appartiennent à une famille à part, celle des « petits singes ». Cette famille rassemble nos plus proches parents et leur avenir se joue aujourd’hui, parfois en quelques décennies seulement.

Une famille qui exclut les gibbons

Un gorille et un chimpanzé assis côte à côte dans une clairière de forêt tropicale.

La classification correcte range les grands singes et les gibbons dans la superfamille des Hominoïdes, elle-même divisée en deux branches distinctes : les Hylobatidés, qui regroupent une vingtaine d’espèces de gibbons d’Asie du Sud-Est, et les Hominidés, qui rassemblent les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés, les bonobos et l’espèce humaine. Aucun des deux groupes n’a de queue, mais tout les sépare par ailleurs : taille, mode de vie et surtout mode de déplacement. Les gibbons se déplacent en se balançant de branche en branche, les bras tendus, une technique appelée brachiation, à des vitesses qui peuvent dépasser 50 km/h en forêt dense. Ils vivent en couples fidèles et défendent leur territoire par des chants matinaux qui portent à plusieurs kilomètres.

Trois espèces d’orangs-outans, pas deux

Longtemps considérés comme une seule espèce répartie entre Bornéo et Sumatra, les orangs-outans comptent en réalité trois espèces distinctes depuis la description de l’orang-outan de Tapanuli, Pongo tapanuliensis, publiée en 2017 dans la revue Current Biology. Isolée dans le massif de Batang Toru, au nord de Sumatra, cette population ne compte plus qu’environ 800 individus, ce qui en fait le grand singe le plus menacé au monde. Les mâles adultes développent des bourrelets faciaux, appelés disques ou flanges, qui signalent leur maturité sexuelle et leur statut dominant. Les trois espèces se nourrissent surtout de fruits, complétés d’écorce, de jeunes pousses et occasionnellement d’insectes ou de petits vertébrés.

Chimpanzés : une société hiérarchisée qui fabrique ses outils

Les chimpanzés vivent en communautés qui peuvent réunir jusqu’à 150 individus, structurées autour d’une hiérarchie de mâles où la coalition compte souvent plus que la force brute. C’est dans la réserve de Gombe Stream, en Tanzanie, que la primatologue Jane Goodall a observé pour la première fois, en 1960, des chimpanzés dépouiller une brindille pour en retirer des termites, une découverte qui a bousculé la définition même de l’outil, jusque-là réservée à l’espèce humaine. Depuis, des dizaines de traditions locales ont été documentées d’une communauté à l’autre : cassage de noix à la pierre en Afrique de l’Ouest, pêche aux fourmis avec un bâton, usage de feuilles comme éponges pour boire.

Bonobos : une séparation tracée par un fleuve

Le bonobo, Pan paniscus, ne vit que dans une seule région du monde, au sud du fleuve Congo, en République démocratique du Congo. Le chimpanzé commun occupe les rives nord du même fleuve, et les deux espèces ne se croisent jamais dans la nature : le cours d’eau agit comme une barrière infranchissable qui les a séparées il y a environ deux millions d’années. Les sociétés de bonobos se distinguent par des liens forts entre femelles, qui forment des coalitions capables de dominer les mâles, une organisation rare chez les grands singes et documentée depuis les études de terrain menées à partir des années 1970 dans la réserve de Wamba.

Gorilles : deux espèces, une histoire de sauvetage

Le genre Gorilla compte deux espèces, le gorille de l’Ouest et le gorille de l’Est, chacune divisée en deux sous-espèces. Le gorille de montagne, sous-espèce du gorille de l’Est qui vit dans les volcans des Virunga entre Rwanda, Ouganda et République démocratique du Congo, est le seul grand singe dont la population augmente : elle est passée de 620 individus recensés en 1989 à plus de 1 000 en 2018, un rétablissement suffisant pour que l’Union internationale pour la conservation de la nature le fasse passer du statut « en danger critique » à « en danger » la même année. Le gorille de Grauer, autre sous-espèce du gorille de l’Est, connaît la trajectoire inverse : sa population a chuté de 77 % entre 1994 et 2015, passée d’environ 17 000 à moins de 4 000 individus, sous l’effet conjugué du braconnage et de l’exploitation minière artisanale dans l’est du Congo. Les mâles adultes développent, vers douze ans, une bande de poils gris sur le dos qui leur vaut le nom de dos argenté.

Une famille en danger, à des degrés très inégaux

Sur les listes de l’UICN, presque toutes les espèces de grands singes figurent en danger critique d’extinction : les trois espèces d’orangs-outans, le gorille de l’Ouest et le gorille de Grauer. Le chimpanzé commun et le bonobo sont classés en danger, une catégorie moins grave mais qui ne signifie pas une population stable. La destruction des forêts pour l’huile de palme et le bois, le braconnage pour la viande de brousse, et la transmission de maladies humaines lors des contacts rapprochés restent les trois causes documentées les plus citées par les chercheurs de terrain. Le cas du gorille de montagne montre pourtant qu’une surveillance continue et un tourisme encadré peuvent inverser une trajectoire de déclin.

Ces trajectoires opposées, l’une en hausse, l’autre en chute libre, montrent qu’aucun grand singe ne partage exactement le même avenir que son voisin, même au sein d’une seule espèce divisée en sous-espèces.

Résumer cet article avec :

Partager :